Séance du IG mai
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cipale rendue nécessaire par les conditions de certains services particuliers, comme celui de l'eau ou des routes.
Les raisons alléguées étaient nombreuses. Nous ne mentionnerons que celles qui touchent davantage aux principes.
D'après l'école chrétienne, la municipaUté ne doit intervenir par une exploitation directe que lorsque l'initiative privée, individuelle ou collective, ne peut ou ne veut le faire. Pourquoi ? Tout d'abord, parce que la règle des services d'usage collectif se rattache, dans l'ordre social, à la fonction d'assistance. Or, dans cette fonction, le rôle de l'Etat est supplétif et ne doit pas absorber l'initiative privée, mais " la stimuler si elle est languissante, l'encourager si elle est suffisante, la compléter si elle est insuffisante, la remplacer si elle est impuissante. " — Ensuite, la municipa- Usation offre de graves inconvénients sociaux : non seulement, en multipliaDt les fonctionnaires sur lesquels une pression électorale est facile, elle gêne la liberté civique, mais elle prive l'administration des services auxquels elle préside de cet esprit d'impartialité et d'indépendance dont jouissent les entreprises privées, dégagées des influences politiques. — Enfin, la régie municipale systématique peut conduire au socialisme. Une fois entrée dans cette voie, la municipalité éprouvera le besoin d'aller plus outre. Elle
se livrera, comme dans certaines villes anglaises, à toutes sortes d'industries, à l'établissement des usines, à la construction des navires, à la culture des légumes. Bref, ce sera l'étatisme régional en pleine floraison.
Et de là à l'étatisme central, il n'y a qu'un pas. Ce pas ne sera-t-il pas très vite franchi ? L'idée, chez nous, a été lancée, — et elle est déjà en voie de réalisation, ■ — de nationaliser tous les chemins de fer, de soumettre ainsi au régime direct des gouvernements le plus vaste, le plus nécessaire et le plus continu de tous nos services de transport. Un vent de fédéralisme s'est élevé pendant la guerre, qui n'a pas cessé avec elle. Or, les arguments de principes qui condamnent la municipalisation mihtent, semble- t-il, avec plus de force encore, contre la nationaUsation. Le danger nous paraît d'autant plus grand que la sphère d'action est plus large, la portée des manœuvres plus considérable.
L'influence que confère à l'Etat l'exploitation générale des chemins de fer est immense. Elle met entre ses mains une arme terrible contre les adversaires de sa politique. Et si cette politique est mauvaise, si elle menace les intérêts de la religion, si elle tend à la confiscation des libertés individuelles, domestiques et sociales, par un sociaUsme d'Etat de plus en plus hardi, un très grand nombre de citoyens, assujettis par le fonctionnarisme
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au joug officiel, se trouveront dans l'impuissance de protester contre des lois injustes et des mesures dangereuses pour le bien et la paix de leur pays. De telles perspectives, en une matière de cette importance, ne sont-elles pas suffisantes pour éveiller l'attention publique et pour orienter judicieusement les esprits ?
Ce n'est pas seulement la liberté politique qui est ici en jeu. C'est tout le système des institutions parlementaires destinées à sauvegarder la santé physique et morale de la nation, et qui, par une centralisation à outrance, peuvent être tournées contre elle-même. Nous laissons aux économistes le soin de discuter l'aspect financier et administratif de cette question.^
Une autre manifestation du socialisme d'Etat éclate dans la manière dont certains théoriciens et certains hommes politiques prétendent traiter le problème ouvrier.
Nous ne sommes pas, nous l'avons dit, de ceux qui repoussent toute immixtion des pouvoirs civils dans les questions sociales. L'immortel auteur de la charte ouvrière chrétienne, Léon XIII, reconnaît
1. Cf. P. Lkhoy-Beauliku, L'Etal inodemê'et ses fo7ictio7is (2c6d.), 1. IV, ch.5.
formellement qu'il y a place en ces matières, pour une législation sage et féconde. Ce que le Pape réprouve, et ce qu'il faut condamner après lui, c'est l'intervention outrée, celle qui dépasse les justes limites du double rôle, tutélaire et supplétif, de l'Etat, autorisé par la philosophie sociale, celle qui entame tantôt les droits intangibles des patrons, tantôt les libertés nécessaires des ouvriers.
Tout acte du pouvoir central, ayant pour but, en définitive, d'aboHr les inégalités sociales, est une entreprise contre nature, entachée d'utopie, grosse d'illusions et de menaces. Il y aura toujours des riches et des pauvres, des patrons et des ouvriers, des employeurs et des employés. Le droit strict des patrons, individus ou groupes, à contrôler leurs industries, et à disposer eux-mêmes, selon la loi morale, des produits qui en sortent, ne se peut contester sans une erreur profonde.
Il est sans doute très désirable que l'on favorise, par tous les moyens hcites, une répartition équitable des biens de ce monde, et que l'on facilite aux simples ouvriers l'acquisition d'une part quelconque, si minime soit-elle, dans la propriété. La coopération volontaire, même productive, peut rendre, à ce point de vue, au témoignage de plusieurs sociologues catholiques \ d'utiles services.
1. Voir, en particulier, Rev. J. IIuslein, s. j., The World Problem ( New-York, 191S ), ch. 19-20. — Cependant, M. Léon Hakmel, dont la sympathie pour les travailleurs fut si grande
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Et là, en effet, où elle offre plus d'avantages que d'inconvénients, rien n'empêche assurément que les influences politiques et sociales lui prêtent leur plus dévoué concours.
Mais il ne suit pas de là que l'Etat ait le droit d'imposer aux patrons l'obligation de partager le contrôle de l'industrie qu'ils ont fondée, et les profits qu'ils en retirent, avec les ouvriers employés par eux, et à qui ils paient un juste salaire. Ce serait une atteinte à la propriété privée ; et celleci, selon le mot de Léon XIII, doit demeurer " inviolable ".
Le patron est maître chez lui. Et si l'Etat a le droit de réprimer certains abus trop réels du capitalisme, s'il a le droit et le devoir de briser l'œuvre néfaste de certaines exploitations scandaleuses, de certains monopoles générateurs d'injustices et de haines, et qui mènent droit à la révolution sociale, il ne lui est pas permis d'entraver la hbre initiative et le légitime usage des capitaux. Les droits patronaux reposent sur un principe général de propriété et de liberté qu'aucun gouvernement ne peut violer sans troubler profondément l'ordre pubhc K
et si effective, dans son Manuel d'une Corporation chrétienne ( 2e éd. pp. 81-82), estime qu'il est impossible de faire de la société coopérative de production, et de la participation dans les bénéfices, la base solide d'un système économique adéquat et de la paix sociale.