‹ Études et expériences synthétiques sur le métamorphisme et sur la formation des roches cristallinesChapitre 14 sur 34 · CHAPITRE Vffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vffl

HISTOIRE DES EXPERIENCES SYNTHETIQUES POUVANT éCLAIRER LA QUESTION

Les progrès que nous venons de résumer ont coûté plus d'efibrts Expérienoct synthé qu'on ne pourrait le supposer aujoiu*d'hui , car on n avait guère pour sur u ^ma se conduire que les faits géologiques, soit anciens, soit contemporains, tels que les offre la nature. Aussi serait-on resté dans des aperçus nécessairement un peu vagues, si Fexpérience synthétique n'était venue , à la suite de l'observation directe , pour la compléter et en fixer les résultats.

J'ai cru devoir énumérer à part, et avec quelques détails, les principales tentatives qui ont été faites jusqu'à présent pour imiter artificiellement les minéraux et les roches. Elles jettent du jour sur les divers procédés qui peuvent avoir été mis en jeu dans les réactions si variées de la nature; d'ailleurs, ce sont les premiers pas dans une méthode qui parait appelée à répandre une vive lumière sur Ja géologie, et, en particulier, sur le métamorphisme.

Déjà Leibnitz avait profondément apprécié toute Tutilité de l'expérience pour l'explication de la formation des terrains, et il avait comparé, autant qu'il était alors possible, les produits de la nature à ceux du laboratoire ^ ; mais c'est sous l'inspiration de

lion

des minéraux

et

des roches.

Idée de Leibnits .

* Observations très-nombreuses faites en Suisse avec M. Studer. ' Sur le métamorphisme des terrains de sédiment, Bordeaux, i84a- ^ Notice sur la géologie du Tyrol allemand.

* M. Sterry Hunt, dont j*ai mentionné précédemment (p. 3â) Tun des principaux travaux, s'est aussi occupé deTorigine métamorphique des serpentines et des dolomies.

' «n fera, selon nous, une œuvre importante, celui qui comparera soigneusement les produits tirés du sein de la terre avec les produits des laboratoires ; car

Hutton que les premières expériences synthétiques importantes ont été entreprises ^

Fasion et refroidissement des roches.

Baffon BufFon coustata rigoureusement, par des essais directs, que le

reconnaft oerUines . . . . | , • ii« • «i » xi

roches gramt et les pnncipaies roches cnstalimes sont vitrescioles. il pen-

comme vitrescibles, . i •■ . r • . i

ïjàg. sait que ces grandes masses « de verres naturels » avaient pu acquérir leur état cristallin à la suite d'un recuit suffisamment long *. stracture cnstaiiioe Dès le Commencement du siècle, sir James Hall, tout en étu- ^i^^i^tM diant, comme nous Tavons vu plus haut, Tinfluence combinée de

un refroidissement

convenable. alors brilleront à DOS yeux les rapports frappants qui existent entre les produits de la nature et ceux de l'art. Bien que Fauteur inépuisable des choses ait en son pouvoir des moyens divers d*effectuer ce qu*il veut, il se plaît néanmoins dans la constance au milieu de la variété de ses œuvres; et c*est déjà un grand pas vers la connaissance des choses que d^avoir trouvé seulement un moyen de les produire. — La nature n'est qu*un art plus en grand. ■ (Protogœa; traduction française précitée, S g.) — «Les lois générales^ du monde physique n'agissent-elles pas dans nos laboratoires de même que dans les souterrains des montagnes?! (Saussure. Voytye dans les Alpes, S 75o.)

* L*expérience par laquelle Lemery chercha à imiter, en 1 700 , les phénomènes des volcans, en chauffant un mélange de fer et de soufre dans de la terre humide, reposait sur une fausse ressemblance, et ne conduisit qu'à une déduction tout à fait erronée ; elle fit cependant assez de sensation pour devoir être mentionnée ici. (Mémoires de l'Académie des sciences, 1700.)

