MAIJUET-BACHELIER , IMPRIMEUR-LIBRAIRE
DU BUREAU DIS LONGITUDES, DE L'ÉCOLE IMPÉRIALE POLYTECHNIQUE, Quai des Grands-Angustins, 55.
■ L'Antear « l'Éditeur H cet {forage se réservent le droit de traduction. )
AVIS AU LECTEUR
La plupart des articles dont le présent volume se compose ont paru dans la Revue des Deux-Mondes ou dans les publications de l'Institut. Les progrès modernes des Sciences et les progrès de l'Industrie, qui en sont la suite, ont appelé l'attention des hommes d'État et celle des gens du monde sur cette importante classe d'idées et de faits : et , s'il est dans un salon un homme qui ait fait son occupation exclusive des travaux scientifiques et auquel on puisse attribuer quelque autorité, il est rare qu'on ne lui demande pas des nouvelles du pays de la Science, comme on questionne un voyageur, qui a visité des contrées inaccessibles aux touristes ordinaires, sur les habitants . le climat et les productions de ces contrées nouvelles. Le choix que j'ai fait de la Berne des Deux-Mondes, pour y faire paraître des articles sur les parties des sciences qui peuvent attirer l'attention des lecteurs en général , est uniquement fondé sur le grand nombre de lecteurs de ce recueil , dont le succès a dépassé toute attente. Tous ceux qui ont bien voulu y lire mes articles ont dû voir que la sérieuse attention donnée à toutes les théories et à tous les faits énoncés et expliqués n'était pas
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celle que Ton donne ordinairement à des compositions éphémères, telles que celles qui sont forcément en circulation dans la presse quotidienne. De nombreuses demandes de reproduction m'ont donc été adressées de France et de l'Étranger, sans compter les reproducteurs qui ont négligé de me demander mon assentiment ou celui du directeur de la Revue des Deux -Mondes. M. Mallet-Bachelier, gendre et successeur de M. Bachelier, dont la maison est au premier rang pour les Mathématiques , et qui embrasse aussi toutes les publications sérieuses de la science appliquée, tant pour l'industrie que pour les gens du monde, a réclamé la publication de mes articles de circonstance sur les Sciences et l'Industrie, tant dans les séances publiques de l'Institut que dans la Revue des Deux-Mondes et ailleurs, et je pense qu'ainsi je mettrai à l'abri de l'oubli et que j'utiliserai , pour ceux qui ne sont pas à même de puiser aux sources, une quantité immense de faits, de déductions théoriques, d'applications et de dates historiques que Ton irait chercher difficilement dans les numéros d'un recueil périodique, quelque haut placé qu'il soit dans l'estime publique, ou dans les volumineuses publications de l'Institut.
Il a été convenu qu'on s'interdirait sévèrement toute altération au texte original des articles reproduits dans ce volume. C'est le seul moyen de leur conserver une authenticité et une date qui permettent aux travailleurs sérieux d'y recourir en sûreté, et d'éviter la confusion qui résulte de retouches partielles opérées toujours avec le risque d'introduire de dangereux anachronismes dans l'histoire des découvertes. Les progrès de toutes les
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sciences d'observation doivent être enregistrés dans une série d'articles qui se succèdent , comme les travaux des explorateurs de la nature. Ainsi que Va très-bien dit Laplace, il n'en est pas des œuvres scientifiques comme des œuvres littéraires, qui constituent un monument inaltérable. Chaque livre mathématique prépare la voie à une œuvre qui doit le dépasser, et le mérite est tout entier à la priorité de la découverte. Autrement, le nom de Képler aurait anéanti celui de Copernic , le nom de Newton celui de Képler, le nom de Laplace celui de Newton , et parmi les savants vivants on trouverait des noms qui éclipseraient de mémo ceux de tous leurs prédécesseurs. Ici , ce n'est pas tout de savoir, et de beaucoup savoir ; l'honneur est à celui qui a su le premier, c'est-à-dire à l'inventeur. Les lecteurs de ce volume voudront donc bien attendre les acquisitions futures de l'esprit humain pour en être informés spécialement et d'une manière convenable.
