Cf. Castelein, Droit naturel, pp
Rien, surtout, n’est plus propre à compromettre la paix sociale, à faire éclore les grèves les plus désastreuses et les plus contraires au bien commun, et à favoriser partout les progrès de l’idée socialiste,1 que de placer, comme le font tant de chefs politiques, l’autorité et la souveraineté dans le peuple, que de flatter les passions populaires, que d’ affirmer et de proclamer, par intérêt, par conviction ou par ignorance, le principe même de la révolution, qu’elle soit russe, française, ou allemande. De toutes les erreurs qui, chez nous non moins qu’ailleurs, ont bénéficié, pour se répandre, de l’affolement causé par la guerre, nous oserons dire que c’est là l’une des plus profondes et des plus fatales.
D’autre part, les ouvriers ont aussi des droits que l’Etat doit respecter.
Et le premier de ces droits, c’est celui d’apprendre, dans des écoles bâties et soutenues de leurs deniers, les principes de la vraie religion et les préceptes de la morale sur lesquels Dieu a établi la société. On aura beau dresser, contre la foule ameutée, les barricades de la loi humaine. Si le
1. La prétention des grévistes de l’Ouest canadien, qu’un Comité central quelconque d'employés puisse dicter ses conditions à n’importe quelle industrie et n’importe quel service d’utilité publique, nous paraît intolérable. C’est un mouvement socialiste de bas en haut, tandis que le socialisme d’Etat constitue un mouvement analogue de haut en bas. Ces deux mouvements, quoique l’un sous une forme plus révolutionnaire, acheminent la société vers le collectivisme universel.
LE SOCIALISME d’eTAT
peuple n’est pas instruit de ses devoirs religieux, s’il ignore par qui il a été créé et pourquoi il existe, quels trésors de félicité peuvent lui mériter ses travaux et ses peines, et en vertu de quel pouvoir, supérieur et souverain, certains hommes régnent et commandent, les répressions légales pourront bien, momentanément, suspendre le cours de ses actes pervers : elle ne tariront pas la source du mal ; elles n’atteindront pas le principe même de cette perversité. Finira-t-on par le comprendre ?
Les patrons de l’école neutre, de l’école soidisant nationale, dont s’accommodent toutes les croyances et toutes les incroyances, font une œuvre, non seulement antireligieuse, mais antisociale. Ils répandent le germe de toutes les grèves, de tous les soulèvements, et de toutes les émeutes. Nous savons, dans notre pays, des gouvernements qui récoltent, en ces heures de troubles où la révolution gronde, et où le drapeau anglais est insulté par ses propres défenseurs, ce qu’eux-mêmes et leurs amis ont semé.
Plus que jamais, c’est pour l’Etat, fédéral ou provincial, un devoir de haute prudence en même temps que de justice, de couvrir de son autorité, dans toutes nos provinces, les institutions relieuses et scolaires qui, par leurs doctrines et leur influence, opposent au socialisme et au bolchévisme la plus puissante barrière.
Les hommes politiques sont encore tenus, sous
peine d’exciter l’ire populaire, de ne pas permettre que l’on organise le régime du travail sans égard pour les justes libertés inhérentes aux individus : liberté du repos dominical, liberté dans le louage de la main d’œuvre, liberté dans la disposition du salaire, liberté dans l’organisation d’unions ouvrières et professionnelles en accord avec la loi naturelle.
Il y a, d’ailleurs, une foule de mesures que l’Etat peut prendre, une multitude de lois qu’il peut adopter, pour résoudre les problèmes ouvriers, sans sortir de son rôle légitime, et en pleine conformité de ses fonctions sociales. Ces mesures et ces lois ont été indiquées par le pape Léon XIII 1 avec une précision, une sagesse et une maîtrise, que plusieurs protestants haut placés se sont plu à reconnaître. En face des dangers qui menacent la société canadienne, nos ministres, sans distinction de croyances, liraient avec profit le grand document pontifical où se trouve condensée, pour l’instruction et l’avantage des classes sociales, toute la lumière des siècles chrétiens.
Un industriel canadien déclarait il y a quelques jours que, d’après lui, l’un des meilleurs moyens d’effectuer un rapprochement entre les patrons et leurs ouvriers, et d’établir entre eux des rapports de confiance mutuelle, serait la création générale