' Histoire natarelle des minéraax, substances vitreuses, da gramt. « Ces substances vitreuses, dit-il, se fondent sans addition, au même degré de feu que nos verres factices. ■ Buffon avait, en outre, bien remarqué que le feldspath est beaucoup plus fusible que les deux autres éléments du granit. Leibnilz, il est vrai, avait déjà dit que la terre et les pierres soumises au feu donnent du verre; que le verre n'est que la base de la terre (Protogœa, S 3) ; mais il confondait ici toutes les roches, y compris le calcaire, le silex et le sable; et il y a loin de cet aperçu vague aux expériences précises que fit Buffon. J'ai mentionné plus haut (chapitre IV, S 1 ) celles de Spallanzani sur ce sujet. On peut en outre rappeler les expériences qu'exécuta Buffon sur le refiroidissement de sphères de diverses dimensions, les unes en métal, les autres en grès ou en marbre, pour se représenter les conditions du refroidissement du globe terrestre. Newton avait déjà annoncé l'intention d'entreprendre des expériences de ce genre. M. G. Bischof a fait, dans un but semblable, une série intéressante d'observations sur la fusion et le refroidissement de sphères en basalte. (Die Wàrmelekre des innem Erdkôrpers, 1837, p. 443 à 5o5.)

la chaleur et de la pression sur le calcaire , entreprit de nombreuses expériences dans le but de savoir si , comme le prétendaient les adversaires de Hutton, les roches formées par fusion auraient dû rester vitreuses ^ Il reconnut, ainsi que l'avait d'ailleiurs pressenti BufiPon , que certains silicates , au lieu de se présenter à Tétat vitreux après leur consolidation, peuvent, à la faveur d'un refroidissement lent, devenir cristallins et prendre un aspect pierreux, semblable à celui des roches éruptives. Ces expériences, qui furent continuées par d'autres savants, apprirent en outre qu'une masse vitreuse peut même cristalliser sans passer par la fusion^.

Examen des cristaux obtenas accidentellement dans les ateliers métallargiqaes.

C'est ainsi qu'on fut naturellement amené à examiner les sili- utilité de rétode cates qui sortent en abondance des fourneaux métallurgiques à l'état de fusion. ^^^

Conformément à l'idée de Leibnitz, M. le professeur Hauss- m. HauMiuoD mann utilisa, dès 1816, pour l'intelligence des phénomènes géolo- *^^ce sujet giques, ce genre d'observations auquel il n'a cessé, pendant toute sa longue carrière, d'apporter d'importants tributs^.

' Les eipériences de sir James Hali sur la consolidation des basaltes et des roches fondues datent de 1800. (Edinb. Pfdl trans, V et VL]

' Les expériences de Hall ont été continuées , sur une plus grande échelle • par Gregory Watt (London PhiL trans. i8o4f et Bibliothèque britannique, n* a56.) En même temps M. Dartigues publiait ses eipériences sur la dévitrification du verre. {Journal de pharmacie, LDL; Journal de physique, LX; Annales de chimie ^ t. L.) D*autres redierches ont été faites sur ce sujet vers la même époque : Fleuriau de Bellevue, Sur Vaction du feu dans les volcans, t. LX, i8o5; de Drée, Nouveau genre de UquéfactUm ignée. (Journal des mines, XXIV, 1808; Mémoires de V Académie des sciences, 1808.) D convient, en outre, de mentionner les observations bien antérieures de James Keir et de Sam. More, (landon PhiL trans. 1776 et 178a.) Je rappellerai aussi les observations récentes, sur la déritrification , de M. Dumas et de M. Pelouse (Comptes rendus, i845, i855 et i856), et celles de MM. Mitscheriich, Gustave Rose, Charies Deville et Delesse, sur la fusion des roches.

' Bemerkungen uber die Benuizung metallurgischer Eifahrungen bei geologischen Forsehungen (Crôttingische gel, Anzeigen, 1816, p. 48g.) Ce premier travail a été suivi de nombreux et importants mémoires sur le même sujet. Koch avait déjÀ décrit , en 1809, qudques cristaux d'usine, entre autres Toxjde de xinc. Depuis longtemps on avait aussi remarqué le graphite qui se sépare de la fonte*

M. Mitacheriich Bientôt M. Mitscherlich reconnut que le péridot, le pyroxène

detespèoet^énies et d'autres espèces minérales cristallisent accidentellement dans

^^^tiT'^* des scories d'usine ^ C'était le digne complément de son travail

sur la relation entre la forme des cristaux et leur composition chimique « qui venait de marquer d'une manière si éclatante dans la minéralogie et la chimie.

