L’organisation du travail, p
puis de l’abandon de la mère patrie, les clercs, dit-il^ ont constamment soutenu les courages et conservé l’esprit national. Quand sont venus de meilleurs jours, sous la domination britannique, ce sont également les clercs qui ont lié indissolublement à la langue française l’enseignement de la religion, la culture des arts, des .sciences et des lettres.
Et par les clercs, ici, il faut entendre d’abord, nous sommes heureux de le dire, les professeurs et les dire.teurs de nos séminaires et de nos collèges où les curés canadiens-français ont reçu leur formation littéraire et cléricale. Il faut entendre de plus, et dans un sens non moins vrai, ces curés eux-mêmes, qui ont fait de la langue française, dans les paroisses, et dans les missions même les plus humbles, l’instrument dévoué et infatigable de leur ministère. Prêchant en français, catéchisant en français, confessant en français, présidant les assemblées de paroisse en français, ne tenant dans son milieu que des conversations françaises, le curé franco-canadien a exercé sur le parler de ses nationaux, dans tous les lieux où la Providence les a établis, une influence décisive. Esprit cultivé, lecteur assidu de ce qui pouvait lui venir de France, parlant un langage habituellement correct, sinon toujours soigné, il a maintenu vivace, parmi ceux dont il était le chef, l’usage de sa propre langue. Il a retenu sur leurs lèvres, il a affermi dans leurs cœurs, l’empire souvent contesté de cette langue, et il l’a sauvé
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des périls d’une absorption imminente, d’une assimilation sourde et fatale.
Même de nos jours, les nôtres, on ne le sait que trop, ne sont pas partout hors des atteintes de l’esprit assimilateur. La guerre faite au parler français sur cette terre colonisée par des fils de France, n’est, en plusieurs milieux, ni moins vive, ni moins perfide que jadis. Nos curés, toujours patriotes, se tiennent debout près des remparts. Ils secondent, du mieux qu’ils peuvent, les efforts faits pour épurer, systématiser notre langage. Ils applaudissent au courage, à la parole et aux écrits de ceux de nos frères qui mènent la bataille pour le salut de la race et le triomphe de la langue ; et ils se font une joie, un honneur et un devoir, de soutenir ces chefs intrépides de leurs plus chaudes et de leurs plus cordiales sympathies. Ils s’intéressent vivement à toutes les oeuvres de propagande française. La presse la plus dévouée à la cause nationale trouve en eux des amis fervents, des souscripteurs généreux.
Ces sentiments et ces attitudes ne connaissent pas de frontières. Le curé d’origine canadienne se montre aux Etats-Unis ce qu’il est ici : un pilier de la tradition, un défenseur de la langue. Et cette langue qui est la sienne et celle de ses ouailles, la langue de la France et la langue de la civilisation, il la défend de toute façon : par l’exemple qu’il donne, par les conseils qu’il prodigue,
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par l’énergie qu’il met en œuvre pour l’érection et la conservation d’écoles de paroisse où le français, sans éliminer l’anglais qui est l’idiome officiel et nécessaire, tient sa juste place.
Les écoles : voilà un terrain sur lequel se déploie, dans toute sa noble ardeur, le patriotisme de notre clergé.
Nous avons déjà dit ce que ce clergé a fait, sous le régime français, pour la cause sacrée de l’instruction1. Nous avons rappelé que ce sont des mains de prêtre, des mains de curés, qui posèrent les fondations de nos établissements d’enseignement secondaire, et qui préparèrent ainsi, à différentes époques, l’élite de notre race. Que serions-nous devenus dans la nuit sombre, dans l’anxiété des luttes tragiques, sans ces phares de science allumés sur les hauteurs ?
L’œuvre éducatrice du clergé paroissial prend toutes les formes. C’est une œuvre de persuasion et d’organisation, de générosité et de dévouement. Sans faire de l’instruction une infaillible panacée, on se rend compte des avantages qu’elle confère et de l’influence qui s’y attache, et on pousse
1. A part l’ouvrage classique de Mgr Am. Gosselin, voir, là-dessus, une page très suggestive de F abbé Atjg. Gosselin, L’Eglise du Canada après la conq., P. n, pp. 218-219.
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de toutes ses forces au progrès scolaire. A quelle initiative doit-on toutes ces maisons enseignantes, ces pensionnats de filles, ces écoles modèles de garçons, ces académies et ces collèges, qui font l’orgueil de tant de paroisses ? Au zèle de curés actifs, intelligents et désintéressés.
Le curé est le premier moteur de ces institutions. Il les visite d’un cœur joyeux. Il les surveille d’un œil attentif. Il les soutient d’une main généreuse. Il loue les progrès; il active les efforts ; il signale les abus ; il s’intéresse aux concours ; et de belles récompenses qui portent son nom, couronnent le travail et le mérite des vainqueurs.
