Encycl. Ad beatissimi, 1 nov
l’union catholique
de la charité sur les âmes sera l’œuvre spéciale de son pontificat et il exhorte chaleureusement les Evêques à l’aider dans cette entreprise.
L’heure ejst donc venue, partout, de travailler énergiquement à l’union catholique. Et l’union catholique, d’autre part, ne peut se faire, au moins d’une façon durable, sans un sentiment de fraternelle charité qui pénètre tous les cœurs. Et, pour nourrir et fortifier ce sentiment, rien sans doute n’égale la valeur des motifs surnaturels. Nous ne devons, pourtant, pas négliger les motifs naturels pris de l’histoire, des circonstances et des besoins, et de tout ce qui rapproche au lieu de diviser. Lorsqu’on veut une fin, il faut prendre les moyens qui y conduisent. Lorsqu’on désire, sincèrement, l’alliance de toutes les forces et de toutes les ressources dont peut disposer l’Eglise catholique, il faut, pour mettre en faisceau ces forces et ces ressources, étouffer les inimitiés et substituer aux antipathies des sympathies franches et des avances bienveillantes.
La franchise, cette qualité des nobles âmes, fait partie du code d’honneur des relations privées. Elle ne s’impose pas d’une façon moins impérieuse dans les relations publiques. La main trompeuse d’un intrigant peut briser ou compromettre les plus beaux projets d’union. Les lèvres qui cachent l’hypocrisie, ou qui distillent le mensonge, ne sont pas faites pour annoncer l’évangile de la paix. La
paix ne peut venir, selon une parole adorable,, que par les hommes “ de bonne volonté.”
L’Eglise canadienne compte plus que jamais sur eux.
On a souvent dit que l’influence des catholiques au Canada était en baisse. Ce que nous constatons, c’est qu’ils ont perdu depuis quelques années de grandes batailles ; c’est qu’ils n’ont pas, dans certaines administrations publiques, et dans les conseils de la nation, une représentation égale à leur nombre et à leur valeur. La cause, il faudrait être aveugle pour ne la point voir : nous ne sommes pas unis. Nous ne le sommes pas, nous devrions l’être, et rien n’empêche que nous le soyons.
Les différences de langues et de races ne sont pas une barrière que notre bon vouloir ne puisse lever.
Il y a, entre la race française et les fils de l’Irlande, des liens historiques, et, je pourrais dire ethniques, dont le souvenir ne peut être vain. Laissons de côté cette question d’origine, où le sang des Celtes prend une voix pour réclamer l’union.
Le grand apôtre qui sema dans l’âme irlandaise la foi catholique, saint Patrice, puisa sa science de Dieu et son amour des âmes à trois sources gauloises, l’école de saint Martin de Tours, celle de
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saint Germain d’Auxerre, celle de saint Honorât de Lérins1. Ces trois noms resteront pour toujours associés avec honneur à l’histoire du catholicisme sur le sol d’Hibernie.
Lorsque, au seizième siècle, la réforme de Luther et le schisme de Henri VIII livrèrent à l’antique foi de si rudes assauts, l’Irlande imita les grandes nations latines, la France, l’Italie, l’Espagne, dans leur fidélité invincible à l’Eglise. — Français et Irlandais luttèrent ensemble pour soutenir la cause du roi légitime d’Angleterre, le catholique Jacques II ; et, après la bataille de la Boyne et la capitulation de Limerick, près de vingt mille vaincus, pour n’avoir pas à subir le joug d’un usurpateur, se réfugièrent en France où ils furent l’objet du plus généreux accueil. — A partir de cette époque, une brigade irlandaise fut incorporée à l’armée française, et la suivit sur les plus illustres champs de combat de l’Europe. De plus, nombre d’ecclésiastiques irlandais firent leurs études et reçurent leur éducation dans des écoles de France. — Les deux Frances, l’ancienne et la nouvelle, témoignèrent toutes deux, en des occasions nombreuses, à l’Irlande opprimée, de très ardentes sympathies. Lacordaire, Montalembert, Veuillot, ont écrit sur O’Connell des pages vibrantes d’émo-
1. Healy, Ireland’s ancient schools and scholars (4 éd.), pp. 43-50.
tion. Et qui ne sait que, chez nous, le nom du libérateur n’est jamais prononcé sans provoquer les éloges sincères et l’admiration enthousiaste dus à la haute mémoire de ce champion si ferme, si vaillant, et si désintéressé, de sa foi et de sa race ?
Entre les catholiques d’Ecosse et la race française, les rapports établis à différentes époques, offrent aussi le même caractère de parfaite bienveillance.
Sans remonter jusqu’aux moines de France introduits dans ses domaines par l’excellent prince écossais David 1er, rappelons les diverses alliances et les multiples relations de la France et de l’Ecosse : les Stuarts hospitalisés sur le sol français ; leurs malheurs inspirant à un orateur de France ses plus sublimes accents ; un collège fondé à Paris, dès le quatorzième siècle, pour la formation du clergé écossais ; un autre collège du même genre érigé, deux siècles après, dans la Flandre française ; des prêtres de France exilés en Ecosse, et faisant de cet exil un moyen d’apostolat ; plus de vingt bourses consacrées, dans l’école supérieure d’Issy, par des bienfaiteurs français, à des étudiants écossais h Aussi, lorsque, vers la fin du dix-huitième siècle, le souffle de la persécution jeta sur les plages de l’Ile Saint-Jean ces montagnards d’Ecosse si francs d’allure, si