Nombreiues obwr- Dcpuis lors , Ics scorics métalluTgiques ont été examinées avec sur le même sujet soiu à ce poiut dc vuc iutércssaut par MM. Berthier, Vivian, Breddepuis low. hcrg, Sefstrôm, Zinken, Wœhler» Kersten, Plattner, Rammelsbei^, F. Sandberger, Percy, Miller et d'autres savants. M. le professeur de Leonhard a récemment publié un ouvrage où tous les faits connus siu* ce sujet sont habilement résumés et rapprochés^. Panni des sublimés Lcs produits obtcuus daus Ics usiucs par la cristallisation ou la

definirneaux, i* • 19 ri 1 1 ■ * 1

on siniaie liquatiou Q uuc massc londue ne sont pas les seuls qm soient de na- *****' ture à intéresser le géologue. Il en est, comme la galène, l'oxyde de zinc , la blende , qui s'isolent des foyers , soit par une subhmation immédiate , soit par la volatihsation d'une partie ou de la totalité de leurs éléments. Parmi ces résultats de condensation , le plus remarquable est le feldspath, qui a été recueilli à diverses reprises dans la partie supérieure des fourneaux à cuivre du Mansfeld, dans des cadmies , et dont l'existence , d'abord simplement soupçonnée, a été mise hors de doute par l'analyse de M. Kersten'. La formation de ce minéral important , par voie de vapeur, mérite d'autant plus d'attention , que , malgré beaucoup de tentatives , on n'a pas encore pu l'obtenir cristaUisé par une fusion directe.

Expériencei synthétiques parfmsion simple oa de mélanges divers.

Expériences synthé- La vuc des cristaux qui se forment accidentellement dans les

ticroes

' Ahhandlungen der K, Académie der Wissenschafïen zu Beriin, i8a3, p. a 5. Annales de chimie et de physique, t XXIV, p. 335.

' Von Leonhard, Hûttenerzeugnisse, i858. M. le docteur Guiit a aussi publié un résumé général : Pyrogennete kûnstliche Mineralien, 1867, traduit en français par M. le professeur Dewalque. L*idocrase et la gehlénite sont du nombre des produits les plus fréquents.

' Kerslen, Poggendorffs Annalen, t. XXXIII, p. 336, et t. XXXIV, p. 53 1.

par voie sèche.

un nouveau , 85i.

SUR LE MÉTAMORPHISME. kl

usines a nécessairement conduit à faire des expériences directes de voie sèche par différents procédés ^

C'est à M. Berthier que Ton doit les premières tentatives dans Les premiers cette direction intéressante. En fondant la silice avec différentes à m. Berthier, bases en proportions définies, il a obtenu, dès i823, des combinaisons cristallines identiques à celles de la nature, notamment le pyroxène ^.

Plus tard, Ebelmen parvint, par un procédé très-ingénieux, qui Ebeimen obUent lui appartient, à obtenir des combinaisons infusibles en cristaux minéraux infaûUes parfaits. Ce procédé consiste à employer des dissolvants à l'état procélé' de fusion, et pouvant s'évaporer lentement à de très-hautes tem- ^«'^^7^» pératures, tels que l'acide borique, les phosphates ou les carbonates alcahns. C'est ainsi qu'il a produit le corindon, les différentes sortes de spinelles, la cymophane, le péridot, la perowskite et d'autres espèces, en cristaux d'une netteté surprenante'.

La réaction mutuelle des fluorures métaUiques volatils et de Procédé composés oxygénés , à des températures aussi très - élevées , cons- mm. Henri DeviUe titue un autre procédé qui a fourni, dans ces derniers temps, à * •«>°'» ^ ses auteurs, MM. Henri Deville et Caron, de très-belles reproductions de minéraux infusibles, tels que le corindon coloré de diverses manières et la staurotide *. Les mêmes chimistes ont imaginé un procédé difiiérent pour reproduire Tapatite ^,

C'est également par une volatilisation partielle que M. Gaudin Corindon a obtenu le rubis artificiel, en fondant à une très-haute tempéra- 1*857.

ture im mélange d'alun et de sulfate de potasse*.

* On a cherché aussi à facililer la cristallisa lion de diverses manières, en agissant sur de grandes masses qui se refroidissent très-lentement , et en y insufiQant des gaz pour produire des géodes.

