‹ Etudes et appreciations. -- (volume 4)Chapitre 139 sur 173 · Bref Sur les études historiques ( 18 août · texte numérisé non relu

Bref Sur les études historiques ( 18 août

vons taire, que nous ne voudrions pas non plus exagérer, ne sauraient nous empêcher de reconnaître l’incontestable valeur des livres historiques dont nous parlons.

Tel chapitre, par exemple, de la vie de Mgr de Laval, par l’art de la mise en scène, par la description vivante des personnages, par la noblesse et la beauté du langage, rappelle la manière des grands historiens français du dix-neuvième siècle. La documentation abonde. On peut même parfois regretter que les richesses dont elle charge la plume qui écrit, ne soient pas davantage fondues dans le récit. Le style est clair, rapide, naturel. Toutes les figures, toutes les institutions, toutes les périodes, défilent avec ordre sous les yeux du lecteur. Les jugements, dans l’ensemble, reflètent une pensée sûre, un esprit curieux et sincère que la doctrine et les faits illuminent de leur double flambeau.

Je dis “ la doctrine ”. Non pas, assurément, qu’il soit désirable que la conscience de l’historien fléchisse sous la pression de certains besoins dogmatiques et de certaines préoccupations religieuses. La vérité historique conserve partout ses droits. Mais il n’en est pas moins juste d’affirmer que, dans l’appréciation des hommes et des choses, les principes théoriques et métaphysiques éclairent singulièrement l’intelligence, et qu’ils lui permettent de voir, derrière le rideau des

faits, la main surnaturelle qui en domine les causes et qui en contrôle le jeu. Sans cette lumière, l’histoire sacrée demeure enveloppée de ténèbres impénétrables ; l’histoire profane elle-même garde en ses replis de profondes obscurités.

L’incroyant, le rationaliste, peut bien sans doute, lorsqu’il évoque le passé, décrire avec la plus scrupuleuse exactitude et la plus parfaite loyauté, les scènes qui se déroulent devant lui. De cela, l’école de Taine nous offre un frappant exemple. S’agit-il de remonter des faits aux causes, d’assigner les influences d’ordre spirituel et moral, de dégager par une vue d’ensemble les grandes lois supérieures et providentielles auxquelles l’humanité, dans sa marche, obéit ? Le regard vide des clartés d’en haut, est impuissant à discerner ces lois et ces influences. Comment résoudre divers problèmes qui touchent à l’âme, à l’Eglise, à la mission des peuples, et dont l’histoire ecclésiastique et civile est remplie, si l’on n’admet la Providence divine et ses desseins de miséricorde et de justice sur l’homme et sur les nations ; si l’on rejette la liberté humaine, le dogme du péché d’origine, celui de la rédemption ; si l’on ne tient compte ni de l’existence, ni de la nature, ni des destinées de la société religieuse fondée par Jésus-Christ ; si l’on ignore les relations qui doivent régner entre cette société et les gouvernements politiques ; si l’on s’obstine à méconnaî-

tre les interventions générales et spéciales de Dieu dans les choses d’ici-bas ? N’a-t-on pas parlé, et avec beaucoup de raison, au cours de la dernière guerre, du miracle français ? En rappelant le souvenir de nos frères des provinces maritimes si cruellement décimés, et dont la foi et la langue ont survécu aux plus tragiques épreuves, ne nous inclinons-nous pas avec bonheur devant le miracle acadien ? Et notre propre survivance, traversée de tant d’obstacles, et si peu explicable par des causes purement humaines, ne peut-elle pas en quelque sorte s’appeler le miracle canadien ?

On nous pardonnera cette digression sur la philosophie de l’histoire. Elle n’est pas étrangère à l’œuvre de l’abbé Gosselin. Elle nous montre, au contraire, comment cet écrivain, nourri de doctrines religieuses, était apte à saisir le fil directeur de notre existence, à démêler dans le réseau des événements l’action de Dieu et le concours de l’homme, et à bien comprendre l’influence bienfaisante et vraiment nationale exercée, dès l’origine, et à toutes les époques, par l’Eglise catholique au Canada.

L’histoire du catholicisme, en notre pays, nous offre en effet le spectacle, non seulement d’une société ecclésiastique bâtie sur un sol nouveau,

mais d’une nation née avec cette société, façonnée par ses chefs aux plus chrétiennes habitudes intellectuelles et morales, guidée et soutenue, dans toutes les phases de sa vie, par la voix et l’exemple de son clergé.

Nos évêques furent, parmi nous, les initiateurs d’une organisation religieuse modelée sur le plus pur type romain. Ils n’étaient pas tous des esprits transcendants. Ils eurent tous, du moins, et au plus haut degré, le culte du Pape et de Rome. Et l’Eglise qu’ils fondèrent et inaugurèrent fut, dès le principe, décidément romaine : romaine par la constitution, romaine par la foi, romaine par la discipline, romaine par la piété et l’ensemble des dévotions.

Aucune Eglise particulière ne fut jamais mieux assise sur le roc inébranlable où s’appuie la grande institution sociale de Jésus-Christ-, que l’Eglise catholique du Canada. Pour échapper à des conséquences et à des complications fâcheuses, il était important que cette fondation faite dans une colonie, et sujette de toutes manières aux inconstances de la fortune, relevât immédiatement, non d’un archevêque de France, mais du Saint-Siège lui-même. C’est ce qui eut lieu, malgré de fortes prétentions contraires, et ce fut là, de la part de la Providence, un acte sauveur h Le lien

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