LES SEMAINES SOCIALES
qu'ici le monde ouvrier canadien n'a pas été atteint, au même degré que tant d'autres, par le souffle révolutionnaire. Nous surtout, catholiques, nous portons dans l'âme et, pour ainsi dire, dans le sang, de fortes traditions religieuses qui ont maintenu à peu près intact, chez nos gens, le respect de l'ordre, l'amour du travail honnête. Mais l'ennemi du bien ne sommeille jamais. Il envie la félicité relative de nos chrétiennes populations ; et déjà, par des voies diverses, il se jette à l'assaut des remparts. N'attendez pas, dit le Saint-Père, que ces remparts aient croulé sous la poussée socialiste pour courir aux armes. Mieux vaut défendre, au prix des iplus rudes labeurs, les portes de la cité, qu'avoir à la reconstruire.
D'ailleurs, si, dans notre province, l'influence catholique réussit à contenir les phalanges ouvrières sous une discipline de justice, de loyauté et de paix, il n'en est pas ainsi là où dominent les sectes protestantes. Et ceci crée pour nous un danger très sérieux qui nécessite la plus active vigilance.
Benoît XY loue hautement l'idée d'asseoir la défense sociale sur les doctrines contenues dans l'encyclique Rerum novarum, doctrines si justes, si profondes, si rayonnantes, et toujours
si éminemment actuelles. Aucun enseignement, écrit-il, ne saurait convenir mieux aux nécessités du temps présent. Et le Pape demande que des prêtres du haut de la chaire, que des laïques compétents, par la parole ou par la plume, mettent les ouvriers catholiques en garde contre les périls qui menacent leur bonne foi, qu'ils les instruisent des principes et des directions de l'Eglise, et des moyens dont elle veut que l'on use pour leur venir en aide.
L'un de ces moyens, que l'Eglise approuve de tout cœur, et qui groupe dans une collaboration harmonieuse clercs et laïques, c'est l'enseignement donné au public, sur les matières sociales, pendant toute une semaine qu'on appelle '' Semaine sociale. "
Ce mode de vulgarisation des vrais principes qui doivent régir les rapports du capital et du travail, date déjà, dans sa substance, de plus d'un quart de siècle.
Dès 1893, l'Association cathoUque d'Allemagne, fondée par Windthorst, jugea opportun d'organiser, sous le nom d'Université populaire, pour le temps des vacances, des cours, théoriques eti pratiques, de science économique et sociale, devant durer à peu près quinze jours. ^ Ces cours eurent un grand succès. Répétés d'année en année,
1. Kannencîieser, Ketteler et V Organisation sociale en Allemagne (Lethielleux, 1894).