' Annales de chimie et de physique, t. XXIV, p. 365 , i8a3.

* Ibid. t. XXII , p. a a 1 , et t. XXV, p. 279 ; Annales des mines, 5* série , t. Il , p. SSg.

* Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XLVI, p. 766, i858.

^ L*apatite et la wagnerite ont été obtenues par une sorte de distillation des phosphates dans les chlorures des mêmes métaux. (Comptes rendms, L XLVII , p. 986, 1 858.)

* Ibid. t XLVI, p. 765, 1857. L*alumine fondue ou rubis, obtenue précédemment par le même auteur, étail amorphe. (Ibid. t. V, p. 8o3, 1837.)

Diamant produit M. Despretz a aiiDoncé qu^ii avait obtenu du diamant par divers M. i)^retz. procédés basés sur le transport et le dépôt lent du carbone par

un courant électrique ^ .

Fusion En fondant certains mélanges de sels et traitant le résidu par

"JîaTicp^dé* * Teau, M. Manross a imité la baryte sulfatée, Tapatite, le wolfram

de M. Manross, . J» a ' ' 5

i858. 6t d autres mmeraux ^.

Action du sel marin Lc sel marin employé seul , comme fondant, a suffi à M. Forch-

dans la formation « 1*111.*. *.ii*r ^ r

des minéraux bammcr poiu* produirc de i apatite cristallisée , même en opérant M. Fo^tXîier. sur des roches qui ne renferment que des Indices de phosphates'. en i85A. gj y^^ réfléchit à Ténorme abondance avec laquelle le chlorure de sodium est répandu dans Tenveloppe liquide du g^obe , on ne peut guère douter que ce sel n ait concoiuii à la cristallisation de certaines espèces, surtout à l'époque où l'eau n'était vraisemblablement pas encore condensée presque en totalité , comme aujourd'hui. El par M. charies M. Charlcs Dcvillc a récemment fait des essais dans cette même

direction, en chauffant de l'argile ou du grès quartzeux, préalablement humecté de chlorure de sodium *.

Deville,cn i858.

Expériences synthétiqaes à Vaide de vapeurs réagissant entre elles

ou, sur des corps fixes.

Sublimations Par uuc simplc sublimation, on peut imiter quelques espèces

réaciions^de vapeurs miuéralcs , tcllcs quc l'arseuic , la galène et la sénarmontite ^. Mais entre elles. ^^^^ siutout cu faisaut réagir certaines vapeurs entre elles , comme dans les ateliers métallurgiques, que Ton peut arriver à des résultats variés.

Formation C'cst aiusi qu'ou obticut le peroxyde de fer cristaUisé, comme

"obw^^ le fer ohgiste de la nature, en décomposant à chaud le perchlo-

^ Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XXXVII, p. 869, i853.

' Annalen der Chemie und Pharmacie, t. LXXX,p. 3^8, i85a.

' Poggendorffs Annalen, 1. LXXXI,p. 568, i854* M. Forchhammer a même proposé ce moyen pour reconnaître dans les roches les phosphates, ainsi que certains métaux, lorsqu ils ne s*y trouvent que par traces insensibles aux procédés ordinaires d*analyse.

* Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. XL VII, p. 89 , i858.

^ Je rappellerai aussi le soufre en octaèdres droits , obtenu par la condensation très-lente de la vapeur à une température peu élevée. {Annales des mines, 5* série, t. I, p. lai.)

SUR LE MÉTAMORPHISME. k9

rure de fer par la vapeur d^eau, ainsi que Ta fait Gay-Lussac. par Gay - Lussac Cette réaction se produit parfois, comme Ta reconnu M. Mitscher- m. Miucherficb. lich, dans les fours de potiers où Ton projette du chlorure de sodium ^

J'ai essayé, en 1 8^9» une réaction fondée sur le même principe, ProducUon

t 'c i • .1 X 1* • • •> • . » • des orydes d*étain

pour veriiier expérimentalement iorigme que j avais antérieure- eiàetiune ment attribuée aux amas de minerai d'étain. Par la décomposition ^^^[^^f^^' des bichlorures d'étain et de titane, j'ai obtenu l'oxyde d'étain cristallisé, avec l'éclat et la dureté de celui de la nature, mais isomorphe avec le titane oxydé connu sous le nom de brookite; j'ai d'ailleurs produit cette dernière espèce minérale elle-même ^.