D’ineptes critiques, des esprits mal disposés ou mal renseignés, reprochent parfois aux curés leurs faibles épargnes. Sait-on à quoi servent, d’ordinaire, ces économies ? Au soutien des écoles qui périclitent, à l’instruction des enfants nés de parents pauvres, à la fondation de bourses qui, pendant des siècles, entretiendront dans les petits ou les grands séminaires de nombreuses générations d’étudiants. Chaque année, s’allonge la liste de ces modestes bienfaiteurs. Que de prêtres qui honorent la religion, que de professionnels dont la patrie est fière, n’auraient jamais fourni la carrière où ils sont entrés, et où ils se sont signalés, sans les secours discrets d’un humble curé de village !
Les sources les plus fécondes se dissimulent souvent sous les herbes. Ce n’est pas l’une des moindres gloires, l’une des moindres réalisations du vrai patriotisme que de s’imposer à soimême, par la pratique d’un renoncement quotidien, un système de vie dont les fruits s’épanouiront en phalanges d’hommes brillamment qualifiés pour remplir, dans la société, les plus hautes charges.
Ces mérites-là peuvent être méconnus : ils n’en demeurent pas moins l’honneur d’une Eglise, et la force d’un peuple.
Une autre forme d’œuvres, très louable, très patriotique, qui n’est pas propre assurément aux curés, mais où plusieurs curés ont donné la mesure de leurs talents et de leur zèle, c’est l’histoire : l’histoire d"; nos familles, l’histoire de nos paroisses, l’histoire de notre société, l’histoire de l’Eglise canadienne.
Mgr Cyprien Tanguay était curé lorsqu’il commença ses recherches patientes d’où est sorti le Dictionnaire généalogique des familles canadiennes. Rédacteurs et gardiens des registres, nos ministres du culte font chose très utile, en tirant de ces pages sèches les faits qu’elles renferment, et en dressant des tableaux qui nous permettent de remonter, par une chaîne ininterrompue, des générations présentes jusqu’aux premiers ancêtres.
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C’est l’histoire de la race, et de tous les titres qui Tout ennoblie.
Mgr Tanguay a eu des imitateurs. S’aidant de ses travaux, et corrigeant les erreurs à peu près inévitables qui s’y étaient glissées, plusieurs membres du clergé paroissial ont repris son œuvre, limitée au régime français, pour l’étendre, dans l’une ou l’autre branche de l’arbre généalogique général, jusqu’à nos jours. Citons en particulier les ouvrages érudits de M. le chanoine D. Gosselin sur les familles de Charlesbourg et de l’Ile d’Orléans ; ceux de M. l’abbé Couillard-Després sur Louis Hébert, sa famille et ses descendants ; ceux des abbés Trudelle, Demers, Michaud, Lyonnais, et de beaucoup d’autres, sans compter un très grand nombre de travaux inédits.
M. l’abbé Scott, l’historien distingué de Notre- Dame de Sainte-Foy, nous a dit, dans une page émue, tout l’intérêt de ces études historiques de détail :
Grâce, écrit-il, 'aux papiers jaunis, à demi rongés par le temps, débris des actes de nos anciens notaires, nous avons pu retrouver tous les anciens habitants de Sainte-Foy, de 1645 à 1670. Avec quel plaisir ! il n’y a pas de mot pour l’exprimer. 11 est à craindre que nous n’ayons trop cédé à ce sentiment que le lecteur ne partagera peut-être pas, en parcourant les chapitres un peu arides on s’étalent avec complaisance mille
1. L’abbé H. -A. Scott, Une paroisse historique de la Nouvelle- France, t. i, p. VI.
détails sur nos anciennes familles. Mais ces moindres vestiges d’un passé enseveli sous la poussière de plus de deux siècles, nous ont paru précieux, sacrés, et, s’ils laissent froid quelque lecteur, ne causeront-ils pas une douce émotion à ceux qui y retrouveront la trace d’un ancêtre ?
Ce n’est pas, au reste, une simple histoire des familles de sa paroisse, c’est l’histoire de cette paroisse elle-même, et d’une paroisse très en vue et très en renom dans les origines de la Nouvelle- France, que le studieux curé s’est chargé d’écrire. Et il l’a fait avec une richesse de couleurs et une sûreté d’information qui placent son ouvrage au premier rang, dans ce genre de littérature.
