h' Action fr(iiiraif<e, n. cit., p. i'A
par l'identité de croyances, de parler, de traditions, d'aspirations intellectuelles et d'influence morale.
Ce programme n'a rien de subversif. Il tend à conserver au peuple canadien-français tout ce qui le fait lui-même. Il vise à assurer, chez nos compatriotes, la stabilité du foyer, la fécondité de la race, la transmission de la langue, le maintien des institutions, la culture et l'épanouissement de l'esprit français.
La famille franco-canadienne nous est un juste sujet d'orgueil. C'est la cellule d'où est sortie l'organisation sociale, si forte et si féconde, qui couvre de son réseau d'immenses territoires colonisés et habités par les nôtres. Basée sur le respect de Dieu et sur les lois du mariage, elle a essuyé, sans faiblir, les plus rudes tempêtes. D'illustres économistes l'ont prise pour modèle de cette famille stable, vigoureuse et prospère, sur laquelle repose le bonheur des Etats, et qui contraste si grandement a^^ec les déchéances familiales de plusieurs pays.
On a célébré, en 1908, le jubilé de nos vieilles familles rurales, attachées, depuis deux cents ans et plus, à la même portion de sol canadien. Près de trois cents héritiers de la terre ancestrale ont pu produire sous nos yeux leurs titres de noblesse
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terrienne. L'enracinement au sol est une de nos grandes forces, celle qui résiste le mieux aux déroutes financières, et aux secousses économiques dont les contrecoups ébranlent, de temps à autre, le monde.
Malheureusement, cette force, surtout en certaines régions, fléchit et s'énerve sous l'effort d'une âpre rivale, la puissance industrielle, qui arrache à la charrue tant de bras. I^ mirage d'un travail moins long, d'un gain plus immédiat, de soirées plus libres, d'une vie plus luxueuse, attire vers les villes des centaines de jeunes gens dont la t«rre canadienne pleure le départ. Il y a là un mal qu'on ne saurait sans doute supprimer, mais qu'il est possible de circonscrire, et contre lequel toutes les influences et toutes les volontés patrioticjues devraient se liguer.
Cette désertioTi de nos campagnes est d'autant plus funeste qu'elle ne va point sans d'autres pertes également pénibles et désastreuses pour la race. Nos bonnes familles villageoises n'ont pas encore abdiqué l'honneur des bénédictions d'Abraham. p]lles ont gardé, haute et vivace, " la flanune qui ne doit pas s'éteindre " (Et. Lamy.) Par contre, dans les centres urbains où règne l'amour du luxe, des plaisirs, et du confort, et où l'on se prodigue toutes les délicatesses de la vie, l'œuvre génératrice est en déclin. Des calculs égoïstes disputent à la nat\n-o la pleine mesure de ses droits.
Ils dérobent, par là même, au ciel et à l'Eglise des âmes, à la patrie des enfants. Notre patrie canadienne est trop jeune, trop riche de domaines incultes, trop pauvre d'énergies qui les exploitent, et trop ouverte sur toute sa surface aux migrations étrangères, pour se permettre de pareils sacrifices. La morale et l'utilité réunies le lui interdisent. Parmi les biens patrimoniaux dont il importe de conserver l'héritage, nous devons placer, après la foi et les vertus des ancêtres, la vigueur inépuisée de leur sang.
Et ce sang béni de nos pères, pourquoi vouloir qu'il se transmette à flots ininterrompus, et sans subir aucun coulage, si ce n'est pour qu'il porte aux générations nouvelles les traits intacts de la nature et de la physionomie française, et qu'il empourpre des lèvres où résonne avec fierté le verbe français ?
Le verbe français î N'est-il pas l'un des plus • beaux du monde, l'un des plus admirés et des plus retentissants, celui-là même que la politique, la diplomatie, la haute culture des pays d'Europe, s'accordent à élever au premier rang, soit pour la formation définitive de l'esprit, soit pour l'usage commun des peuples civilisés ?
Nous avons dit ailleurs ' les droits et les avantages de la langue française au Canada.