DES
POKT DE TUE DE U lÉGlIIQH ET DE U PHTS10L06IE.
Adebne me delirare censés, ut itta etse credam ? Me Jorex-Toos donc assez en délire poar croire à Texistence de pareilles choses?
CiCEROX, TusculaneSf\ï\, i.
^oici les faits à expliquer. Plusieurs personnes entrent une table ou un autre objet mobile ; elles poit les mains dessus en établissant de plus un l^er atact entre Textrémité de leurs doigts. Au bout d'un rtain temps , qui , dans bien des cas , peut être de isieurs quarts d'heure, la table, poussée par les peti- \ impulsions concordantes des mains imposées , se jt en mouvement à droite ou à gauche. Ce mouveînt peut avoir une énergie considérable , qui se mafeste soit par une vitesse très-grande dans le corps >bile , soit par une forte résistance qu'on éprouve land on veut l'arrêter. Si les mêmes personnes ont jà réussi à mettre la table en mouvement, le contact 8 extrémités des mains devient beaucoup moins néssaire, et souvent les divers opérateurs peuvent agir )lément. Non-seulement la pression des mains déter-
mine des mouvements de rotation dans la table , mais encore des soulèvements énergiques d'un côté ou d'un autre. Tous ces effets sont pour ainsi dire produits, à l'insu des opérateurs, par ces petits mouvements désignés sous le nom de mouvements involontaires, et dont il semble que nous n'ayons point la conscience. C'esi le cas de la baguette divinatoire , de l'anneau suspendu à un fil que l'on appuie sur le front en regardant une direction marquée, et de tous les mouvements que l'étonnement, l'admiration, la crainte', la surprise, et en général les sensations imprévues, déterminent spontanément dans nos organes. Ajoutons qu'il suffit d'une très-légère manifestation de volonté dans un ou plusieurs des opérateurs qui entourent une table tournante , pour faire changer le sens du mouvement de droite à gauche, ou réciproquement. Enfin , c'est une circonstance favorable à l'expérience que le moral des acteurs ne soit pas hostile à la manifestation attendue, et l'influence d'une hostilité individuelle , quand elle est hautement exprimée, peut même paralyser l'action d'opérateurs qui , seuls , auraient produit un effet considérable et prompt.
Il serait beaucoup plus long de faire la liste des effets ou prétendus effets qui ne sont pas du tout à expliquer y mais qui sont au contraire tout à fait à constater. Quant à comprendre pourquoi les merveilles attribuées aux tables tournantes ont obtenu du crédit auprès d'un, grand nombre de personnes, je dirai qu'il est tout aussi naturel que l'imagination, avec son amour inné? du merveilleux et des émotions nouvelles , ait vu de^ Drodiges dans ce qui lui paraissait inexplicable, qu'i*:
&t naturel que les mains, avec leur force musculaire «ilivée par un effet nerveux, mettent en mouvement *ïi corps mobile quelconque. On n'oubliera pas que ^Olre but est d'expliquer un fait physique , et non point te faire valoir des considérations logiques , qui du reste >iit été développées avec une grande supériorité par les esprits du premier ordre. Ce n'est pas tout que de Taire un miracle , il faut que ce miracle ne soit pas ridicule. Si de plus il est en contradiction avec les lois de la nature , il est absurde. Depuis les magiciens de tous les âges de Tantiquitc, les démoniaques dû moyen ftge, l'astrologie, les convulsionnaires de Saint-Médard, 1» guérisons miraculeuses de Mesmer, le magnétisme mimai , jusqu'aux tables tournantes actuelles , toutes COB épidémies de crédulité publique, renforcées par rignorancc et par la fourberie , ont toutes eu cela de eommun, — l'absurde et le ridicule. Sans en appeler BOX penseurs calmes des croyances aux effets surnaturels , il suffit de voir comment chaque Age juge celles des âges précédents. Cicéron ne concevait pas que deux anispices pussent se regarder sans rire, et nous, nous ne concevons pas que le peuple romain pût voir ces deux misérables imposteurs sans lever le bâton sur eux. Le Romain qui fit jeter à l'eau les poulets sacrés qui «vaiçnt refusé de manger , disant avec raison que s'ils ne voulaient pas manger , il fallait les faire boire , aurait bien dû plutôt y faire jeter ceux qui en tiraient des pronostics et des oracles. Mais pour être de notre siëde, éminemment tolérant, ne jetons personne à Tean , et pour rendre impuissante la mauvaise foi , op- ; le ridicule à l'impossible qui se décore du nom
de merveilleux. Mettant de côté tout ce qui n'est point du ressort des connaissances positives , voyons comment la science de l'organisme, \dL physiologie , et la science du mouvement, la mécanique, rendent raison de ces impulsions énergiques imprimées à une masse souvent assez lourde par des opérateurs qui produisent cet effet presque sans s'en douter. Là est tout Textraordinairc. Or mille faits analogues se présentent en foule dès qu'on a le secret de ces singuliers mouvements involontaires.
