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La Nouvelle-France, mai

MELANGES CANADIENS

rer le rôle bienfaisant joué par l’abbé Bégin au séminaire de Québec dont il fut l’un des membres les plus dévoués, et à l’Université Laval qu’il honora pendant quinze ans par sa science si pure, par sa diction si claire, par sa plume si élégante et si active.

L’enseignement du docte professeur débordait les cadres didactiques. 11 s’épandait, pour les catholiques, en des sermons et des conférences du plus haut intérêt. Nous nous rappelons l’affluence des citoyens et des jeunes gens groupés, chaque année, dans la salle des cours littéraires, autour de cette parole féconde qui savait, avec tant d’art, et en des tableaux si lumineux, représenter la pensée, les gloires, les grandes luttes historiques de l’Eglise.

Ces leçons se répercutaient bien au delà des murs de l’Université. Les volumes publiés par l’abbé L.-N. Bégin sur la règle de foi, sur les souverains Pontifes, sur le culte catholique, jouissaient de la faveur du public. On en recherchait la doctrine, on en savourait le style, on en subissait l’influence apologétique et morale. Les lettres canadiennes doivent à l’auteur de ces livres, marqués du sceau des meilleures traditions, une belle part de leur mérite et de leur lustre.

Aussi remarquable par ses vertus que par ses connaissances, Monsieur Bégin paraissait à tous né pour l’épiscopat. Ses nombreux admirateurs

souhaitaient qu’il y fût promu ; lui seul, s’ignorant lui-même, ne se doutait ni des vœux que ses amis formulaient, ni des desseins que la Providence avait sur lui. Et c’est pourquoi sa surprise fut grande, lorsque, en 1888, Léon XIII lui confia les destinées de la jeune Eglise de Chicoutimi, et plus grande encore lorsque, trois ans après, le même Pontife le supplia, lui commanda même de venir, auprès de son Eminence le cardinal Taschereau, se préparer à recueillir la succession glorieuse des Laval, des Briand et des Plessis.

Le prestige de son nom, la distinction de sa personne, sa science, sa prudence, son aménité, sa franchise, et par-dessus tout la surnaturelle dignité de sa vie, l’avaient désigné pour ce poste d’honneur. Et l’avenir allait montrer que le Saint-Siège, en l’y élevant, obéissait aux inspirations de son habituelle sagesse.

Un épiscopat de vingt-cinq années, fécondé par le souffle divin et rempli d’œuvres, ne se résume pas en quelques lignes. On nous pardonnera pourtant d’être bref, et de dégager bien sommairement de ce quart de siècle ce qui en fait, devant l’Eglise et aux yeux de l’histoire, le mérite éclatant et incontesté.

Nous laissons de côté l’enseignement si autorisé donné, par l’Archevêque de Québec, à ses ouailles, tantôt du haut de la chaire métropolitaine, tantôt

dans des lettres et des mandements de la plus grande portée doctrinale.

Ce sera l’un des rares mérites de Monseigneur Bégin d’avoir su comprendre l’importance capitale des fortes études ecclésiastiques, et de n’avoir rien omis pour en favoriser l’essor. Quel profond intérêt ce chef de diocèse et ce chancelier d’ Université n’a cessé de porter non seulement aux séminaristes qui ont grandi sous son regard, mais aux directeurs et aux professeurs chargés de former ces jeunes âmes, et d’y jeter la semence des saines et pures doctrines ! Nous avons nousmême, on nous permettra de le dire, éprouvé trop largement les effets de cette bienveillance pour ne point offrir ici, à celui que nous vénérons comme un mécène sacré, l’hommage public de notre vive gratitude.

Non content d’encourager dans son diocèse l’étude des sciences religieuses, Monseigneur Bégin s’est efforcé d’accroître parmi ses prêtres le nombre de ceux qui vont, au centre même de l’enseignement chrétien, compléter leurs connaissances théologiques. Il savait par expérience combien ces séjours d’études à l’étranger sont profitables ; et ce fut toujours son ardent désir de voir le clergé canadien prendre place au premier rang parmi les intellectuels et les lettrés.

