‹ Études et appreciations (volume 3)Chapitre 146 sur 168 · L'Action française, juill · texte numérisé non relu

L'Action française, juill

rage. Au souffle de sa parole, et sous Félan de son génie constructeur, les populations les plus pauvres élèvent à Dieu des églises très décentes, parfois même très artistiques. Ces temples, il est vrai^ ne brillent ni par la profusion de l'or, ni par le resplendissement des marbres. Mais à défaut de matières plus riches, si communes en d'autres pays, le bois et la pierre du pays canadien se chargent de glorifier Dieu. Ils lui parlent un langage de foi, d'espérance, et de prière, plus touchant que celui des plus éblouissantes magnificences.

L'église canadienne est simple, pieuse, élégante. Elle domine de sa flèche svelte et de son clocher protecteur le village groupé sous son ombre, et les blanches rangées d'habitations gaies, paisibles et proprettes, qui rayonnent du centre vers les points extrêmes. C'est vraiment la maison de Dieu, le rendez-vous vénéré d'un peuple de chrétiens. Et cette œuvre centrale se complète par deux autres édifices qui en sont comme les contreforts et les pendants nécessaires : le presbytère et le couvent.

Nos catholiques canadiens aiment leur curé. Et l'une des formes de cet amour, de ce respect rehgieux qu'ils ont et qu'ils professent pour lui, c'est de le loger convenablement. Si le curé mal avisé leur demandait un palais, ils hésiteraient peut-être à le lui construire. La construction d'un

presbytère commode, hygiénique, et spacieux, les trouve prêts aux plus généreux sacrifices. Et ces sacrifices, à la voix du prêtre, se répètent, se doublent, se quintuplent, dès que l'heure vient d'appeler auprès des enfants des Sœurs enseignantes, et de leur bâtir un gîte et des classes. L'influence si bienfaisante de l'enseignement congréganiste dépend, pour une large part, de l'homme de bien et de conseil qui a su comprendre, dans une paroisse, l'utilité de cet enseignement, et en convaincre ceux qu'il gouverne.

L'éducation est l'un des premiers soucis du pasteur canadien. On ne dira jamais assez le bien qu'il a opéré, et les mérites qu'il s'est acquis, dans ce domaine. Des curés, par dévouement pour la cause de l'instruction, se sont faits eux-mêmes les instituteurs des plus humbles de leurs ouailles. Ils ont ou\'ert chez eux des petites écoles^ . Ils les ont soutenues de leurs deniers, de leur travail, et de leur zèle. Plusieurs ont même fondé, les uns des communautés religieuses vouées à l'éducation, les autres des collèges classiques, d'abord modestes, et aujourd'hui très florissants'".

Dans la sphère de l'instruction paroissiale, le zèle du curé canadien se révèle surtout de trois

1. Voir Mgr Am. Gosselin, L'in.<<truction au Canada sous le régime français, pp. 66 et suiv.

2. Cf. notre voluni(> L'Eglise et rEducatioti (2c éd.), p. 322.

manières, par la prédication, par les catéchismes, et par la visite des écoles.

Nos prêtres, du haut de la chaire, instruisent solidement leur peuple. Ce ne sont pas tous des orateurs ni des littérateurs ; mais presque tous savent exposer, dans une langue claire, correcte et digne, les vérités de la foi et les préceptes de Dieu et de FEgUse. Des négUgences sans doute se rencontrent : ici, pas assez de doctrine ; là, des termes trop vulgaires ; parfois, des trivialités et des longueurs où s'accuse une préparation écourtée et insuffisante. Mais ces cas qui trahissent l'infirmité humaine, et qui, du reste, en plus d'une paroisse, coïncident avec des travaux et des soins extérieurs particuUèrement pressants, sont trop rares pour compromettre le bon renom de notre clergé.

Nos curés excellent dans le catéchisme : catéchisme des tout petits qu'il faut préparer au saint jour de la première communion ; catéchisme de la jeunesse dont il importe d'éclairer la foi, et de fortifier les convictions reUgieuses, par un exposé méthodique et raisonné des vérités divines. Y a-t-il vraiment, dans toute l'Eghse, un corps d'ecclésiastiques plus appliqué à ce grand devoir de l'instruction chrétienne des classes populaires que le clergé canadien ?

Pie X, il y a quinze ans, crut devoir rappeler aux ministres de l'Eglise, dans un document

célèbre ^ l'obligation qui leur incombe de bien faire le catéchisme. Il traça, à ce sujet, des règles précises, très fermes, très sévères, et dont parurent s'effrayer, en d'autres pays, certaines indolences. Depuis longtemps, nos prêtres étaient allés au-devant des désirs du Saint-Père. Et la forte discipline établie par nos évêques, sanctionnée par nos conciles, observée très fidèlement dans la plupart de nos paroisses, répondait d'avance, au moins en substance, à presque toutes les prescriptions pontificales.

C'est là qu'il faut chercher la cause immédiate qui a le plus contribué à maintenir contre tant d'obstacles, et en dépit de tant de vicissitudes, les croyances catholiques au Canada.

L'instruction religieuse donnée, comme les Papes la veulent, à l'église, se complète ou se prolonge par celle qui se donne à l'école. Notre système scolaire de la province de Québec, — et c'est bien un de ses plus précieux avantages,— reconnaît au chef de paroisse le droit de visiter les écoles fréquentées par les enfants sur qui s'étend sa juridiction. Nos curés, disons-le à leur louange, remphssent cette fonction avec une régularité qui tient du scrupule. Dans chaque paroisse, le pasteur, tantôt seul, tantôt associé aux membres de la commission scolaire, fait le tour, à date fixe,

Page 1