Cf. Mgr F.-X. Ross, Manuel de Pédagogie
LE FEMINISME
Cette œuvre serait-elle meilleure, si, comme les féministes le veulent, on pratiquait, pour l’adolescence, la coéducation des sexes ?
L’expérience de cette méthode a été faite dans notre libre, très libre Amérique. Aussi les Etats- Unis sont-ils devenus la terre classique des garçonnières. La morale que l’on y observe en estelle plus pure ? et les liens de la famille en sontils plus durables ? et l’instruction commune, départie par ce système, initie-t-elle plus efficacement la femme à l’intelligence et à l’accomplissement de tous ses devoirs domestiques et sociaux ?
Le publiciste renommé qu’était Claudio Jannet, a fait de cette question une étude sérieuse. Ses conclusions ne s’accordent guère avec les prétentions féministes1. Pour lui, la coéducation est déplorable, non seulement sous le rapport moral, mais encore au point de vue intellectuel et social. u Sous prétexte que l’intelligence des femmes vaut celle des hommes, on leur fait étudier le grec, l’algèbre, la mécanique et les hautes sciences. Le résultat de ces études est absolument nul et “ le fruit de cette éducation est de dégoûter profondément les femmes des soins du foyer domestique et des fonctions pour lesquelles la nature les a créées.” — Un autre écrivain laïque, M. Tur-
1. Etats-Unis contemporains (4e éd.), t. i, pp. 244 et suiv. ; t. il, app. p. — Cf. Etudes , 15 avril 1896 : La femme américaine par le P. Burnichon.
geon, que nous avons déjà cité, estime de son côté “ que, dans la période moyenne correspondant aux études secondaires, la coéducation est mauvaise, irrationnelle, antipédagogique V’
Le féminisme, pourtant, fait son chemin. Toutes les voix d’une réclame active et organisée s’emploient à hâter sa marche. D’une rive de l’océan à l’autre, ces voix se répondent et se soutiennent. Le féminisme français ne montre pas moins d’ardeur que celui d’Amérique. “ Depuis quelque temps surtout, il multiplie les conférences, les publications, les groupements, les associations et les congrès. Nous avons aujourd’hui une propagande féministe, une littérature féministe, des clubs féministes, un théâtre féministe, une presse féministe et, à sa tête, un grand journal, la Fr onde , dont les projectiles sifflent chaque jour à nos oreilles. On sait enfin que le féminisme a ses syndicats et ses conciles, et que, chaque aimée, il tient ses assises plénières dans une grande ville de l’ancien et du nouveau monde. Il est devenu international1 2.”
C’est ce qui se passait avant la guerre. Ce travail de propagande, entravé par l’immense conflit, ne tardera pas sans doute à se poursuivre, d’une façon plus active encore.