The Catholic Encyclopedia, vol. vin, p
LE PREJUGE SECTAIRE
nomie, lambeau par lambeau. Grâce à l’effort conjoint de tous les catholiques et d’un groupe de protestants modérés dont Henry Grattan était le chef, des réformes furent obtenues ; et, en 1782, l’indépendance législative irlandaise fut rétablie.
Humilié, mais non terrassé, le fanatisme ne tarda pas à prendre sa revanche. Des associations furent fondées, les unes pour défendre la cause de la liberté, les autres pour y faire échec. Du sein de ces dernières, et du fond de cette mer agitée, surgit, comme une synthèse des éléments les plus hostiles à l’émancipation politique et reügieuse du pays, la société orangiste.1 Semblable à ces oiseaux nés dans la tempête et qui se bercent sur l’écume des flots, la “ loyale institution d’Orange ” est un produit des forces persécutrices de Irlande.
Elle se mit à célébrer, comme elle l’a toujours fait depuis, l’anniversaire de la victoire angloprotestante de la Boyne. Elle posa pour condition de sa fidélité envers la Couronne britannique, le protestantisme avéré et permanent du Souverain. Et, lorsque, en 1800, l’union législative de l’Angleterre et de l’Irlande, dont elle avait été l’un des facteurs, fut décrétée, elle se donna pour mission de travailler à maintenir et à consolider
1. D’après The American Cyclopœdia ( vol. xii, p. 667 ), cette association fut fondée, dans le Nord de l’Irlande, en 1795.
cet état de choses qui était comme l’annihilation de l’autonomie du peuple irlandais.
Sur le théâtre où elle avait pris naissance, et parle fait même de son programme antihibernien, l’association orangiste provoqua les conflits les plus violents. Elle montra son animosité et elle déploya son action, non seulement contre certains clubs nationaux imbus des principes de la Révolution, mais contre l’agitation constitutionnelle d’O’Connell et les influences catholiques groupées autour de l’illustre chef. Ses ramifications s’étendaient dans toutes les sections du Royaume- Uni, et fonctionnaient sous le contrôle d’une grande loge impériale. “ Une enquête parlementaire, instituée en 1835, fit découvrir la présence de loges orangistes dans trente-quatre régiments de l’armée, et, en 1836, le grand Maître impérial, le duc de Cumberland, fut forcé de dissoudre l’association en Irlande. Elle y fut rétablie en 1845, et elle est encore très répandue dans les Iles britanniques, quoique ses processions y soient interdites pas la loi.” 1
Transportées en Amérique, les loges orangistes s’y sont multipliées. Au Canada, elles comptaient déjà, il y a plus d’un demi-siècle, plusieurs milliers de membres. Elles furent d’abord officiellement admises dans les provinces du Manitoba, de la