En amenant l'hydrogène sulfuré sur divers chlorures métal- ProducUon liques réduits à l'état de vapeur, M. Durocher a obtenu quelques- *iion d^^i^^rures^ uns des principaux sulfures contenus dans les liions, par exemple eid^rhyS^ène le cuivre eris*. «*?!,:

O M. Dorocher,

Au lieu de faire agir les vapeurs les unes sur les autres, on peut >^^»

s'en servir pour attaquer des substances fixes et y développer des combinaisons nouvelles.

C'est d'après ce principe que j'ai le premier obtenu artificielle- Première imitauon ment l'apatite, ainsi que la topaze *. Plus tard , au moyen des chlo- de* la'topa^ rures de silicium et d'aluminium, j'ai produit des silicates et des ^'paîlï^MbrS"' aluminates cristallisés^. J'ai également imité l'oxyde rouge de man- ^^^*'

ganèse ou hausmannite *.

' Poggendorffs Annalen, t. XV, p. 63o. M. Nôggerath Ta aussi signalé comme produit d'un incendie dans la mine de sel de Wieliczka. Les fours où Ton fabriquait le carbonate de soude, à Framont (Vosges), en décomposant le chlorure de sodium par la pyrite de fer, ont produit de magnifiques enduits de fer oligiste cristallisé à la surface des briques.

' Recherches sur la production artificielle de quelques espèces minérales cristallines, particulièrement de V oxyde d'étain, de l'oxyde de titane et du quartz. Observations sur V origine des filons titanifères des Alpes. (Annales des mines, 4* série, t. XVI, 1849.)

^ Comptes rendus, i. XXXII, p. 8a3.

* Annales des mines, 4* série, t. XIX, p. 669, i85i.

* Comptes rendus, t. XXXV, p. a6i, 1862.

* Annales des mines, 5* série, t. I, i85a.

Autres expérience^

sur

l'action de gaz

ou

de vapeurs

sur les roches.

H convient encore de mentionner ici là production de la dolomîie par M. Durocher, sons l'action de vapeurs chlorurées et magnésiennes , en présence du calcaire ' ; les expériences de M . Charles Deville, sur Tallération des roches silicatées par l'hydrogène sulfut*é et Teau^; ainsi que celles de MM. Ro^ers, sur la manière dont l'eau chargée d'acide carbonique décompose, même à froid, les principaux silicates naturels.

La va|)eur d'eau, On avait remarqué qu'il suffit de la vapeur d'eau, si elle est

â une très-haote tem- j,i>i, •■ •■ .■.

përaiure, doucc d uue hautc température, pour attaquer de nombreux silia aque essi ica es. ^^^^^.3 ^.iusi , dcs briqucs chauffécs à la température de la (ttsion

de la fonte abandonnent, d'après M. Jefireys, à un courant de vapeur d'eau, de la silice, qui va se condenser sous forme neigeuse*. C'est encore par ime action du même genre que l'eau corrode les émaux dans les fours à porcelaine *.

Voie humide.

Les actions qui viennent d'être signalées, de la vapeur d'eau sur les chlorures et sur les silicates, forment comme un intermédiaire entre la voie sèche et la voie humide. Il nous reste à résumer les résultats de cette dernière.

M. Becquerel a depuis longtemps montré l'influence des actions lentes» aidées d'une électricité à très-faible tension, pour précipiter des combinaisons insolubles qui imitent celles de la nature^.

C'est aussi par la décomposition lente de l'éther silicique qu'Ebélmen a produit la silice hydratée en masses solides, voisines de l'hyalite et de l'hydrophane *'.

* Comptes rendus, t. XXXIII, p. 6&, i85i.

' ii/t^. I. XXXV,p. 26i.i85a.

^ D'après Turner, le verre se recouvre d'une croûte de silice opaque, ne renfermant plus d'alcali , et ayant quelquefois une disposition ^talactifbrme. ( Annales des mines, 3* série, t. VII, p. 448, i835.)

* JefTreys Report of ihe british association, i84o. (Bibliothèque britannique, t. VIII,

p. 44 1.) ^ M. Alexandre Brongniart et M. Regnault l'ont côhstalé à Sevrés.