Tout le monde convient que , d'après les fréquentes relations du corps et de l'âme , il n'est guère possible de concevoir une pensée relative à des mouvements sans que le corps s'en ressente involontairement. Un lord anglais prétendait que son cheval était si admirablement dressé , qu'il suffisait de penser le mouvement qu'on voulait lui faire exécuter pour qu'il le réalisât à l'instant. « En effet , disait-il , l'écuyer qui pense à une évolution quelconque fait involontairement un mouvement en harmonie avec sa pensée , et quelque peu prononcé que soit ce mouvement, mon cheval le perçoit et y obéit. » C est un effet du même genre qui se produit dans l'aciion des mains posées sur la table. Au moment où, après une attente plus ou moins longue, il s'est établi une trépidation nerveuse dans les mains et un accord général dans les petites impulsions individuelles de tous les opérateurs , alors la table reçoit un effort suffisant et commence à s'ébranler. Le contact des extrémités des mains agit aussi sans doute par la communication d'une influence nerveuse insensible, établir la simultanéité d'action. Jusque-là, la
1 individuelle des mains de chaque personne , : isolément et sans ensemble, ou même en con- Dn, était non efficace. Tout le monde connaît fortement rhythmés par lesquels les ouvriers et «lots obtiennent l'ensemble d'action nécessaire travaux. Que Ton se rappelle l'air des matelots ds :
Oh! oh! oh!... oh! allons, Amis, pesons sur nos rames; Oh ! oh ! oh !.. . oh î allons , Pesons sur nos avirons !
nce du rhythme musical est tellement réelle par [ qu'il détermine entre l'action de toutes les que l'on a vu des tables rebelles , ou , si l'on les mains inefficaces donner des résultats déci- 5 premiers sons d'un piano exécutant un air nt cadencé. On me dira que les tables ellesont composé de la musique , et que je devrais T cette autorité : d'accord ; mais je ne veux pas mt, comme on dit, avoir raison, je veux encore lison raisonnablement, donc tous les opérateurs arrivant à agir enpar l'effet du temps et des chances (j'apprends îur , s'il ne le sait pas , que toute cliance avec >s devient une certitude) ; mais cette action inî , qui se produit même à l'insu de chaque opéen y joignant cet accord , cet ensemble nécestoutes les impulsions, cette cause, disons-nous, assez énergique, assez puissante pour ébranler sse très-lourde et lui donner même une grande ^ Voyons ce que nous apprend la physiologie.
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ir par des mouvements si rapides, qu'ils ne peuvent •e aperçus. Or tous ces mouvements sont d'une trèstite étendue : les gobelets où se font tant d'échanges îtveilleux se touchent presque, et un mouvement lent me main dissimule la tromperie rapide de l'autre. Dans l'art de l'escrime, tout le monde sait que ce sont
petits mouvements qui sont les plus redoutables, et e tout tireur qui sait rester couvert , en ne faisant re à la main qui tient l'arme que de très-petites 3ursions, a un avantage immense. Dans ce qu'on apile le fort et le faible de l'arme, ce n'est pas seulement distance à la garde qui est influente , il faut encore ïltre en ligne de compte si l'arme est à son point de part, ou si elle a déjà opéré une partie du chemin 'elle doit parcourir. Près du point de départ, son ion est presque irrésistible.
