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Lettre du 7 mars

L'équité dont nous usons envers autrui, et que des voix anglaises veulent bien reconnaître, n'est pas seulement, chez nous, un instinct de race. Elle jaillit encore d'une autre source. Dans nos écoles, dans nos collèges, dans nos universités, la loi morale et la science de Dieu forment l'objet fondamental de l'enseignement. Là est la base du droit, du droit naturel d'abord dont s'inspirent toutes les consciences honnêtes, de la loi positive ensuite qui n'est juste, et qui ne mérite d'être observée, qu'en vertu de ses relations avec la loi divine.

L'auteur d'un ouvrage que nous avons cité plus haut, et qui nous paraît le plus grand effort de justice et d'apaisement qu'un écrivain anglocanadien ait encore tenté en faveur de la minorité dans notre pays, M. WilUam-Henry IVIoore, déclare formellement que la conduite tenue, dans l'Ontario et le Manitoba, par le gouvernement de ces provinces, à l'égard des franco-canadiens, dépasse en iniquité l'attitude des chefs teutons vis-à-vis de l'Alsace-Lorraine ; que c'est non seulement de l'improbité et de l'injustice, mais de l'ingratitude ' ; qu'il y a là une négation singulièrement odieuse des principes de liberté si hautement proclamés pendant la dernière guerre. Comment, dans ces provinces, tant d'hommes qui

1. The Chah ! p. 294. -Voir aussi VrV. Morlry, Bridying thc Chasm (1919), p. 79.

gouvernent, de journalistes qui créent l'opinion, et de politiciens qui font les gouvernements, sont-ils venus à se persuader qu'il leur était permis de mépriser et de fouler aux pieds les sentiments, les traditions, et la culture ethnique de milliers de citoyens de langue française ? De plusieurs manières sans doute : par le préjugé, par la passion, par les ambitions de race ; mais aussi et surtout par l'ignorance des fondements véritables du droit, par la méconnaissance; de cette vérité que le droit n'est ni la force du nombre, ni l'intérêt, ni le succès, et qu'au-dessus de la loi humaine, forgée par une majorité tyrannique, il y a la loi écrite du doigt même de Dieu.

Dieu, dans toutes les institutions scolaires et littéraires canadiennes, devrait tenir la première place. Une nation chrétienne n'est telle que par l'hommage de sa foi aux enseignements divins et au Christ qui les a promulgués. Le Décalogue et l'Evangile sont des sources inspiratrices de charité et d'équité. Que tous les Canadiens, quelle qu'en soit la langue ou la race, aillent chercher là les règles de leur conduite privée et la mesure de leurs devoirs publics, et nous verrons bientôt s'éteindre les conflits acrimonieux dont souffre, comme d'un cauchemar, l'âme nationale.

L'union enveloppera dans ses nœuds bienveillants tous les esprits et tous les cœurs. Elle les ralUera autour d'une même pensée. Elle les

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associera dans un même dévouement. Et ce dévouement aura pour objet, non pas l'oppression d'un groupe de citoyens par un groupe plus puissant, non pas le triomphe d'une coalition d'intérêts sur des intérêts plus faibles et sacrés, mais le bien de tous, le bien de chaque province, le bien de toute la patrie.

L'idée même de patrie a la vertu d'un principe. Bien conçue et bien définie, elle est porteuse de lumière, créatrice de solidarité. Elle éclaire, elle dirige, elle stimule, elle enflamme. Elle suscite des chefs, elle opère des prodiges, elle enfante des héros.

Le Canada est notre patrie à tous. Unissonsnous pour le mieux servir, pour le grandir davantage, et pour l'enrichir plus abondamment de tout ce qui fait la gloire des nations paisibles et prospères. Unissons-nous dans les sentiments que notre foi et notre passé nous dictent, et qui résument à nos yeux l'essence même du patriotisme canadien : loyauté à Dieu de qui dépendent, comme de leur premier principe, toutes les sociétés; loyauté au Souverain en qui se reflète l'autorité divine, et dont le sceptre est fait pour couvrir de son ombre l'autonomie des peuples libres ; loyauté à la Constitution où s'est encastrée la formule tutélaire de nos droits, dont il faut suivre l'esprit plus encore que la lettre, et contre laquelle sont dirigés, ouvertement ou en secret, les plus violents

assauts ; loyauté au pays lui-même que ses chefs sont tenus, en justice et en honneur, de gouverner avec sagesse, et qui attend de tous ses enfants le concours que chacun peut donner, selon les dons de sa race et la nature de ses fonctions, à l'œuvre nationale.

Cette œuvre grandira par l'union sincère de tous ses facteurs. Et l'union des cœurs canadiens, tout la demande, et tout l'exige. L'histoire l'a préparée ; des textes solennels l'ont consacrée ; le patriotisme, l'équité, le respect des droits, doivent la maintenir.

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