Per Crucem ad lucem, p
APPENDICE
il a fait entendre, contre les envahisseurs, des protestations admirables de courage et de justesse. Il a trouvé dans son âme d’évêque, pour défendre l’indépendance des siens, des accents de la plus sublime éloquence. Il a appris, par cela même, à tous les peuples libres, au prix de quels efforts ils doivent garantir leur autonomie des atteintes de la force brutale ou de la force insidieuse, toutes deux spoliatrices du bien des nations. Il a justifié pleinement ces paroles que lui adressait, au soir du 1er novembre, le recteur de notre maison1 2 :
Ncus vous remercions, Eminence, de nous avoir confirmés nous-mêmes, par vos très nobles exemples, dans le devoir qui nous lie envers la p.,trie canadienne. Nous vous remercions d’avoir élevé si haut le droit au-dessus de la force. Nous vous remercions, et nous osons vous féliciter, d’avoir représenté si dignement, en face d’une culture toute matérielle et utilitaire, la culture latine, d’avoir tenu d’une main si ferme le drapeau sacré des plus précieuses et des plus légitimes libertés.
Au reste, le patriotisme du cardinal Mercier, si ardent qu’il ait paru, ne lui a pas voilé, comme chez bien d’autres, la grave leçon des événements. Le souci national n’a pas étouffé en lui la voix du chrétien, ni celle du philosophe. A la veille même de la victoire des Alliés et de la délivrance de la Belgique, le grand évêque, après avoir signalé, dans son pays et ailleurs, plusieurs désordres dignes de châtiment, ajoutait :
Mais il n en faut point clouter, le principal crime que le monde expie en ce moment, c est 1 apostasie officielle des Etats et de l’opinion publique^.
La pensée du Cardinal se rencontrait ici avec celle de Benoît XV, et de tous ceux qui, pour juger l’épouvantable tragédie de la dernière guerre, ont su remonter plus haut que les faits immédiats.
1. Adresse présentée au card. Mercier par l’Université Laval, le 1er nov. 1919.