[I en est de môme de la course à pied : pour être )ide, elle doit se faire par de petits pas très-petits
très-serrés. — Mais, dira-t-on, si le pas, au lieu ire de 60 à 80 centimètres , n'est que de 3o centitres, comment la vitesse sera-t-elle plus grande? e le sera, parce qu'au lieu de faire un grand pas, on
fera quatre ou cinq petits qui feront un total bien is avantageux. Sous ce point de vue, les deux jolies tues antiques ^Hippomène et ^'Atalante, qu'on peut r aux Tuileries, courent plutôt élégamment que rapinent. Leur pose indique des bonds très-allongés et : suite peu rapides. La fille sauvage de France, dont
g' est fort occupé dans le siècle dernier, courait avec B grande vitesse et à très-petits pas. Si l'on joint à
petitesse des pas une pose fortement penchée qui
AU POI.VT DE \TE DE LA MËCiMQtE, ETC. '^39
l^niiées, par les facultés surnaturelles et soi-disant Ikiiiaes d'une jeune fille de la classe ouMÎère , de Irieur le plus repoussant et le plus inintelligent .
E disait-on, opérait plusieurs prodiges. Un Mé- , présenté à TAcadémie des Sciences, malheut accessible à toutes les prétentions des obser- IPB étrangers. Une Commission, dont je faisais je, fut nommée pour vérifier les prétendus miracles. U pas besoin de dire qu'aucun ne se reproduisit pé la bonne volonté des membres de la Commission, héB de la bonne foi des parents et des amis qui ient amenée à Paris en pleine sécurité, et qui nt espéré tirer parti, comme objet de spéculation, BB vertus surnaturelles. Seulement, au milieu des liges qu'elle n'opérait pas, se trouvait un effet trèsirel de première détente de muscles, qui était cu- K au plus haut degré. Cette fille , de petite taille . Kirdie, et qu'on avait justement qualifiée du nom arpillcy — étant d'abord assise sur une chaise et s(* ni ensuite frès-lentement, — avait la faculté, au eu du mouvement qu'elle faisait pour se relever, de er en arrière, avec une vitesse redoutable, la chaise iDe quittait, sans qu'on pût apercevoir aucun mouvo* it du torse, et par la seule détente du muscle qui it quitter la chaise. A Tune des séances d'examen »binet de physique du Jardin des Plantes, plusieurs ises d'amphithéâtre , en bois blanc, furent lancées tre les murs de manière à s'y briser. Une seconde ise de précaution que j'avais une fois disposée der- *€ celle où la fille électrique était assise, dans linlion de garantir, en cas de besoin, deux personnes
la compagnie des Indes orientales. La résistance que ce corps éprouvait par l'air, quand on l'y agitait un peu rapidement, était réellement étonnante : en disposant cette plume comme volant sur un appareil de rotation, son effet était quatre ou cinq fois plus grand que celui d'une feuille de papier de même dimension. Ainsi un oiseau qui étend les ailes, mais sans faire de mouvement, descend peu, à cause de la résistance de l air sur les plumes de ses ailes, mais il descend, et ce mouvement est surtout sensible pour un observateur qui le rapporte à un fond situé en face et non pas sur le ciel, à une distance difficilement appréciable. Je dois à une excellente observation de M. le général de division Niel la solution de cette question tant débattue. En suivant au télescope les vautours planant au-dessus des campagnes de l'Algérie, le général reconnut de petits frémissements à peine sensibles dans les ailes de l'oiseau, qui se maintenait à une hauteur invariable. Ces petits frémissements, vu la distance, étaient réellement de très-petits mouvements des ailes, qui, d'après ce que nous avons dit de l'énergie de ces premiers petits mouvements, suffisaient pour soutenir l'oiseau, ou pour lui faire regagner promptement ce qu'il avait pu perdre en élévation. Je pourrais facilement trouver dans les mouvements des quadrupèdes, des reptiles et des poissons de nombreux exemples de ces premiers petits mouvements, si forts et si rapides, quoique peu étendus. On pourrait les appeler mouvements naissants, et dire que, d'après l'organisation des animaux, tout mouvement naissant est, à l'origine, et très-fort et très-rapide. Si l'on veut encore un autre énoncé de la même vé-
