‹ Etudes et appreciations. -- (volume 4)Chapitre 95 sur 173 · Id., ibid., n · texte numérisé non relu

Id., ibid., n

l’union internationale

Telles sont, brièvement condensées, les raisons d’ordre naturel qui établissent l’origine, les bases, et la constitution de la société internationale. L’élévation de l’homme, à l’ordre surnaturel, les oracles de l’Evangile et la fondation de l’Eglise, ont renouvelé la face du monde. Ces faits très graves, ces changements très considérables, ne pouvaient ne pas atteindre et ne pas modifier très profondément les rapports mutuels des nations.

L’enseignement chrétien, en redressant les erreurs du paganisme et en rétablissant la notion de Dieu sur laquelle s’appuie le droit véritable, a restauré parmi les peuples les fondements de la justice et de la paix. Il a fait plus. Il a élevé, consacré et consolidé le dogme de la fraternité sociale. S’ajoutant, chez tous les hommes, à l’unité de nature, l’unité de rédemption est devenue pour les sociétés un signe d’universel ralliement. Toutes les familles, toutes les races, toutes les provinces, toutes les agglomérations humaines, sont apparues comme les végétations diverses et les multiples ramifications d’un seul et même arbre baigné dans le sang du Christ.

Le christianisme est entré dans l’âme des peuples, dans l’esprit de leurs chefs, de leurs princes et de leurs généraux. Il y a fait éclore le sens chrétien ; il y a formé, cultivé et développé,

la conscience publique chrétienne. Les mœurs, les coutumes, les institutions, les législations, ont subi l’influence du nouvel enseignement. Il s’est créé, parmi les nations, comme un code d’honneur, de charité, et de probité, dont l’empire, se substituant au règne de la barbarie, a introduit le régime d’une civilisation basée sur la morale naturelle et sur les préceptes évangéliques.

Nous ne voulons pas dire que ce code s’est établi tout d’une pièce, qu’il s’est imposé sans résistance, qu’il ne s’y est fait aucune dérogation.

Mais il a longtemps prévalu. Et, malgré les triomphes de l’erreur, malgré les révolutions, malgré le fléchissement trop connu des caractères, des doctrines et des attitudes, il exerce encore une influence effective très bien décrite par Balmès 1 :

Croyez-le bien, dit cet auteur, les mots de justice, de moralité, d’humanité, qui résonnent sans cesse autour de nous, ne sont pas des paroles vaines. Ce langage public produit de grands résultats ; il écarte des maux immenses. L’atmosphère, en effet, est imprégnée de ces idées ; mille fois, la main du coupable se sent retenue; une force d’un effet incalculable sur la société continue de résister aux doctrines matérialistes et utilitaires. Il existe parmi nous un sentiment de moralité qui adoucit tout et domine tout, sentiment dont la force est telle, que le vice se trouve forcé de conserver les apparences de la vertu, de se couvrir de cent voiles, s’il ne veut être en butte à l’exécration publique.

1. Le Protestantisme comparé au Catholicisme (10e 6d.), t. n,

pp. 39-40.

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L’idée internationale chrétienne s’est concrétée et systématisée dans l’organisation de l’Eglise, dans le réseau puissant de sa hiérachie et de ses lois.

Rien n’a contribué davantage à rapprocher les unes des autres les nations distantes, que l’entrée de ces nations dans une seule société religieuse. L’Eglise catholique, c’est-à-dire universelle, a jeté des ponts sur tous les fossés. Elle a dissipé des défiances profondes. Elle a extirpé des inimitiés séculaires qui avaient creusé un abîme infranchissable entre certaines nationalités rivales. L’universalité du catholicisme, de sa foi, de sa doctrine, de sa législation, de son gouvernement, s’est reflétée dans les maximes du droit mis en pratique par les souverains.

On s’est habitué à voir, par delà les frontières nationales, des intérêts supérieurs aux visées propres, aux ambitions particulières. Dans le portique du temple divin, les rois se sont donné la main. L’entente nécessaire à la société des nations s’est fortifiée par tous les liens qui groupaient sous un même symbole, et sous le sceptre d’une même autorité ecclésiastique, tous les enfants du Christ, pauvres et riches, faibles et forts, sujets et princes, hommes de labeur et conducteurs de peuples.

