‹ Études et documentsChapitre 44 sur 54 · V.'ty · texte numérisé non relu

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Ordre reproduit Ordre actuel. Ordre propose,

par Lassus.

Cathédrale de Chartres. — - Vitrail de la façade.

Au n° 8 H, Jésus reçoit les Mages et leurs offrandes, et cependant, au numéro suivant, n° 9 G, les Mages ont toujours leur pièce d’or à la main et, tournent, le dos au divin Enfant. L’inverse devrait exister.

La même anomalie se voit aux nns 5 et 6. Hérode, au n° 5 E, après avoir consulté les docteurs, veut transmettre ses recommandations aux Mages qui étaient venus le consulter; mais au numéro suivant, G L, il a devant lui, non des Mages attentifs à ses paroles, mais profondément endormis.

Au n° 12 F, les mages paraissent encore après les deux scènes de la Purification et de la Présentation au temple. Dans ce tableau n° 12, les Mages se consultent : ils sont privés de la lumière miraculeuse de l’étoile, ce qui leur arriva à Jérusalem, quand ils vinrent demander l’avis d’Hërode avant d’aller à l’étable. C’est un nouvel anachronisme.

Enfin, au n° 19 S, la chute des idoles est placée après le retour d’Egypte : elle eut lieu certainement à l’arrivée de Jésus en ce pays.

Cette disposition est donc moins acceptable encore que celle du xvie siècle.

Si l'on consulte avec attention les données des Evangiles et de la tradition, la solution du problème sera facile et l’accord de la symétrie et de {'histoire sera parfait. Nous avons dressé, pour faciliter l’intelligence de cette disposition, un troisième tableau dont voici l’explication.

1 A. — Annonciation. Marie est debout, un livre d’or fermé retenu sur la poitrine par la main gauche. Sa robe rouge et son manteau bleu sont ornés de riches broderies, un voile blanc lui couvre la tête. L’Esprit-Saint, sous forme de colombe avec l’auréole divine , vient se reposer sur elle. L’ange, avec ses grandes ailes multicolores, un sceptre à la main, la salue. (S. Luc, 1,26, 27.)

2 B. — Visitation. Marie a une robe verte et un manteau rouge. Son vêtement change ainsi à chaque scène, mais partout le voile qui lui couvre la tête porte à la hauteur du front une + , sauf quand elle est remplacée par une couronne. (S. Luc, 1, 39, ko.)

3 C. — Nativité de Noire-Seigneur. La sainte Vierge est couchée dans un lit à double rideau. L’Enfant Jésus , entouré de bandelettes, est dans une crèche élevée sur une galerie à colonnes. Les têtes du bœuf et de l’âne sont suspendues au-dessus de l’Enfant. (S. Luc, 11, 7.)

k D. — Les anges annoncent la naissance du Messie à trois bergers. (S. Luc, 11, 8, 9 à 17.)

5 E. — Tableau à deux compartiments. Dans le premier, deux docteurs consultent le livre ouvert des Saintes Écritures. Dans le deuxième, Hérode, couronne en tête, sceptre à la main, assis sur un trône, la main droite levée, parle aux Mages qui paraissent dans la scène suivante. (S. Math., II, 1 à 7.)

6 F. — Les Mages, en effet, tournés vers Hérode, écoutent ses recommandations perfides. Conformément au texte évangélique, ils sont en ce moment privés de la lumière de l’étoile miraculeuse. (S. Math., 11, 7, 8.)

7 G. — Les Mages , leurs présents à la main , se dirigent vers Jésus ; ils sont guidés par l’étoile. La pièce d’or qu’ils tiennent semble porter des caractères gravés. (S. Math., ii, 9, 10.)

8 H. — Marie, assise sur un trône placé sous un arc triomphal, la tête ceinte d’une couronne, un sceptre à la main droite comme une reine,

lient sur ses genoux l’Enfant Jésus qui bénit les Mages de la scène précédente vers lesquels il est tourné. (S. Math., ii, 11.)

9 I. — Les Mages s’en retournent, toujours guidés par l’étoile. Ils n’ont plus la pièce d’or à la main, et ils tournent le dos à la scène précédente, pour ne laisser aucun doute sur leur départ.