rité , je dirai que quand , par exemple , on lève le bras suivant l'expression familière, en réalité on le lance,. car le bras part avec vitesse pour atteindre la hauteur qu'on veut lui donner ; et cela est si vrai , que tout le monde connaît le peu de force comparative qu'ont les muscles du bras pour opérer à bras tendu. On en dira autant de la marche. On ne lève pas non plus le pied pour marcher en avant : on le lance. Si, après la pluie, on parcourt les allées sablées d'un jardin ou d'un parc, de manière qu'il y ait un peu d'adhérence entre la chaussure du promeneur et les petits cailloux du sable, il sera impossible, quelque lentement que l'on marche, de ne pas produire le bruit résultant du lancement en avant de ces petit cailloux qui s'attachent à la semelle de la chaussure. Ce bruit contrarie sensiblement toute personne qui a des prétentions à la délicatesse de la marche, et surtout les dames françaises. Cette observation a été faite des milliers de fois dans le jardin des Tuileries. Le fait le plus extraordinaire que je puisse citer est celui d'un homme de très-haute taille donnant un coup de poing à bras raccourci sur la tempe d'un homme très-fort, mais de bien plus petite taille que lui. Tous les témoins s'accordaient à dire que le coup mortel n'avait pas pu être lancé d'une distance seulement égale à l'épaisseur du poing, tant l'homme de petite taille tenait l'autre serré en le maltraitant.
S'il y a donc quelque chose d'établi en mécanique et en physiologie, c'est que les mouvements naissants sont peu étendus, mais irrésistibles. Alors, si nous considérons plusieurs personnes appuyant les mains sur le pourtour d'une table, au moment où il se sera établi de
its mouvements de pression des doigts sur la table ir chaque individu, au moment où tous ces mou vents agiront de concert, il en naîtra une force consi- •able, surtout si les trépidations musculaires des ins sont renforcées par une excitation nerveuse qui centuple la force. On voit par là combien l'imaginan peut avoir de puissance dans le développement de . actions, et combien la présence d'un spectateur )posé mentalement hostile à la manifestation du phénène peut influer fâcheusement sur les résultats. Le itact des doigts extrêmes peut aussi faciliter l'étassement de cette espèce de sympathie mécanique, je IX dire l'établissement de l'accord entre toutes les ions des opérateurs.
Jn s'est étonné de voir une table soumise à l'action plusieurs personnes bien disposées et en bonne voie
mouvement vaincre de puissants obstacles , briser me ses pieds quand on les arrêtait brusquement : i est tout simple d'après la force des petites actions icordantes. Il en est de même des efforts faits pour pêcher une table de se soulever d'un bord en s'affaist du côté opposé. L'explication physique de tout cela fîre aucune difficulté.
)n doit reléguer dans les fictions tout ce qui a été
d'actions exercées à distance et de mouvements amuniqués à la table sans la toucher. C'est tout bonnent impossible, aussi impossible que le mouvement -pétuely comme nous le montrerons bientôt. Voici ame on a constaté cette vérité, à priori non douteuse.
a mis sous les doigts des opérateurs posés sur la le du talc en poudre ou de minces lames de mica qui
détruisaient l'adhérence des doigts à la table et empêchaient la communication du mouvement. Alors la table est restée immobile. L'expérience a été faite en France par M. le comte d'Ourches et en Angleterre par le célèbre physicien Faraday. La table alors n'a point marché, parce que les doigts ont glissé sans l'entraîner. On n'a pas manqué de dire que la lame de mica arrêtait le fluide moteur, comme elle arrête l'électricité ; mais en collant légèrement par les bords la feuille de mica à la table , l'entraînement a eu lieu, quoique le prétendu fluide dût être arrêté alors comme précédemment.
