Cf. TuRGEON, Le féminisme français, t. i, 1. v, ch
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tre langue que l'anglais. Cette uniformisation ne cache-t-elle pas une arrière-pensée religieuse, la propagande protestante par l'idiome le plus propre à servir ce dessein ? Nos frères franco-américains ressentent vivement l'outrage ; et s'autorisant de l'histoire, du droit naturel, des rapports étroits qu'ils perçoivent entre leur langue maternelle et leur foi, appuyés du reste par leurs Evêques S ils organisent une vigoureuse résistance.
Chez nous, l'idée centrahsatrice recrute, en divers miUeux, de très actifs adhérents. On parle de plus en plus de fédération scolaire,d'école nationale, d'université d'Etat. Dans notre province elle-même, la campagne faite en faveur de l'instruction obligatoire n'est pas sans points d'attache avec la croisade socialiste. Plusieurs ne voient pas ce lien : nous croyons cependant qu'il existe. On constate que les pays les plus dominés par le socialisme d'Etat, comme l'Allemagne et la France, sont ceux mêmes où l'école est le plus assujettie à la verge du pouvoir civil.
1. D'une lettre de Mgr Rice, évêque do Burlington, sur cette question très grave, et sur un décret scolaire prci)arépour le Vermont, nous détachons le passage suivant: " Ce projet de loi n'est certes inspiré ni par le patriotisme, ni par l'intérêt que l'on porte à l'éducation, mais hicn par le socialisme. Cette mesure enlève au père les droits essentiels qu'il a en ce qui touche l'éducation de son enfant, et permet à l'Etat de s'arroger un droit que le. Créateur a donné aux parents seuls. " ( Le Devoir, 17 mai 1019)
La contraiDte scolaire est une main-niise des pouvoirs politiques sur l'autorité paternelle.
Pour justifier cette contrainte, on fait appela des principes destructeurs de l'ordre familial établi par Dieu, et violateurs de la liberté, conférée par la nature aux parents, de juger eux-mêmes, en matière d'instruction profane, ce qui convient davantage à leurs fils ^ On essaie de tirer à soi quelques témoignages équivoques tombés de plumes étrangères, et on laisse de côté, comme chose négligeable, la parole de la plus haute autorité religieuse du pays, l'enseignement commun donné dans vingt maisons de notre province st pour notre province, sous le regard de l'autorité de nos évêques, la pensée implicite mais suffisamment claire de notre premier concile national. On ne veut voir dans ce débat aucune question de doctrine, comme si tout ce qui n'est pas un dogme défini solennellement par l'Eglise pouvait être, toujours, très librement discuté -, et comme si le principe de l'autorité des parents sur l'éducation des enfants, principe proclamé à plusieurs reprises par Léon XIII, n'en-
1. " Ils sont juges et maîtres de l'éducation qu'ils veulent donner à leurs enfants " ( Castelein, Droil naturel, p. 720.)
2. La pensée de l'Eglise ne s'exprime pas seulement par l'énoncé des dogmes. Elle se traduit également, quoique à un degré moindre, par l'enseignement commim et autorisé d'une proposition de théologie ou de philosophie, et par des mesures pratiques de haute prudence mor:'le et religieuse.
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trait pas tout entier, et avec toutes ses applications immédiates, dans le corps des doctrines de la philosophie catholique.
L'obligation scolaire, imposée abusivement par l'Etat, n'est que le prélude d'autres ingérences plus périlleuses encore. Elle transforme l'école, annexe de la famille, en une officine politique ; elle entraîne la gratuité mensongère, l'uniformité niveleuse, et très souvent la neutralité des croyances ; elle mène à une sorte de collectivisme intellectuel et moral.
Cette conscription des intelUgences a pour pendant la conscription des bras. Nous ne sommes pas encore éloignés du jour où un frisson de révolte secoua l'âme populaire, à la pensée que des jeunes gens de l'un et l'autre sexe seraient peut-être enlevés à leurs familles pour être jetés pêle-mêle sur tous les champs du travail. La seule offre d'un emploi faite, jusque dans les instituts religieux, par l'Etat, à des personnes dépendantes d'un pouvoir supérieur, était déjà une cause d'angoisse.
L'éminentissime Archevêque de Québec crut de son devoir de donner cet avertissement dont on ne fut pas lent à comprendre tout le sens :
On ne devrait souscrire aucun engagement, quelque
rémunérateur qu'il soit, qui tende à désorganiser la famille chrétienne, à briser les liens de dépendance nécessaire qui existent entre les parents et leurs enfants, et à soustraire ces derniers au contrôle de l'autorité paternelle. ^
Vers le même temps, et à roccasion des diverses mesures gouvernementales dont s'effrayait la conscience catholique, Monseigneur de Chicoutimi fit, de son côté, cette déclaration de principes :
La société de demain sera ce que sont les enfants d'aujourd'hui. Et les enfants ne se prépareront à bien remplir leurs devoirs de citoyens que s'ils vivent et grandissent sous les regards vigilants de leurs pères et mères, et si on les préserve des dangers, si nombreux de nos jours, du scandale et de la séduction, en dehors du foyer familial. — Avec le respect des principes qui sont la base de la famille chrétienne, nous osons recommander le respect des droits de l'Eglise. Ce n'est pas assez de dire que l'Eglise catholique, en tel ou tel pays, est libre. Il faut tirer les conséquences de cette liberté : conséquences pour les prêtres qui ne relèvent que de leurs évêques, conséquences pour les biens et les revenus ecclésiastiques, conséquences pour toutes les communautés religieuses. Lorsque l'Eglise est reconnue civilement, elle doit l'être avec tout ce qui la constitue, avec toutes ses institutions, avec toutes ses lois, avec toutes ses libertés essentielles. Indépendante de l'Etat par sa nature même, elle a le droit de repousser toute immixtion de l'autorité séculière dans le domaine religieux.2
La conscription militaire en général, si désas-