10 L. — Les Mages endormis ont un songe : un ange les avertit d’éviter Hérode et de s’en retourner en leur pays par un autre chemin. Les Mages sont tous couronnés, l’un d’eux paraît plus jeune avec sa barbe naissante, aucun d’eux n’est noir. (S. Math., ii, 12.)

11 K. — - Marie présente l’Enfant Jésus au vieillard Siméon et à la prophétesse Anne, au-dessous d’une sorte d’autel. (S. Lee, n, 22, 23, 20 à 38.)

12 J. — Purification. Les trois suivantes de Marie offrent, l’une deux colombes, et les deux autres un cierge. (S. Luc, 11, 2/1.)

13 M. — Hérode, frustré et furieux, assis sur son trône à colonnes, donne des ordres à deux séides armés de longues épées, et dont l’un est couvert d’une cotte de mailles. (S. Math., ii, 1 6.)

t4 N. — Massacre des Innocents. ( Ibid . )

15 O. — Id. Les deux bourreaux ont des épées bleues. (Ibid.)

16 P. — Fuite en Égypte. Marie, assise sur une ânesse blanche, tient l’Enfant Jésus sur ses genoux et une palme à la main gauche. Joseph la conduit, portant sur l’épaule un bâton auquel sont suspendues une besace et une gourde en forme de tonnelet. Les voyageurs vont de gauche à droite. (S. Matii., ii, i4.)

17 S. — - Chute des idoles a l’arrivée de Jésus en Egypte. Celles-ci étaient érigées sur deux colonnes et étaient l’une d’or, à gauche, et l’autre d’argent, à droite, dans un temple spacieux à colonnades romanes, couvert par des toitures imbriquées, flanquées de tourelles ajourées. Au-dessus de chaque statue brillaient trois lampes.

18 R. — Retour d’Egypte. Les voyageurs vont de droite à gauche. Jésus bénit de la main droite et tient un livre de la main gauche, comme pour signifier qu’il est maintenant en âge d’enseigner. Dans le tableau P, au départ, il étendait les mains en signe d’admiration. (S. Math., ii, 21.)

19 U. ■ — Songe de Joseph. Avant d’arriver en Judée, l’ange apparaît à Joseph pour le rassurer et lui annoncer la mort d’Hérode. Joseph a

l’auréole comme à la Nativité, mais il en était dépourvu à l’aller et au retour d’Egypte. (S. Math., ii, 22.)

20 T. — Baptême de Jésus dans le Jourdain. A sa droite Jean-Baptiste, à sa gauche un ange qui tient son vêtement. L’Esprit-Saint, sous forme de colombe, descend sur Jésus. (S. Matii., iii, i3.)

21 — Le peuple juif, représenté par deux femmes, la tête couverte d’un voile, et trois hommes sortent de la ville pour écouter les prédications de Jésus et le suivre. La ville est entourée de remparts crénelés, munis de hautes tours.

22 V. — Huit apôtres, les pieds nus, dont trois tiennent des livres, sans doute les Évangélistes , suivent Jésus.

23 X. — Les quatre autres les précèdent dans ce tableau; le quatrième Evangéliste porte aussi son livre. Devant eux, Jésus s’avance, monté sur une ûnesse blanche, un rameau d’or à la main, foulant aux pieds de sa monture des branches d’arbres et des vêtements. Devant lui, deux hommes l’acclament, des branches à la main.

2 4 Y. — La foule, dans ce tableau, vient en triomphe au-devant de Jésus, les uns portant des branches, les autres montés sur les toits des maisons; enfin dans la ville le peuple contemple ce spectacle par-dessus les remparts crénelés, soutenus par sept tours. Deux portes de la ville, l’une d’or et l’autre d’argent, aux ferrures bien apparentes, sont encore fermées (1).

W Pour être absolument complet, nous devons observer que les panneaux èarrés de la colonne centrale, dans l'ordre suivi par Lassus (tableau 1), savoir les panneaux E, K, Q et X, sont encadrés dans une petite bordure composée de trois pièces variées : d’arabesques successivement jaunes, roses et vertes, séparées par des ronds et des carrés bleus. Les carrés des deux autres colonnes ont une bordure plus simple, composée de demi-roses alternativement jaunes, roses et vertes sur fond bleu.