Une question importante à examiner expérimentalement, ce serait de rechercher jusqu'à quel point le contact des doigts des divers opérateurs est nécessaire pour établir la concordance des actions qui détermine le résultat final. La volonté exprimée ou tacite d'un ou de plusieurs des opérateurs suffit-elle pour renverser lo sens du mouvement ou pour décider des mouvements concordants dans les organes de ceux qui coopèrent à l'expérience? Une légère impulsion en sens contraire au sens du mouvement établi suffit-elle pour engager tous les organes posés sur la table à changer le sens de leur action? Quand on opère des mouvements de bascule haut et bas, comment la volonté d'un petit nombre des opérateurs ou même d'un seul entraîne-t-elle celle de tous les autres? On a reproduit, pour les indications données par le mouvement des tables, toutes les hypothèses avancées pour expliquer les divinations ou prétendues divinations magnétiques. Ici les phénomènes ■ les plus dégagés des influences nerveuses semblent devoir se mieux prêter à la constatation des faits possibles.
Le fait fondamental lui-même, savoir la grande énergie des mouvements naissants, soit volontaires, soit insensibles, est très-curieux, et en même temps qu'il semble expliquer tout ce qu'il y a d'explicable dans le phénomène général, il sert de confirmation à tout ce que la mécanique et la physiologie nous avaient déjà appris.
Des esprits fort sensés étaient d'avis qu'au lieu de s'étonner que l'imposition des mains produisît du mouvement , on s'étonnât plutôt des cas , s'il en existe , où des organes essentiellement mobiles auraient pour ainsi dire communiqué le repos. On leur répondra que la question ici n'est pas de savoir pourquoi il se produit da mouvement, mais bien de savoir comment ce mouvement se transmet des organes aux corps mobiles. Or c'est à cela que sert notre théorie des premiers mouvements et de leur extrême énergie à l'origine.
Nous avons dit plus haut que nous examinerions la question célèbre du mouvement considéré dans sa production et dans sa durée, et par suite la question du mouvement perpétuel. De même que nous ne pouvons rien admettre de contraire à la logique dans le. monde des idées, de même nous ne pouvons rien admettre de contraire à l'expérience dans le monde matériel. Or voici ce que nous apprend la science expérimentale.
Tout corps, toute substance matérielle ne peut ellemême se donner du mouvement ou s'en ôter. Ce n'est qu'en recevant du mouvement des corps étrangers ou en leur communiquant une partie du sien qu'un corps gagne ou perd de la vitesse. La somme totale du mouvement qui est dans le monde est inaltérable, puisqu'un être matériel quelconque ne peut accroître le sien
qu'aux dépens des corps environnants, ni en perdre sans le restituer aux corps sur lesquels il réagit. Si nous voyons sur la terre tous les mouvements abandonnés à eux-mêmes s'arrêter promptement , c'est que la communication du mouvement à l'air environnant, aux supports et surtout aux objets que l'on travaille ou que l'on façonne, enlève une partie du mouvement renfermé primitivement dans le corps, et cette déperdition le ramène bien vite au repos. Dans les espaces célestes , où les astres ne rencontrent aucun obstacle et où par suite cette déperdition n*a pas lieu, les mouvements se perpétuent indéfiniment. Il est tout autant au-dessus du pouvoir de l'homme de créer du mouvement sans force que de tirer du néant des corps matériels. Une vitesse de i mètre par seconde est aussi impossible à donner à une enclume de 5oo kilogrammes , sans qu'on y touche, qu'il l'est de faire naître celte enclume elle-même sans fouiller la terre et réduire le minerai en fer.
Il suit de là que, puisqu'il y a toujours perte de mouvement pour un corps terrestre qui se meut à travers mille obstacles et que rien ne restitue à ce corps les pertes qu'il a faites , le mouvement perpétuel est impossible.