11 y a trois modes d'exposition des Sciences. Le premier, qu'on peut appeler descriptif, et qui consiste à énoncer le plus clairement et le plus complètement possible tout ce que nous ont appris les inventeurs , en évitant les erreurs introduites par des conclusions précipitées ou par des esprits faux. Le deuxième mode introduit l'usage des formules pratiques des mathématiques , qui servent à utiliser les résultats de l'observation. C'est ainsi qu'on a pu arriver à toutes les lois de la nature. Les calculs analytiques, dont l'emploi est ici nécessaire, ne sont pas d'une grande difficulté. Le nombre et la variété des formules qui s'adaptent à chaque cas constituent le seul embarras qu'on éprouve pour les
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savoir et les mettre en usage. Le troisième et dernier mode consiste à prendre, comme données, les résultats de l'observation et les lois de la nature, et à les remanier par les théories transcendantes de l'analyse, de manière à en tirer des conclusions qu'aucune autre voie n'eût rendues accessibles. C'est ainsi que, sur l'état futur du système du monde, sur sa stabilité, ses perturbations, en un mot sur son avenir, l'école française de Laplace a jeté un éclat inespéré que nous tâcherons peut-être un jour d'exposer et d'interpréter pour nos lecteurs. Rien n'est plus près de la poésie , comme me le faisait remarquer un homme de salon, que les vérités hardies déduites des théories mathématiques , quand on peut les énoncer dégagées des calculs qui les ont révélées, à peu près comme on admire un monument d'architecture, quand on a retiré tous les échafaudages qui ont aidé à sa construction.
Ce n'est pas seulement au point de vue utilitaire et dans l'intérêt matériel de la société qu'il est bon de populariser les saines et positives doctrines des sciences d'observation, et de tracer la limite entre ce qu'on peut savoir et faire et ce qu'il est impossible d'espérer ou de demander aux sciences physiques. N'avons-nous pas vu récemment de bons esprits , de ceux qui , dans la presse quotidienne ou ailleurs , servent de guide aux autres , arriver à la croyance que la volonté métaphysique pouvait soutenir, sans aucun appui , les corps pesants au milieu de l'air, ce qui serait tout simplement un effet physique sans cause physique? Je mets de côté toutes les révélations bourgeoises d'esprits familiers près desquelles s'efface tout ce que la sorcellerie et la crédulité ont pu
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offrir de plus incroyable dans le moyen âge. Lorsque la question des manifestations surnaturelles fut portée à la législature des États-Unis , par une pétition de seize mille personnes , un plaisant proposa de renvoyer l'affaire au comité des relations extérieures. Un membre de ce comité admit la proposition , mais objecta que les esprits manifestés n'étant nullement américains, il n'y avait point là une question de nationaux ou d'étrangers. La conclusion fut qu'il fallait s'occuper du traité de cession de territoire de la part du Mexique et de son acquisition par l'Union. Et la France aussi a autre chose à faire qu'à mettre en rotation des tables , des chapeaux et des écuelles. Mais, ce qui fut constaté dans le Rapport fait sur la pétition américaine, ce fut l'insuffisance de l'instruction physique des masses , qui les laisse exposées à l'invasion épidémique d'une stupide crédulité qui aurait fait rougir les populations des âges les moins éclairés qu'ait enregistrés l'histoire.
Les œuvres littéraires ont sur les exposés scientifiques l'avantage de l'attrait que l'imagination, cette vraie magicienne, répand sur tout ce qui est de son domaine. Les Sciences, au contraire, pour appeler l'intérêt , ont besoin , pour la société en général , de ce qu'on appelle l'intérêt du moment , ou l'actualité. Voilà pourquoi les articles d'une revue se prêtent si bien à cette exigence d'auditoire exceptionnel. Au reste, le succès de publications analogues à celles-ci, tant en France qu'en Angleterre et en Allemagne , semble devoir nous encourager. L'auteur de ces articles peut aussi se flatter d'avoir eu M. Arago pour lecteur assidu. Les deux lectures publiques faites à l'Institut sur les mon-
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vements de la mer et sur les comètes l'ont été d'après l'indication de M. Arago lui-même. Plusieurs personnes , peu habituées à la sévérité des idées scientifiques , se plaignent d'être obligées de relire deux fois une phrase pour en comprendre toute la portée ou pour en pénétrer toute la signification. Elles nous permettront de leur citer Voltaire, dont personne ne révoquera en doute la perspicacité et la présence d'esprit, et qui s'étonne qu'il y ait des hommes ayant la prétention de tout comprendre à la première lecture. Quant à lui , il ne se flatte pas d'un pareil avantage.
BABLNET (de l Institut).
Paris , ce i3 octobre i85/j.