* Annales de chimie et de physique, t. XXXII , p. a44i i8a3. ' Annales des mines, 4' série, t. VIII, p. 149; Comptes rendus, t. XXI, p. 627. M. le

Actions lenles

utilisées

par M. Bccauerel,

\youT produire

fies combinaisons

^solubles,

Production

(le rhydrophanc

par Êbclmen.

M. Gustave Rose a habilement analysé les conditions de la préci* pitation du carbonate de chaux à Fétat d'arragonite. MM. Bischof et Sterry Hunt ont fait diverses expériences : le premier, pour contrôler ses idées sur la formation des minéraux ; le second , à Tappui de sa manière de considérer l'origine des roche;s magnésiennes'. M. Charles Deville a étudié comment l'eau, avec le seul aide de l'acide carbonique et sans le secoius de la pression , peut concourir à la formation des dolomies^. Les réactions produites dans la fabrication des chaux hydrauliques et des ciments ont été pour M. Kuhlmann le point de départ de déductions ingénieuses relatives à la géologie*. On peut encore mentionner l'examen de l'action des alcalis sur les roches, par M. Delesse*.

C'est surtout à de hautes températures et sous pression que l'on est parvenu à imiter, dans l'eau, les substances qui intéressent au plus haut degré l'histoire du globe.

Hall^ et M. Cagniard-Latour^ avaient depuis longtemps reconnu que, dans ces conditions, les matières végétales se comportent d'une manière toute particulière. Toutefois l'emploi de l'eau sous pression, pour la production artificielle des minéraux, n'a été réellement inauguré que par l'importante expérience de M. Haidinger et de M. de Morlot, sur la formation de la dolomie^ Au lieu de former la dolomie, comme ces savants, en faisant réagir le sidfate de magnésie sur le carbonate de chaux, MM. Favre et Marignac se sont plus tard servis, pour arriver au même résultat, de chlorure de magnésium*.

docteur Gergens a également obtenu une sorte d*opale commune en décomposant très-lentement le silicate de potasse (verre sohible) par de Tacide carbonique en dissolution dans Teau. (Leonhards Jakrbuch, p. 807, i858.)

* Bibliothèque de Genève, 268, 1857.

' Comptes rendus, t. XLVII, p. 90, i858.

' Ibid. t. XII, p. 852; t. XXXV, p. 739.

* Bulletin de la Société géologique , a* série, t. XI, p. 127. ^ Hall obtenait une sorte de houille par la voie sèche.

* Comptes rendus de V Académie, t. XXXII, p. 296, 1857.

^ Von Moriol, Ueber Polomit und seine kànstliche Darstellung aus Kalkstein. (Mémoires de l'académie de Vienne, t. I, p. 3o5, 1847.)

* Bibliothèque de Genève, msàiSl^^.

Autres expériences sons la pression

ordinaire :

Gustave Rose,

Bischof,

S. Hunt,

Ch. Deville,

Kuhlmann , Delesse.

Expériences sous pression.

Expériences

sur la production

de la dolomie :

Haidinger,

de Morlot, Favre,

Marignac.

FormatioD

par

M.deSénarmoDt, de 1849 a 1 85 1.

M. de Sénarmont a entrepris une longue série d'expériences

fies irft« méUllilères •.«.r 'I'l j l' \ aL*

cSncrétionDës, qui onl jetc une vive lumière sur des phénomènes très-importants ^ En opérant à Taide de Teau à des températures de i3o à 3oo degrés, il est parvenu à produire, à Tétat cristallisé, les principaux minéraux qui caractérisent les filons métallifères, entre autres le quartz^, le fer spathique, les carbonates de manganèse et de zinc, la baryte sulfatée, Tantimoine sulfuré, le mispickel, l'argent rouge. Pour comprendre aujourd'hui toute l'importance du problème qui a été ainsi résolu par ce savant, il faut se rappeler que jusqu'alors on n'avait pu imiter la plupart des minéraux des filons. Or les espèces les plus caractéristiques de ces gisements, au nombre de plus de trente, se trouvaient reproduites par un même procédé, conforme à celui que faisait présupposer l'observation, et à l'aide des éléments les plus répandus dans les sources thermales. Pour la première fois on a vu en géologie, par ce mémorable travail, comment une induction relative à tout un ordre de faits peut être démontrée par la synthèse expérimentale.