Apprenons donc de l'expérience à distinguer le possible de l'impossible, et après cet indispensable apprentissage nous raisonnerons avec assurance sur les faits physiques qui se présentent à nous. La thèse contraire serait que, pour raisonner sur un ordre d'idées , il faudrait y être complètement étranger. Alors les aveugles 'deviendraient les juges naturels de la peinture, les
kV POINT DE \UE DE LA MÉCANIQUE, ETC. 24;
mrds de la musique, et les peuplades anthropophages 3 rhumanité!
Or que voyons-nous dans le développement des rces mécaniques?— Est-il un seul exemple de mou- 3ment produit sans force agissante extérieure? L'homme, îduit d'abord uniquement à son propre travail, n'obent qu'avec ses bras quelque chose de la terre. Il ne )ininande nullement par la pensée aux êtres matériels. lus tard il prend pour auxihaires les animaux dômesques et laboure avec le bœuf, le cheval et l'àne. oujours des moteurs physiques pour des travaux phyques! Plus tard encore son industrie lui soumet les •rces de la nature, l'eau, l'air et le feu. Les palettes 3S roues hydrauliques et mille autres emplois de la irce des chutes d'eau lui permettent de faire travailler
ruisseau, la rivière et le fleuve. Il emprisonne et tilisc l'action des vents dans l'aile merveilleuse du loulin à vent et dans la voile encore plus immense des lisseaux. Avec le feu, il forge, il fond, il tire les méux de la terre qui les dissimule , et assainit sa nourture par la cuisson des aliments. Enfin presque de 3S jours il demande leur concours mécanique aux cents artificiels que la science a découverts et dont le a étudié les propriétés, je dirais presque les mœurs. 3 sera un jour une honte pour l'humanité que le preier trouvé de ces merveilleux agents , la poudre à mon , l'ait été pour les champs de bataille , l'homme rant songé d'abord à demander aux pouvoirs artificiels » moyens de destruction contre l'homme. Pour fixer s idées du lecteur , comme je l'ai toujours fait jusu'ici. par des faits exempts de vague, je dirai que.
pour réaliser l'efFort mécanique que l'explosion exerce sur un boulet de 12 kilogrammes dans un canon dit de 24 , chargé de 8 kilogrammes de poudre et pesant lui-même 2 700 kilogrammes , tel qu'on les amène sur le bord du fossé des places assiégées , après en avoir éteint les feux , il faudrait le travail d'un cheval agissant pendant deux heures, ou celui d'un homme pendant huit heures. Or ce prodigieux effort est produit presque instantanément. Pour faire comprendre ce que sont les frais de la guerre , il suffit de dire qu'une telle pièce de 24, avec ses 2700 kilogrammes de bronze, ne peut tirer au delà de cent coups sans être hors de service, et qu'au moment où elle envoie son premier boulet, elle revient à l'État à 10 ou 11 000 fr. Qu'on ne croie pas cependant que je me pose ici en apôtre de la paix à tout prix , et que je n'estime pas à sa juste valeur la gloire militaire de la France. Sans notre génie belliqueux , à quel rang serions-nous aujourd'hui classés parmi les nations? Mais revenons à nos puissances mécaniques.
