‹ Etudes et appréciationsChapitre 19 sur 173 · Etude présentée à la Société royale du Canada (mai · texte numérisé non relu

Etude présentée à la Société royale du Canada (mai

de particulière importance et de saisissante actualité.

Si ce n'est pas un cours complet, un traité didactique achevé de sociologie et de science économique, que saint Thomas nous offre, sa pensée, en rayonnant ça et là sur ces matières, jette de telles clartés qu'il nous a paru utile d'en recueillir, dans une brève étude, quelques faisceaux.

Léon XIII, dans son encyclique Rerum novarum, énonce en y appuyant, cette vérité capitale, que la solution des problèmes sociaux dépend tout d'abord, et au plus haut degré, d'une bonne organisation de la société. Présider avec sagesse, et selon les principes chrétiens, au gouvernement des peuples, c'est supprimer d'avance, ou trancher dans leur racine, la plupart des difficultés ouvrières.

L'économie des lois et des doctrines est liée à l'économie des mœurs, et gouverne tout l'ordre social.

Or, saint Thomas d'Aquin, soit dans sa ''Soname théologique, " soit dans ses '^ Opuscules " ou ailleurs, nous a laissé, sur la direction des affaires publiques, des enseignements extrêmement précieux. Sa plume nous trace tout un prograname de politique chrétienne. Lui qui avait sous ses

l'enseignement de s. t. d'aquin 47

yeux des souverains accomplis comme saint Louis, il se sent à Taise pour raconter ce que doit être un chef d'Etat, d'après quelles règles morales il doit user de son pouvoir, sur quelles bases solides et justes il doit édifier sa législation, avec quel zèle il doit s'appliquer à faire le bonheur de tous ses sujets.

D'après l'Ange de l'Ecole, il ne peut y avoir ; de sage politique que celle qui s'inspire de la i religion,^ et qui est dictée par les grandes vertus , administratives et sociales, la prudence et la I justice.^ Grâce à ces vertus dont saint Thomas î décrit admirablement la nature et approfondit I le rôle,^ l'autorité publique s'acquitte avec hon- I neur du gouvernement des nations. Elle ne trat vaille pas pour elle-même, mais pour le bien de ceux qui lui sont confiés.^

Dieu, dans l'Ancien Testament, donne cet ordre pour le Chef du peuple que lui-même aura choisi : A 'près quHl se sera assis sur le trône, il fera transcrire dans un livre ce Deutéronome et cette loi du

1. Som. théol. i-ii, Q. xciii, art. 3 ; Q. xcv, art. 2 ; Q. xcvi, art. 2-3-4 ; ii-ii, QQ. x-xi ; op. Gouv. des Princes, 1. i, ch. 15 ; 1. II, ch. 16.

2. " Deux vertus sont particulièrement propres au chef l'Etat, la prudence et la justice, selon ce que dit Jérémie 'xxiii, 5) : Un roi régnera et sera sage, et il pratiquera l'équité 'i la justice dans le pays. {Som. théol., ii-ii, Q. 1, art. 1 ad 1.)

Page 1