‹ Études et appreciations (volume 3)Chapitre 45 sur 168 · L'Action Catholique, mai-juin · texte numérisé non relu

L'Action Catholique, mai-juin

froi, les conséquences nombreuses et funestes^ Le mal, hélas ! n'a pas décru. Au contraire, il va grandissant. Sous le couvert de prétextes humanitaires, et à la faveur de transformations politiques et de faits internationaux dont nous n'avons pas ici à rechercher le sens et la portée, un immense courant d'idées soi-disant émancipatrices, se répand et se développe à travers les couches sociales. L'Europe ressemble à un volcan d'où la lave brûlante va jaillir. Divers symptômes nous révèlent, à nos portes mêmes, l'imminence du danger.

N'est-il pas sage de regarder en face ce danger, et d'attirer l'attention pubUque sur quelques-unes .des causes qui le créent ?

1. Ada et decr. Conc. plen. Queh. pr., nn. 84-86. — " Entre le socialisme et le christianisme, dit Mgr d'Hulst ( Conf. de Notre- Dame, 1896, pp. 190-191 ), la conciliation est impossible. S'il y a des chrétiens favorables, sur quelques points déterminés, à certaines tendances intellectuelles du socialisme, il n'y a pas de socialistes chrétiens, parce qu'il n'y a pas de socialistes qui soient des chrétiens. Que dis-je ? il n'y en a pas qui ne soient les pires ennemis du christianisme. Ils comprennent trop bien que le mariage et la famille, la loi de justice et de charité, la loi de renoncement et de tempérance, la soumission à Dieu et l'espoir de la vie future, que toutes ces institutions, ces croyances, ces règles de vie, s'élèvent comme d'insurmontables barrières pour arrêter le succès de leur propagande. "

LE SOCIALISME d'eTAT 81

L'idée socialiste se compose de deux éléments, d'une négation et d'une affirmation, c'est-à-dire du renversement de l'ordre social actuel et de l'organisation d'un ordre social nouveau.

La société reconstruite d'après l'idéal socialiste, c'est une vie des nations où disparaissent les inégalités de fortune, de rang, de condition, et où fleurit, sous un régime de puissance collective et d'appropriation nationale, la communauté des biens. Plusieurs partisans de ce système se contentent de vouloir nationaliser certaines sources de richesses, exploitées jusqu'ici par des particuliers. D'autres vont plus loin, et veulent mettre entre les mains de l'Etat toutes les forces utilisables et tous les moyens de production.

On n'arrive pas à un chambardement aussi radical de l'état présent des choses, sans s'y acheminer par degrés. Aussi commence-t-on par prêcher la nécessité d'un pouvoir central très fort, et dont l'autorité s'étende, par une prise de plus en plus marquée, sur le libre domaine des individus et sur la libre initiative de tous les organismes sociaux. C'est l'omnipotence de l'Etat posée en principe, et que l'on cherche à réaliser sous la poussée d'une démocratie faussée dans son concept, dans ses fonctions, et dans son but.

Ce travail de centralisation à outrance s'accomplit par une immixtion abusive et vexatoire des pouvoirs publics dans tous les domaines de

l'intérêt privé : dans le domaine de la religion, où l'on voudrait asservir l'Eglise à la politique humaine ; dans le domaine de la famille, dont on viole avec impudeur le seuil sacré ; dans le domaine économique et social, où les gouvernements tâchent à s'emparer de toutes les Ubertés et de tous les rouages.

On a là le programme de cette forme initiale de socialisme qu'on appelle socialisme d'Etat, et qui, si elle finissait par prévaloir, préparerait le triomphe absolu du collectivisme.

On reconnaîtra, dit Ch. Antoine, ^ qu'une décision ou une institution du gouvernement est entachée de socialisme d'Etat, lorsque le pouvoir public s'introduit, sans motif légitime, dans la sphère des intérêts privés.

L'Etat entre dans cette voie en multipliant inutilement les prescriptions minutieuses et tracassières. Parlant de cet excès de réglementation en France, H. Taudière a écrit :^

Cette législation, inspirée par l'esprit individualiste, révolutionnaire, antireligieux, appliquée par des fonctionnaires et des bureaucrates avec rigidité et malveillance, tandis qu'elle tend à ruiner la famille et tous les éléments de force sociale, doit aboutir au socialisme d'Etat, aggraver l'omnipotence tyrannique du pouvoir central qui, fatalement, étant donné son caractère démo-

1. Cours d'Economie Sociale ( 3e éd.), PP- 244-245. — Cf. saint Thomas, Som. théoi, i-ii, Q. xxi, art. 4 ad 3.

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