« Que faites-vous de nouveau , monsieur Walt ? demandait George III à l'inventeur de la machine à vapeur. — Sire, je fais quelque chose de fort agréable aux rois, de la puissance. » Le mot anglais power, qui signifie également pouvoir politique et pouvoir mécanique, prêtait mieux que le français à joiier sur les mots. Watt aurait pu dire que le pouvoir qu'il donnait à la société était encore plus agréable aux peuples que la domination aux rois. J'entends déjà les réclamations de ceux qui me crient que la machine à vapeur n'a point ^'-^ inventée par Watt. J'en conviens , et pour satisfaire
tout le monde je dirai qu'après Watt la société fut en possession d'une ouvrière universelle qui fait traverser rOcéan aux vaisseaux et tisse la dentelle , et qui , en Angleterre et en Belgique , n'exige que i franc de charbon pour le travail de vingt journées d'ouvrier , mais qu'avant Watt rien de pareil n'existait pour aider l'industrie. Puisque l'occasion s'en présente, je conviendrai aussi qu'avant Christophe Colomb on avait, sur le papier ou par la langue des philosophes , indiqué le nouveau monde. Ce n'est pourtant que depuis Cristophe Colomb que ce monde a été abordé. M. Arago a porté plusieurs fois à la tribune française le nom de M. Séguin, qui a fait courir les locomotives , dont le beau mécanisme , alors inefficace , était déjà dû à Stephenson. A la sortie de la séance, on réclamait, moi présent, contre l'assertion du savant député. « Je passe condamna- • tion , répondit-il ; mais convenez qu'avant Séguin on mettait de huit à dix heures pour faire le chemin de Versailles , aller et retour , quand encore on ne restait pas en route , et que depuis lui on fait indéfiniment un kilomètre par minute. » Le télégraphe électrique n'est-il pas dû à Ampère, malgré tous les travaux antérieurs de Volta, d'CErsted et même les essais de Lesage avec Télectricité ordinaire? A ceux qui veulent déprécier le mérite des travaux modernes par d'injustes réclamations , rappelons ce mot aussi spirituel que profond de notre célèbre académicien M. Biot : cp Dans les sciences, il n'y a rien de si simple querce qui a été trouvé hier , mais rien de si difficile que ce qui sera trouvé demain. »
Pour compléter ce qui a été fait par Thomme avec
'l5o TABLES TOURNANTES.
les agents artificiels, disons qu'on a fait aussi travailler rélectricité et l'aimantation à la conduite des bateaux, à l'éclairage, à la médecine, etc. Toujours on est arrivé à la conclusion qu'il n'y avait point d'efifet mécanique sans cause physique. Mille ans avant notre ère, Hésiode disait des cyclopes : « Ils avaient la force, l'activité et fies machines pour leurs travaux. »
Iffx^ç t' »(?• 6i>7 Koti /xi7;^avai laav Itt' tpyoïç.
Il y a trois mille ans comme aujourd'hui , la seule magie du travail, c'était la force physique, l'énergie pouç l'emploi de cette force et les mécanismes pour en transmettre l'action. Jamais on n'observe de travail résultant de l'action immatérielle de la volonté. Il y a longtemps que la foi seule ne transporte plus les montagnes ailleurs que dans le style figuré, et que, la montagne ne voulant pas venir à Mahomet, Mahomet est obligé d'aller à la montagne.
De ce tableau des forces qui meuvent la matière, il résulte que dans l'explication des curieux phénomènes mécaniques et physiologiques des . tables tournantes il faudra s'interdire toute intervention de la volonté seule pour produire des mouvements ; et peut-on concevoir qu'au milieu du xix' siècle ces vérités physiques , si vulgaires pour les écoles et pour le peuple lui-même , aient été méconnues par un grand nombre d'esprits éclairés , mais entraînés par l'imagination vers un espoir chimérique? Quant à certains habiles qui font semblant d'êtres dupes, mais qui ne le sont pas pour leurs intérêts , la science positive n'a rien à démêler avec eux , pas plus que la bonne foi.
AU POINT DB VUE DE LA MÉCAMQUK, ETC. aSi
On a souvent jeté aux Académies le reproche d'arrêter la marche des idées et d'entraver les progrès scientifiques et industriels de l'esprit humain. Ce reproche n'est pas fondé. Et d'abord, que l'on compte tous les fléaux d'invention hasardée dont leur sage circonspection a empêché Téclosion. Voyez ce qui se passe en Amérique et à quel prix sont payés les procédés d'un mérite réel, quand il faut subir sans contrôle l'essai de tous les autres ! Je sais bien qu'on me citera le bateau à vapeur du marquis de Jouffroy. Eh bien , je déclare Iju'à cette époque, avant les perfectionnements des travaux métallurgiques sur la fonte de fer et sur l'alézement des corps de pompe, la fabrication utile d'un bateau à vapeur était aussi impossible que le jeu de whist avant l'invention des cartes. Ayant été commissaire pour la réception des produits de l'industrie à toutes nos expositions, et dernièrement pour celle de Londres, je suis en fonds pour édifier le public sur la portée de nombreuses inventions qui prouveront jusqu'à révidence l'utilité des corps scientifiques et l'indispensable nécessité de répandre le plus possible les notions mécaniques et physiques, dont l'ignorance pousse tant d'esprits actifs et zélés à la recherche de l'impossible. Je développerai sans doute cette thèse quelque jour à propos de la na\igation aérienne.