D’autres monographies de paroisses canadiennes, très intéressantes aussi, quoique peut-être moins importantes, ont été écrites par des curés. Mentionnons spécialement celles de l’abbé Geo. Dugas sur les missions de l’Ouest et Sainte- Anne des Plaines, celles de M. le chan. Caron sur la paroisse d’Yamachiche et le Saint-Maurice, de l’abbé C.-P. Beaubien sur le Sault-au-Récollet, de l’abbé Benj. Demers sur Saint-Romuald, de l’abbé J.-B. Allaire sur la paroisse de Saint-Denissur-Richelieu, de l’abbé Bellemare sur la Baiedu-Febvre, des abbés Catien et Gosselin sur le Cap-Santé, de l’abbé Mailhot sur les Bois-Francs, de l’abbé Michaud sur la Rivière-Ouelle, de l’abbé Casault sur Saint-Thomas de Montmagny,
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de l’abbé Casgrain sur l’Ange-Gardien, du chan. Cloutier sur la paroisse de Champlain : nous en omettons.
L’abbé Aristide Magnan, curé dans le diocèse de Québec après l’avoir été chez les Franco- Américains, a publié à Paris en 1913, sur la Race française aux Etats-Unis, un ouvrage d’une réelle valeur, et hautement apprécié, en France comme au Canada. L’abbé Ferland exerça le ministère paroissial pendant plusieurs années avant de donner à l’Université Laval son Cours d’Histoire du Canada qui l’a rendu célèbre.
Enfin, c’est un ancien curé, l’abbé Auguste Gosselin, qui, en retraçant la vie de nos évêques depuis Mgr de Laval jusqu’à Mgr Briand, a déroulé sous nos yeux la trame, tissée ds vertus et d’héroïsmes, dont se compose l’histoire de l’Eglise catholique au Canada. Œuvre de patriotisme autant que de religion, cette série d’études nous fait toucher du doigt l’empreinte profonde dont le clergé, séculier et régulier, a marqué dès le début toute notre vie nationale1.
Trois religieux français, mêlés intimement pendant plusieurs années au ministère paroissial
1. Si nous voulions sortir du cadre français que nous nous sommes tracé, nous pourrions ajouter qu’un curé canadien écossais d'une haute culture théologique et littéraire, le Dr J.-C. MacMillan, a écrit une belle histoire de l’Eglise catholique dans l’Ile du Prince-Edouard.
canadien, ont aussi, en ces derniers temps, illustré ce domaine des lettres chrétiennes : l’un, le P. Alexis de Barbezieux, capucin, en écrivant l’histoire de la province ecclésiastique d’Ottawa, que nous avons citée plus haut ; l’autre, Dom Benoît, supérieur des Chanoines réguliers de l’immaculée Conception, en racontant la vie de Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface ; un troisième, le Père Morice, Oblat, par ses divers écrits sur l’Ouest. — Notons également une étude publiée par le R. P. Dagnaud, Eudiste, sur l’abbé Sigogne et les développements de l’Eglise en Acadie.
Nous n’avons voulu parler, dans ces pages, que de ce qu’a fait le clergé de nos paroisses pour l’histoire nationale, laissant de côté tant d’autres travaux où nos professeurs de collèges, de séminaires et d’universités, se sont acquis une réputation très enviable.
On nous permettra de conclure que le curé canadien remplit dans notre existence, tant civile que religieuse, une mission qui en fait l’une de nos plus grandes forces; et que, quand cette classe d’hommes s’affirme dans l’intérêt d’une cause, avec fermeté et avec ensemble, on est en droit d’y voir le sens fidèle de la tradition, et l’instinct profond de la patrie.
DEFAUTS ET DEFORMATIONS
Le bon renom de notre peuple a subi, en ces derniers temps, de rudes assauts. Pour ruiner notre crédit dans les pays d’Europe comme dans les Etats d’Amérique, on a fait flèche de tout bois. Les opinions les plus honnêtes ont été flétries ; les motifs les plus louables ont été travestis ; les qualités mêmes et les vertus des nôtres ont servi de cible à la malveillance.
Pourtant, le peuple canadien-français, dans sa généralité, mérite mieux que ces attaques injustes et ces frénétiques dénonciations.
Il est docile à ses prêtres. Faut-il donc l’en blâmer, ou chercher à l’en excuser ? Que des orangistes haineux, des sectaires et des libertaires, n’y trouvent que matière à griefs, cela ne nous étonne pas : c’est dans leur système, fait d’idées et de passions anticléricales. Les chrétiens vrais, les esprits non prévenus, en jugent autrement. Ils reconnaissent dans ce respect du prêtre la marque d’une tradition religieuse profonde, incorporée pour ainsi dire à l’histoire de la race, et génératrice de force et de probité . “ Les Franco-canadiens, disait un jour à Ottawa un député de langue anglaise1, sont moraux, bons et travailleurs. Us font d’excellents colons, sont les meilleurs pionniers dans un pays nou-