X AVIS AU LECTEUR
la nature questionnait avec intérêt, on peut même dire avec passion , ceux qu'elle présumait instruits des progrès récents des sciences. Bien des fois mes articles ont été le procès-verbal de conversations du monde ou une réponse à des lettres qui réclamaient des instructions spéciales sur divers points de science appliquée ou de pure théorie. Il est assez curieux que le public se préoccupe plus volontiers des théories qui ne peuvent être complètement accessibles qu'aux études professionnelles que des applications qui seraient du domaine de tout esprit réfléchi. De pourquoi en pourquoi .on arrive bien vite à ce que les gens du métier peuvent seuls comprendre et malheureusement aussi à ce que personne ne sait. Je ne parle pas ici de ceux qui croient tout savoir et que rien n'embarrasse , encore moins de ceux qui veulent faire croire aux autres qu'eux-mêmes savent tout.
Tes pourquoi, dit le Dieu , ne finiraient jamais !
Horace a bien peint cette tendance de l'esprit humain qui dédaigne ce qu'il peut atteindre et veut saisir ce qui lui échappe :
TransYolat in medio posita et fug^entia captât.
Pour bien des questions la science a donc à s'infuser dans la généralité de la société distinguée, et ce qui est familier aux savants de profession a grand besoin d'être mis dans le domaine commun. On m'a suggéré cette phrase pour les notions que je tâchais de propager dans mes articles : Ce que tout le inonde sait^ excepté le public. Je l'ai adoptée complètement.
AVIS AU LBCT£Uti« XI
Je devrais peut-être m'excuser du mode de discours peu sérieux dont j'ai fait usage pour me faire Hre. C'est tout bomiement une conversation entre mille. J'ai peut-être eu tort de sacrifier la majesté de la science, comme le disait un de mes nombreux correspondants. Ma réponse sera : Il fallait se faire lire, et j'y ai réussi. Devant Bourdaloue, prédicateur de la cour, on critiquait un jour des sermons un peu sans façon du petit Père André, a Ces sermons-là, répondit-il, font rendre les bourses que Ton vient couper aux miens. » Jugez de la valeur du moyen employé par l'effet qu'il produit.
n y a le chapitre des répétitions qui ne peuvent manquer d'être remarquées dans un assemblage d'articles dont chacun faisait un tout séparé :
Et chaque acte en sa pièce est une pièce entière.
Là-dessus , je citerai Arago, qui lui-même citait Napoléon I'' comme ayant dit que de toutes les figures de rhétorique la plus efficace est la répétition. J'ai une autre autorité encore : c'est la Bruyère, qui a dit qu'un des signes de la vieillesse c'était de répéter les mêmes choses devant les mêmes auditeurs ; or je commence à être d'un âge où il doit être permis de rediter, ou, suivant quelques étymologistes, de radoter, si c'est le même mot. On a enregistré les redites d'Homère et les mots à\\s parasites dans nos grands écrivains : c'est donc me faire trop d'honneur que de s'apercevoir de mes redites, auxquelles du reste le pubtic ne parait plus faire attention.
On m'avait engagé à une refonte qui eût fait un livre classique des divers sujets traités dans cette réimpres-