D est certains esprits ambitieux qui, comme Alexandre, se trouvent trop à l'étroit dans ce monde, et voudraient entrer en relation avec un autre ordre d'êtres moins matériels. Telle a été dans tous les siècles la tendance de l'imagination de l'homme , et jamais rien de réel n'est sorti de ces tentatives. Chaque siècle u
'25s TABLES VOVBNAMTfefl
constamment pris en pitié les superstitioiis métaphysiques des siècles précédents, et franchement je ne Ycns aucun espoir que la magie des tables tournantes ait pins de crédit dans la postérité que celle de la pythonisee d'Endor, bien autrement poétique au moment otk elle est consultée par un vieux roi affaibli moralement par rage et par le malheur , et qui dans ses États avait autrefois proscrit la magie I Pour plusieurs esprits ardents , mais irréfléchis , il n'est point d'impossibilité. Ils sont toujours sur le point d'accuser d'incrédulité aveugle ceux qui n'admettent pas que la nature puisse à tout instant démentir ses lois. Qu'ils disent donc à quel pouvoir supérieur à la puissance créatrice ils auront recours pour dominer les lois établies par cette puissance placée si haut par rapport à l'homme ! Admettez le merveilleux, je le veux bien , mais à la condition que ce merveilleux ne sera pas absurde. En vérité , on a peine à tenir son sérieux contre la naïveté des improvisateurs du monde des esprits. Quand la police arrêta l'essor des convulsionnaires de Saint-Médard, on afficha sur les murs du cimetière ces deux petits vers bouffons:
leur somnolent. — Imbécile, lui cria Stanislas, dis donc que Dieu lui apparut en songe I — Ah I sire , Dieu en était bien le maitre. » Voilà les convenances qu'observent nos nouveaux thaumaturges : le ridicule n'est rien pour eux.
Les conclusions de cet exposé des lois de la nature relatives à notre sujet sont :
i®. Que tout ce qui est raisonnablement admissible dans les curieuses expériences qui ont été faites sur le mouvement des tables où l'on impose les mains est parfiutement explicable par l'énergie bien connue des mouvements naissants de nos organes, pris à leur origine, surtout quand une influence nerveuse vient s'y joindre et au moment où, toutes les impulsions étant conspirantes, l'efFet produit représente l'efl'et total des actions individuelles;
a**. Que dans l'étude consciencieuse de ces phénomènes mécanico-physiologiques, il faudra écarter toute intervention de force mystérieuse en contradiction avec les lois physiques bien établies par l'observation et l'expérience ;
3**. Qu'il faudra aviser à populariser, non pas dans le peuple, mais bien dans la classe éclairée de la société, les principes des sciences. Cette classe si importante, dont l'autorité devrait faire loi pour toute la nation, s'est déjà montrée plusieurs fois au-dessous de cette noble mission. La remarque n'est pas de moi, mais au besoin je l'adopte et la défends.
Si les raisons manquaient, je suis sûr qu'en tout cas Les exemples fameux ne me manqueraient pas !
a54 TABLES TOURNANTES f ËTC,
coQune le dit Molière. H est à constater que T initiative (les n^lamations on faveur du bon sens contre les j.irestiges des tables et des chapeaux a été prise par Sf^ membres éclairés 6ti dergé de France ;
4". Enfm les faiseurs de miracles sont instamment suppliés de vouloir bien ^ s'ils ne peuvent s'empêcher d'en faire, au moins ne pas les faire absurdes. Imposer la croyance à un miracle ^ c'esst déjà beaucoup dans ce siècle ; mais vouloir nous convaincre de la réalité d'un miracle ridicule, c'est vraiment être trop exigeant!
LA