Evidemment Lassus a voulu respecter celle symétrie, à peine perceptible même avec des jumelles, ce qui l’a conduit à rejeter la Chute des Idoles, le Retour d’Egypte et le Songe de Joseph après le Baptême de N. S.

L’artiste moderne (ac tableau) n’en a pas tenu comple, et a placé avec raison le panneau Q après le Baptême de N. S., suivant la chronologie.

11 serait facile toutefois de remédier même à cette petite irrégularité en corrigeant la faute de mise en plomb commise an xvic siècle. Il suffirait de détacher de sa bordure le sujet historique du panneau S, Chute des Idoles , et de le transporter dans la bordure du panneau Q el vice versa. Ces bordures en effet ont absolument les mêmes dimensions,

S, restant à la place que nous lui assignons dans la colonne centrale, aurait ainsi la même bordure que les autres panneaux de cette meme colpnne et la symétrie serait respectée dans toute sa rigueur.

Le vitrail se termine par la Glorification de la sainte Vierge, assise sur un trône dans une ellipse ogivale, tenant un sceptre de chaque main, sur la tête une couronne ornée de diamants. Sur ses genoux l’Enfant. Jésus, tenant le livre des Ecritures de la main gauche, bénit de la main droite.

A gauche et à droite, deux anges adorateurs s’inclinent avec admiration devant leur Reine, tenant à la main non pas un encensoir ou un cierge, mais un sceptre, sans doute pour reconnaître la souveraine royauté de Marie.

Au-dessus d’eux, à gauche, le Soleil sortant des nuages parla tête radiée d’un jeune homme, et à droite la Lune, sous forme de croissant, que tient dans les plis de son manteau un buste de femme, semblent aussi en adoration devant le Christ et sa Mère.

rr Est-il nécessaire, écrit M. Durand, de recommander à l’admiration le groupe de la Vierge et de son Fils? Leur pose hiératique est pleine de grandeur et de majesté; malheureusement au xive siècle (au xvie, à notre avis), une désastreuse restauration a remplacé les deux têtes anciennes et la couronne posée sur la tête de Notre-Dame. »

Chaque panneau de cette verrière a 1 mètre de côté, et la bordure a o m. 5o de largeur,

Comme on le voit, il est aisé de donner à ce vitrail une disposition conforme à l’histoire et à la symétrie. On peut donc souhaiter que le Ministère des Cultes ou des Beaux-Arts fasse procéder à cette restauration, en soi facile à exécuter et peu coûteuse. L’Etat qui a déjà tant fait pour la conservation de ces admirables verrières , mériterait de nouvelles louanges de la part de tous les artistes.

Un mot seulement sur la restauration des deux autres baies.

Celle de gauche, consacrée à la Passion de Noire-Seigneur, comprenant là scènes, a été Lien rétablie dans son ordre logique; toute erreur était d’ailleurs impossible, chaque panneau étant relié à ses voisins par une petite rosace dessinée sur l’angle intérieur.

Nous ferons seulement remarquer que la bordure existe en entier à la partie inférieure du vitrail, qu’on la devine à la partie supérieure mais qu’elle a complètement disparu de chaque côté, par suite du déplacement du portail roman, — - question qui a tant agité

les archéologues eu ces derniers temps. 11 serait même facile d’apprécier exactement les proportions de ce rétrécissement par la double largeur de cette bordure enlevée, et de les contrôler par comparaison avec les dimensions de la baie de droite.

Celle-ci représente l’arbre de Jessé. Par quelle fortune un des panneaux latéraux, à la naissance de la courbe de l’arc brisé, du côté gauche, consacré au prophète Habacuc, a-t-il été entièrement refait, mais avec un coloris si différent de tout le reste du vitrail, qu’il fait réellement tache sur tout l’ensemble? A notre connaissance ce panneau a été refait deux fois sans succès. Serait-il impossible à un artiste moderne de retrouver la teinte verte et rouge si brillante et si douce dans tous les autres panneaux, puisqu’elle est ici trop foncée et trop terne?

11 suffira de signaler ces quelques défectuosités pour en obtenir la correction.

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