Mgr A. -A. Blais, Circulaire au Clergé , 4 oct
l’union française
l’Ouest, tel est l’un des premiers devoirs de ceux que leurs goûts et leurs fonctions vouent spécialement à l’œuvre colonisatrice.
Une organisation assez efficace pour détourner vers quelque point de notre pays le double courant, canadien et acadien, dont profitent à notre détriment tant de villes des Etats-Unis, et qui irait chercher, parmi les groupes isolés de 1 Ouest américain, trop faibles pour résister à l’assimilation, de bons colons canadiens, rendrait d’énormes services.
Nous pourrions ainsi reconquérir pour notre race une partie de l’influence que l’exode de beaucoup des nôtres et l’immigration de sujets étrangers nous ont fait perdre.
Nous l’espérons, du moins. Et ce sentiment est confirmé, nous ne dirons pas par les prévisions, mais par les vœux d’un observateur et d’un penseur qui a pu étudier sur place la question francocanadienne, M. Etienne Lamy. Résumant à son retour d’Amérique en 1912, dans VEcho de Paris, ses impressions sur le Canada, l’éminent écrivain montrait comment les Canadiens français, qui n’ont pour eux ni la multitude, ni la richesse, ni le pouvoir, comptent reprendre peu à peu, par leur vertu prolifique et leurs labeurs, ces avantages, et il ajoutait :
Par le nombre, l’occupation du sol, la richesse terrienne, ils auront alors reconquis l’influence politique. Tel
est le changement qu’ils prévoient. Educateurs d’hier, héritiers de demain, ils ne se résignent pas à n’être qu’une minorité où ils ont droit d’aînesse et charge d’avenir. Ils croient toujours utiles la collaboration et l’hégémonie de leurs dons toujours vivants. Ils veulent garder leur part directrice dans les destinées communes, faire rayonner demain comme hier la lumière de Québec efc de Montréal jusque clans les profondeurs de l’Ouest. La même étonnante, admirable confiance qui, en face de l’immensité inculte, unit les Canadiens de toute origine et possède d’avance le continent où leur petit nombre est comme perdu, la même calme et héroïque espérance soutient les Canadiens français en face de la majorité étrangère où eux aussi semblent se perdre, et leur interdit d’abandonner à l’enlisement anglais la langue, le génie, la primauté de leur race.
Ces paroles résument les motifs et justifient les espoirs sur lesquels nous basons la nécessité d’une fédération des forces françaises au Canada1. Et si elles n’expriment qu’un rêve, nous avons la confiance que ce rêve sera inspirateur d’efforts vaillants et d’œuvres fécondes.
1 . L’un des plus sérieux obstacles à cette fédération, c’est, nous le répétons, l’esprit de parti. Tout récemment, l’une des plus tristes victimes de cet esprit stupide passait l’éponge sur une mesure faite, au témoignage d’Anglo-canadiens eux-mêmes, pour dénationaliser nos compatriotes de langue française. Œuvre de traître !