Il serait trop long d’exposer en détail les formes

variées sous lesquelles l’esprit de charité et de solidarité chrétienne, pénétrant dans la pensée publique, finit par gouverner les démarches internationales. Ce serait faire l’histoire de l’humanité depuis le jour où la religion du Christ monta sur le trône impérial avec Constantin.

L’avènement des princes chrétiens marqua l’une des dates les plus mémorables et les plus fécondes qui se soient jamais inscrites dans les annales des nations.

On vit se constituer, sous la haute direction du Chef suprême de l’Eglise, un groupe de sociétés, distinctes par la race, l’idéal, les mœurs, mais unies par un triple lien : par le lien moral des dogmes et des préceptes que le christianisme triomphant dictait à tous les fidèles ; par le lien politique que créait, sous l’étendard royal ou impérial, la puissance de la monarchie chrétienne ou la fédération du saint-empire ; par le lien ecclésiastique qui assujettissait au Pape, à son pouvoir direct sur les choses spirituelles, à son pouvoir indirect sur les choses temporelles1, l’universalité des âmes baptisées et des peuples régénérés.

Ce fut l’âge d’or du droit international, l’application la plus haute, la réalisation la plus complète, malgré bien des lacunes et bien des insuccès, de l’idée et de la morale chrétiennes dans les rap-

1. Voir Droit public de l’Eglise. Principes généraux , 9e leçon.

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ports mutuels des nations. Ce fut 1 époque de ee qu’on a si justement appelé, d’un mot béni, la “ chrétienté;” l’époque de la supériorité, officiellement reconnue, de l’intérêt religieux sur 1 intérêt politique, l’époque des capitulaires et des croisades, de Charlemagne et de saint Louis.

La Chrétienté, dit Tapparelli >, est une société temporelle, une ethnarchie qui doit son origine et sa conservation à la société spiritulle, à l’Eglise. Dans l’ordre matériel ou temporel, le gouvernement de cette ethnarchie réside naturellement dans le commun accord des nations chrétiennes, et ce pouvoir est nécessairement subordonne a la religion et a celui qui en est le chef visible. Je dis nécessairement ; car, en supposant le fait de la révélation connu et accepté par tous, la relation de subordination et 1 influence du Pontife sur l’ethnarchie résultent alors de la nature même de l’homme et de la société. Il faut donc que ceux qui refusent à l’Eglise cette légitime influence en prennent leur parti : ils doivent, ou nier résolument la divinité de l'Eglise et prouver aux nations qu elle leui en impose, ou bien donner un démenti à la logique et à la nature en niant qu’une Eglise divine puisse se gouverner elle-même dans le for extérieur, et influei par là sur la conduite des nations chrétiennes.

Dans cette société du moyen âge, fondée principalement sur la loi morale et l’intérêt religieux, les Papes jouissaient donc du plus puissant crédit. Ecrivant, le 15 septembre 1898, au représentant de la Russie près le Saint-Siège, le car-

1. Ouv. et t. cit., n. 1444. — Cf. Delaporte, La Chrétienté , ch. viii et suiv. (Paris, 1901).

dinal Rampolla le constatait en ces termes :

A la faveur de l’heureuse unité de la chrétienté, la voix des Pontifes romains trouvait partout un accès facile ; elle réussissait, par la seule force de son autorité, à concilier les princes et les peuples, à éteindre les querelles par des paroles d’arbitrage, à défendre les faibles contre l’injuste oppression des forts, à empêcher la guerre, à sauver la civilisation chrétienne1 .

Nous ne parlons pas de l’action internationale des Papes, comme souverains temporels, dont la suzeraineté fut recherchée par certains Etats, et qui se montrèrent, à l’égard des nations vassales, des guides sûrs et des tuteurs fidèles.

En leur qualité de souverains spirituels, les Pontifes romains intervinrent très souvent, et de la façon la plus efficace, dans les conflits des princes et des peuples. Et cette intervention, selon les circonstances, prit la forme, tantôt d’un acte juridique de l’autorité suprême, tantôt d’un arbitrage volontaire et pacificateur. Usant de leur pouvoir indirect sur l’ordre temporel, les chefs de l’Eglise imposèrent plus d’une fois aux puissances chrétiennes la sagesse de leurs vues et les arrêts de leur surnaturelle volonté. La magistrature papale, admise par le droit public de cet âge trop décrié, se déployait à l’aise au travers des rivalités politiques et des contestations sociales. De partout, les parties litigantes s’adressaient à

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