Questions actuelles, t. i-v, p
juridiction politique, qu'elle domine du trône où elle siège toutes les factions rivales, toutes les contestations internationales. " Il né suffit pas que le Pape soit libre dans son for intérieur, il faut que sa liberté soit évidente ; il faut qu'aux yeux de tous il 'paraisse libre, qu'on le sache, qu'on le croie, qu'il ne s'élève à cet égard ni un doute ni un soupçon \" Cette conviction du peuple chrétien, sans laquelle il ne peut y avoir ni confiance absolue, ni soumission parfaite, à l'endroit du Saint-Siège, repousse toute sujétion, tout asservissement de la Papauté à un régime civil sous lequel le Pape soit forcé de vivre.
Il y va non seulement de l'honneur de l'Eglise, mais de l'intérêt des consciences, de l'avenir de la religion, de la paix et de la sécurité cathoUque dans l'univers entier. Le Pape compte jusqu'aux extrémités de la terre des légions de sujets. Tout ce qui le touche, les émeut profondément ; tout ce qui le menace, les jette dans le malaise ; tout ce qui l'offense, les blesse jusqu'au fond de l'âme. Sa situation de captif dans sa propre cité le met à la merci des périls, des maux, des révolutions, auxquels Rome et l'Italie sont sujettes. " Toute agitation qui surgit à l'intérieur, tout orage qai s'avance du dehors, provoque parmi
1. L'abbi^; Dupanloup, Dr la souveraineté tem-porelle du Pape, p. 17.
les catholiques de toutes les nations des anxiétés et des craintes sur le sort de leur chef suprême ^ "
Aussi, grande fut partout l'émotion, profonde l'indignation des fils sincères de l'Eglise, lorsque le Piémont, s'aidant de spécieux prétextes, et fort de la faiblesse du Pape, lança ses troupes contre les Etats de Pie IX, et se fraya un chemin jusqu'au cœur de Rome. C'était le triomphe de la force sur le droit.
Nul droit territorial ne fut jamais plus sacré que celui dont jouissait le successeur et l'héritier de tant de Pontifes. Nul abus de la force ne fut, certes, plus honteux que celui par lequel on usurpait le patrimoine de Saint-Pierre, et on profanait la cendre des saints. A part quelques centaines de volontaires généreux, vit-on alors les peuples d'Europe, les provinces d'Amérique, se lever en masse pour aller venger, d'un geste magnanime, la justice outragée et l'innocence foulée aux pieds ? Hélas ! les gouvernements, muets ou complices, spectateurs ou acteurs, montrèrent à peine la stérile pitié de Pilate.
Du moins, des rangs catholiques de fières protestations s'élevèrent ; et le Canada français eut
]. Léon XIII, Qnest. ad., ibid.
sa noble part dans ce juste et religieux mouvement. On nous permettra de reproduire ici les vigoureux allégués de la requête présentée par les diocésains de Québec à Sa Majesté la Reine d'Angleterre :
1» Comme chrétiens, nous protestons contre l'usurpation des Etats pontificaux par le roi Victor Emmanuel, parce que c'est la violation directe et évidente du précepte divin qui défend de convoiter et de prendre le bien d'autrui. — 2" Comme catholiques, nous protestons, avec les deux cent millions de nos coreligionnaii-es répandus dans l'univers, contre cette atteinte à la liberté religieuse, dans la personne du chef de notre religion, qui a besoin de liberté et d'indépendance, pour pouvoir remplir efficacement la mission que nouscroyons lui avoir été confiée par Jésus-Christ. — 3° Corn-me sujets hritanniques, nous protestons encore contre cet acte de spoliation violente exécuté dans des circonstances si iniques et d'après un principe tellement contraire aux lois fondamentales de toute société constituée, cju'il serait du devoir du gouvernement de punir, comme coupable de haute trahison, tout citoyen quS voudrait l'invoquer à l'égard de Votre Majesté. — 4" Commue membres d'une société civilisée, nous protestons contre cet attentat au droit sacré de la propriété, sans laquelle aucune société ne peut ni se maintenir^, ni prospérer. — 5" Comme membres de la famille humaine, nous protestons contre cette violation du» droit des gens, violation qui détruit dans leur essence tous les traités entre peuples et peuples, et anéantit toute sécurité, en posant la force pour règle suprême du droit'.
Reconnaître à l'Eglise du Christ sa liberté sociale, et au Chef de l'Eglise son indépendance