Au surplus, cette sollicitude ne s’est pas confinée en des limites étroites, et elle n’a exclu aucun

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degré ni aucune forme de culture. Avant de ceindre la mitre, l’Archevêque de Québec fut tour à tour professeur, directeur d’étudiants, principal d’école normale. Peu d’évêques canadiens ont pu apporter à la solution du problème scolaire une expérience aussi vaste, et nous n’en savons pas qui aient mis à répandre et à améliorer chez nous l’instruction, plus de temps, plus d’efforts, plus d’intelligence, plus de zèle. On a vu ce haut dignitaire, malgré les mille soucis de la visite des paroisses, réunir, pendant des années, autour de sa personne, d’humbles maîtresses d’écoles, et incliner sur ces ouvrières si obscures et si méconnues de notre avenir son front de docteur, sa majesté de pontife.

Ce zèle pour l’éducation prise en son sens chrétien n’est, au fond, qu’un des moyens employés par l’Eglise pour sanctifier les âmes, et pour affermir partout l’ordre moral et social. Vers ce butr en effet, doivent tendre tous les soins, tous les projets d’un pasteur de peuples ; et vers cet objectif se sont orientés tous les travaux et tous les actes de Monseigneur Bégin.

C’est pour y mieux atteindre qu’il a fondé,, organisé de nouvelles paroisses, qu’il en a multiplié le nombre, et qu’il a donné l’élan d’où est sortie partout comme une merveilleuse floraison d’églises.

C’est dans la même, pensée qu’il a fait de la vi-

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site pastorale une occasion de contact plus immédiat avec son peuple, recevant lui-même 1; aveu des fautes, redressant les torts, consolant les cœurs meurtris, signalant aux chefs de familles, en d’admirables instructions, leurs responsabilités et leurs devoirs, leurs faiblesses et leurs grandeurs.

C’est encore pour augmenter les facilités du bien, et pour rendre plus abondantes les sources de la prière et les ressources de l’action évangélique, qu’il s’est montré si empressé à accueillir de nouvelles familles religieuses, et à leur ouvrir toutes grandes les portes de sa ville et les paroisses de son diocèse.

On sait par quel soin, quelle vigilance assidue, il s’efforce de soustraire son peuple aux dangers de perversion qui l’entourent et qui le menacent. La lutte contre l’école neutre, contre le mauvais théâtre, contre les lectures malsaines, contre l’alcoolisme, formera l’un des plus beaux chapitres de l’histoire de son épiscopat.

Et cette histoire, en même temps, retracera avec fierté l’organisation, les premiers essais, et les premiers résultats de la grande œuvre sociale à laquelle le nom de notre vénérable Archevêque demeurera pour jamais lié. Cette œuvre, sous certains rapports, est une initiative. Tout fait voir chaque jour davantage qu’elle répond à une nécessité.

Lorsque, en 1901, Mgr Bégin assuma la tâche

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d’examiner à fond certaines difficultés ouvrières, et rendit, pour les régler, cette célèbre sentence arbitrale qui fit bientôt le tour de l’Europe, les esprits clairvoyants comprirent que l’Eglise, au Canada, venait de faire un pas décisif, et qu’elle offrait aux classes sociales le seul gage d’une paix solide et durable. N’est-ce pas, en effet, de l’influence religieuse, des notions exactes du droit, du devoir, de la justice, de la charité, que dépend principalement l’apaisement du conflit dont les excès et les violences joncheraient le sol de ruines ? Mgr Bégin, pour sa part, aura vraiment et grandement contribué à maintenir sous la tutelle de l’Eglise, et dans l’esprit conciliant qui doit les animer, l’atelier et l’usine, les forces inquiètes qui s’y meuvent et les volontés soucieuses qui s’y concertent.

Par nature comme par vertu, ce prélat bienveillant se penche vers les humbles. C’est un caractère fait de bonté et de noblesse, de désintéressement et de loyauté. C’est une âme tout apostolique où s’unissent, dans une supérieure harmonie, deux qualités maîtresses, nécessaires au gouvernement spirituel : la fermeté des principes et l’indulgence de la charité. Sans charité, les passions se soulèvent et les cœurs s’enveniment ; sans fermeté, les doctrines s’effritent et les mœurs se dissolvent.

Notre très digne et très zélé Archevêque a re-

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vendiqué avec courage les droits de la vérité, et les libertés dues à l’Eglise du Christ. Il a su, en temps opportun, flétrir et stigmatiser le mal.

D’autre part, sa modestie, sa bénignité, sa condescendance, et même les sévérités imposées à son cœur de père, attestent qu’il est resté fidèle à cet esprit de mansuétude dont il prit la formule pour devise, et qui demeurera son éloge1.

1. Mgr Bégin a été créé cardinal le 25 mai 1914. Voir l’appendice iii.

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