Robinet, Danton homme d'État, p. 9a
bonté de cœur de ce prétendu forcené et le caractère presque testamentaire de cette donation montre bien qu'aux yeux de tous la bataille décisive était imminente. Les royalistes prédisaient hautement la contrerévolution, leur principale gazette, le Petit Gautier, annonçait comme prochain un combat suprême, et les émigrés publiaient follement qu'ils étaient sûrs de réduire Paris dans peu de jours *.
1. On lit en effet dans le Thermomètre du jour, du 15 août 1792, p. 362 :
a Voici le libelle, en forme d'affiche de spectacle, que les aristocrates de Genève ont fait placarder dans plusieurs quartiers de leur ville. Il prouve que ces afficheurs ne doutaient pas que la contre-révolution ne s'opérât du 15 au 20 août. Ainsi les patriotes ont bien fait de prendre les devants.
a THÉÂTRE DU GRAND MANÈGE
« Le roi, la loi, la nation.
« On fait savoir au public que la clôture de ce spectacle se fera « du 15 au 20 août 1792, par La France sauvée, tragédie en « 5 actes, de Monsieur et de messeigneurs comte d'Artois, prince « de Condé et compagnie. Cette pièce sera suivie des Emigrés* «• opéra-comique en 1 acte, paroles de M. le vicomte de Mirabeau, « musique de M. le marquis de Bouille. Le spectacle sera ter- « miné par un ballet, de la composition de monseigneur le duc « de Brunswick et du maréchal Bender, dans lequel les célèbres « Basire, Isnard, Chabot, Faucbet, Merlin, d'Orléans et quelques « autres doivent exécuter les pas les plus difficiles. Plusieurs « puissances étrangères honoreront de leur présence ce specta- « cle. Il commencera par l'air des Trembleurs et sera terminé « par celui des Pendus : Ah I ça ira, ça ira, les démocrates à la « lanterne t Ah l ça ira, ça ira, les démocrates on les pendra. >
« On peut répondre à ces messieurs qu'une autre tragédie a été jouée le 10 août à Paris, également intitulée : La France sauvée, et que la grande indisposition de plusieurs acteurs empêcha le spectacle annoncé d'avoir lieu : en attendant, ils donnèrent relâche..* >
Pendant l'absence de Danton, la section du Théâtre- Français continua à se signaler par son attitude militante. Le 6 août, elle afficha un arrêté belliqueux, qui est une nouvelle preuve que le souci de la défense nationale fut la pensée commune des insurgés. Après avoir repris les vers de Voltaire qui avaient déjà été inscrits sur l'affiche tyrannicide du 21 juin 1791, les citoyens de la section répondaient longuement et ardemment au manifeste de Brunswick, assurant « qu'à l'exemple des Athéniens, des Romains, des habitants de Numance et de nos frères du bataillon de Seine-et-Oise ', ils entraîneront tous leurs ennemis dans la ruine commune, qu'ils mourront vengés, qu'ils n'expieront que sous les ruines de cette cité embrasée, dont la destinée est inévitablement d'être ou le berceau de la liberté ou le tombeeu des ennemis de la liberté. Ce qu'a pu Néron dans son aveugle fureur, nous jurons de l'exécuter dans notre sainte vengeance 2 ».
Si Danton eût été présent, il est peu probale qu'il
1. Ce bataillon, en garnison à Rodemack, frontière du Rhin, avait juré de faire sauter le château, plutôt que de le rendre. Il ne tint pas sa promesse. Cf. Chuquet, Première invasion prussienne, p. 164.
2. Thermomètre du jour du 10 août 1792. Cette proclamation est signée : Lebois, président; Chaumette et Momoro, secrétaires.
eût conseillé à ses amis cette inutile déclamation: les arrêtés qu'il inspira sont tous des actes, et des actes de guerre.
Quand revint-il d'Àrcis ?
On ne le sait pas au juste : mais ce ne fut ni avant le 8 août, ni après le 9. Disons qu'il rentra à Paris la veille de la bataille.
En absolvant La Fayette, l'Assemblée législative avait fermé aux patriotes toute voie légale et pacifique. La Constitution avait prévu des cas où Louis XVI serait censé avoir abdiqué : mais, parmi ces cas, il n'y avait pas celui où le roi de France serait convaincu d'intelligence avec les ennemis de la France. La nation se trouvait donc prise dans un piège constitutionnel, et il n'y avait qu'une insurrection populaire qui pût briser ce piège.
Dès le retour de Danton, cette insurrection s'annonce ouvertement. Le 9 au soir, une affiche, le Tocsin de la Liberté, instruit les citoyens de tout ce qui doit se passer ± .
On sait ce qui advint.
Sur l'initiative de la section des Quinze-Vingts, les sections nomment chacune trois commissaires pour aller à l'Hôtel de Ville remplacer la commune légale 2 .