On doit également à M. de Sénarmont la découverte de ce fait, que la seule action de feau peut, avec l'aide d'une température élevée, isoler les bases de certains sels. C'est ainsi que l'oxyde de fer anhydre et l'alumine cristallisée ou corindon ont été produits par la décomposition de dissolutions de chlorure de fer et de chlorure d'aluminium. La brochantite (sous-sulfate de cuivre) et l'azurite ont été récemment obtenues par le même procédé. TniuTomiAtion Eu soumettaut du bois dans de l'eau à une température d'en- ^^iSnSSr viron 3oo degrés, j'ai produit une véritable anthracite*. A une

^ Expériences sur la formation artificielle par voie humide de quelques espèces minérales qui ont pu se former dans les sources thermales, sous l'action combinée de la chaleur et de la pression. (Annales de chimie et de physique, t. XXVIII, p. 698, 18^9.) Expériences sur la formation des minéraux par voie humide dans les gîtes métallifères concrétionnés. (/tïrf. t. XXXIl,i85i.)

* M. Schafliaûll a annoncé avoir obtenu de la silice cristallisée dans la marmite de Papin. (Anzeigen, i845,p. 667.)

^ Annales des mines, 5* série, t. XII, p. 3o5, .867.

température moins élevée, M. Baroulier a obtenu, au moyen de et en anthradie.-

végétaux renfermés dans de Fargile humide, ime imitation de la et m. BarouUer. houille ^

Jusqu'alors la voie humide n'avait encore pu produire de sili- Production

1 j • • • t y »!.. ''j' f dcssilicatesanhvdres

cates anhydres; je sms arrive a ce résultat par ime série dexpe- paria voiehumide,

riences, dont je donnerai les principaux résultats dans la troisième p«»-M-^i^a"brée. partie de ce travaiP.

Au reste , la nature fait elle-même encore chaque jour des expé- La formaUon

riences, si l'on peut dire, du genre de celles que nous n'exécutons minéraux^es fiions

qu'avec tant de difficultés, et elle y emploie probablement des méil^î^i^e.

procédés analogues à ceux dont elle s'est servie depuis les temps oumeiJemeni

les plus reculés. Malheureusement ces réactions se passent dans '»"■*'''*. .^,

* ^ ' ^ est rarement visible.

des régions où nous ne pouvons guère pénétrer. Cependant il est des cas, rares il est vrai, où l'on peut être témoin de la formation des minéraux contemporains. C'est ainsi qu'il a suffi de descendre de quelques mètres sous le sol de Plombières et d'entrer dans ces masses imbibées, depuis des siècles, d'eau thermale, pour y découvrir le cuivre sulfuré en cristaux identiques à ceux du Cornouailles, et toute une série de zéolithes, disposées comme dans les roches basaltiques', et l'on ferait sans doute bien d'autres découvertes, si l'on pouvait pénétrer plus profondément dans les canaux par lesquels s'élèvent les sources thermales.

Quand on arrive à surprendre ainsi la nature , après le premier plaisir de lui avoir ravi un de ses secrets, on éprouve im sentiment d'humilité en voyant au prix de quelles difficultés il est possible

* Comptes rendus, t. XL VI, p. 876, i858.

' Observations sur le métamorphisme et recherches expérimentales sur quelques-uns des agents qui ont pu le produire, (Annales des mines, 5* série, t. XII, p. Q89, 1867. Bulletin de la Société géologique, a* série, t XV, p. a5o.)

' Mémoire sur la relation des sources thermales de Plombières avec les filons métallifères, et sur la formation contemporaine des zéolithes. (Annales des mines, 5* série, t. XIII, p. 227, i858. Bulletin de la Société géologique, a* i»érie, t. XVI, p. 56a.) La formation contemporaine de la pyrite de fer, qui est un minéral si répandu, n'a été vue qu'assez rarement; annoncée d*abord par M. Longchamp, à Chaudesaigues, elle a été également rencontrée par M. Bischof à Brohl, et par M. Bunsen, en Islande.

d'arriver à reproduire quelques-uns de ses phénomènes les ^pias simples. Cependant les résidtats déjà acquis montrent qu'il n^y a pas lieu de se décourager, et que Ton peut espérer de parvenir à imiter bien des minéraux sans Tintervention des siècles.

Page 1