‹ Etudes et appreciations. -- (volume 4)Chapitre 163 sur 173 · NOS RAPPORTS INTERNATIONAUX · texte numérisé non relu

NOS RAPPORTS INTERNATIONAUX

Une ligue des nations s’est fondée qui ne justifie que très imparfaitement ce nom, et à laquelle nous rattache une situation politique nouvelle et mal définie.

Mais en dehors des cadres légaux, quels qu’ils soient, et au-dessus des liens juridiques internationaux, il y a, certes, lieu pour nous d’entretenir avec divers pays des rapports d’ordre moral bien propres à favoriser nos intérêts et notre progrès.

Nous ne parlons pas de Rome, siège de la Papauté,

centre de la catholicité. C’est vers ce foyer de lumière, de doctrines sûres en matière de philosophie, de dogme, d’Ecriture sainte, de législation canonique, d’histoire religieuse, que nos esprits doivent préférablement se tourner. D’autres centres intellectuels peuvent jouir, théologiquement, d’un grand renom l. Ils ne mériteront, d’ordinaire, notre confiance que dans la mesure où ils refléteront les enseignements romains. La fermeté objective de la pensée offrira toujours à notre foi plus de garanties que l’originalité, l’érudition, l’élégance et l’éclat.

Catholiques et Français, nous associons instinctivement dans notre culte de l’idéal Rome et la France. Et si, nous devons le reconnaître, c’est autour de la Chaire apostolique que les sciences sacrées se meuvent de l’essor le plus stable, rien, d’autre part, n’égale, dans la vulgarisation de la doctrine, la clarté française2. L’activité scientifique de l’esprit français, comme d’ailleurs l’apostolat de l’âme française, est merveilleuse. Tous les peuples s’accordent à louer, à célébrer chez nos frères de France le charme séduisant du style, la force prestigieuse de l’éloquence, la haute tenue littéraire des œuvres d’histoire, d’imagination, de science, de philosophie. Aussi avons-nous beaucoup à apprendre à l’école des savants et des humanistes de notre mère patrie, toujours aimée, toujours admirée.

On nous permettra pourtant de le dire : il arrive que cette école se ressente, plus ou moins, selon les hommes et les milieux, de certaines manières trop libres, de certaines tendances novatrices du génie français. La remarque n’est pas de nous, mais d’un prélat de

1. Voir dans le récent ouvrage de propagande française, la Vie catholique dans la France contemporaine, ce que le mouvement doctrinal moderne doit à la France.

2. “ La langue et le génie de la France excellent, au premier chef, par la clarté ” (Pie X, Bref au R. P. Pègues, 1907).

APPENDICE

France, philosophe et conférencier distingué, Mgr d’Hulst :

Notre pays, avoue cet écrivain 1, met son amour propre à suivre tous les courants de nouveauté qui traversent l’idée contemporaine. Qu’un paradoxe vienne à se produire, aussi bien dans le domaine des plus hautes spéculations que dans celui de la conduite, la mode est de l’adopter, de le répandre, d’y montrer le dernier mot du progrès2.

Nous croyons très équitable le jugement porté par M. l’abbé Camille Roy, à propos d’Emile Faguet, lorsqu’il a dit, en appréciant ce brillant critique, qu’il avait “ de l’esprit de France tout l’entrain, toute l’agilité, toutes les forces pénétrantes ; qu’il en avait le sel abondant, les finesses imprévues, les subtilités élégantes, et aussi toute la fureur de discuter, toute la passion de savoir et de comprendre ; mais que, de lui encore, il avait toute la mobilité et toute la blague3.” Pour le plaisir d’une expression neuve, d’un tour de phrase pittoresque, d’une théorie à effet, on sacrifiera souvent, sans scrupule, la justesse de la pensée et l’exactitude de la doctrine.

C’est, dire que nous aurions tort, nous Canadiensfrançais, de faire de notre admiration très légitime pour la France une sorte de vasselage intellectuel ; de créer par notre servilisme, et, disons le mot, notre badauderie, l’impression que nous sommes des cerveaux stériles ; d’applaudir sans discrétion tous les beaux parleurs, tous les trafiquants d’idées, qui nous viennent d’outre-mer ; d’abdiquer notre jugement devant toutes les œuvres, devant toutes les opinions signées d’un nom français. Le Saint-Laurent coule entre des rives que n’écrase pas encore le poids des

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