‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiques (volume 3)Chapitre 33 sur 49 · IT · texte numérisé non relu

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temps que Ton aura vu les moucherons enlever les éléphants et les hippopotames dans les airs.

4 considérer les encouragements à offrir aujourd'hui à l'astronomie, il me semble que le principal et le plus efficace serait d'augmenter la publicité donnée à des travaux par eux-mêmes peu populaires, et auxquels le public ne s'intéresse que par les résultats obtenus, quand ceux-ci sont brillants. Voltaire a dit :

On en vaut mienx quand on est regardé, L*œil du public est aiguillon de gloire.

On conçoit aisément que, puisque les mérites scientifiques supérieurs ont à peine le privilège d'attirer l'attention de la société, les talents secondaires ne peuvent percer l'obscurité qui pèse sur ces travaux hérissés de chiffres, employant un langage spécial et exécutés au moyen d'instruments dont l'usage et les noms sont inconnus à tous. Si l'on parle d'un piano, d'une basse, d'un chevalet, d'un pinceau, d'un burin^ le mot fait image; mais si on nomme un cercle mural, une lunette méridienne, un collimateur, une machine parallactique, un théodolite, que de mots ne faut-il pas ajouter pour en faire comprendre la signification 1 Boileau menlionoe

... La métaphore et la métonymie, Grands mots que Pradon croH des termes de chimie!

Les termes d'astronomie sont «ncore bien plus inconnus du public. Quant aux formules, c'est encore pis. La trigonométrie, hérissée de ses sinus et coânus, de ses tangentes et de ses logarithmes, se dresse comme un cerbère et crie avec l'école de Platon : Loin d'id

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ceux qui ne sont pas géomètres 1 Ays^fierp^iroç ixa^ m^ ! Et pourtant avec un peu d'attention de la part de l'interrogateur, avec un peu de précaution de la part du narrateur, on peut exposer et faire comprendre tout ce qui doit, dans cette noble science, intéresser la société éclairée. Ces notions ne sont pas plus difficiles à acquérir que celles de la géographie et de la sphôre, qui sont femilières à tant de personnes. Quant à ce qui serait réellement au-dessus de la portée ordinaire de l'intelligence et qui ne serait pas susceptible d'être compris 8aus formules et sans algèbre, il faut en faire le sacrifice et surtout se bien garder d'assimilations inexactes qui fausseraient le jugement de l'auditeur. Surtout il faut éviter le style d'oracle qui cache bien souvent l'ignorance et toujours l'impuissance de trouver des idées claires et nettes. Aussi des esprits du premier ordre, comme Laplace dans son Exposition du Système du Monde^ ont préféré s'en tenir à un très-petit nombre de lecteurs plutôt que de faire le travail ingrat et pénible de rendre la science intelligible à tous. Je ne pourrai jamais peindre le désappointement de plusieurs littérateurs distingués qui, sur la foi du grand nom de Laplace et de son titre de membre de l'Académie française, s'étaient aventurés à ouvrir le Système du Monde, Ce livre aurait été, si possible, écrit en hébreu avec des caractères chinois, que leur étonnement n'aurait pas été plus grand. Il leur semblait une véritable offense à leur amour-propre d'écrivains et de lecteurs. En revenant à notre thèse, c'est donc un exposé de tous les travaux astronomiques de l'année qui serait un véritable et efficace encouragement à la science, surtout s'il

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était écrit eu style intelligible à tous. Les petites noUces annuelles que publiait Lalande faisaient beaucoup de bien à Fastronomie, et de plus il y a conservé la mémoire de beaucoup de faits biographiques que l'on chercherait inutilement ailleurs.

Mais tandis que les observatoires de l'ancien monde poursuivent leur carrière, en thésaurisant chaque année le tribut du temps et du travail intelligent, voici la jeune Amérique qui prend son rang dans l'astronomie et dans les sciences. Je ne parle pas de la race espagnole et portugaise, qui nous offre des peuples nouveaux déjà vieux par leur impuissance politique et scientifique. Je parle de la race anglo-saxonne, qui, sous les auspices de M. Bâche , rarrière-petit-61s de Franklin , du professeur Henry, de M. Gould, astronome actif et dévoué, et des savants de Washington, de Boston et de Philadelphie, rivalise déjà avec les travaux européens. M. Ferguson, de Washington, nous a donné une des petites planètes. M. Bâche exécute le gigantesque travail hydrographique et géographique du relevé des côtes immenses des États-Unis. Les cartes du lieutenant Maui'y, couronnées à l'Exposition de Tindustrie , sont connues du monde entier. Il en est de même de l'admirable méthode d'enregistrer le temps sans avoir la pénible préoccupation d'écouter les battements d'une horloge. Cette méthode, essentiellement américaine, compte aujourd'hui M. Gould entre ses plus habiles metteurs en œuvre. C'est lui qui est chargé des longitudes télégraphiques dans le coast^survef de M. Bâche. Je ne parle pas de l'immense lunette astronomique de Cambridge, près de Boston, et des travaux de MM. Bond.

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Le trait caractéristique des établissements astronomiqaes des villes du nouveau monde me parait être cette intelligence patriotique qui fait que des citoyens, des corporations municipales font de grands frais pour des études dont ils comprennent la dignité sans y être initiés eux-mêmes et seulement en vue du bien public et de l'honneur de la nation. Ce qui se fait en Angleterre par le zèle éclairé des possesseurs de grandes fortunes aristocratiques ou commerciales se fait aux États-Unis par la vigueur d'une société qui sent que tout ce qui est grand et beau doit exister de l'autre côté de l'Atlantique comme en Europe, et se produire sur une échelle qui n'admette aucune infériorité. C'est ce qu'a déjà reconnu l'illustre astronome Airy , rendant pleine justice aux travaux récents des savants américains. Voyons comment cette tendance se traduit en effets et se réalise en pratique.

D y a quelques années , M. Mitchell , de Cincinnati sur rOhio, entreprend de fonder un observatoire municipal. Il trouve le terrain, les matériaux et même la main-d'œuvre fournis gratuitement. Il vient en Europe, et au moyen des souscriptions de ses concitoyens, il achète des instruments de prix et devient directeur d un observatoire important. Une publication curieuse qui émanait de cet établissement a été discontinuée.

Mais rien n'est comparable à l'entreprise actuelle de H. Gould, ce jeune astronome que nous avons déjà nommé, et qui, depuis plusieurs années, soutient à force de dévouement un excellent journal astronomique imprimé à Cambridge, qui ne fait qu'un avec fioston, l'Athènes scientifique et littéraire des États-Unis. Cette

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fois nous sommes dans le puissant État de New- York, dont la capitale légale est Âlbany, sur THudson, vers le centre du pays, tandis que d'une extrémité il s'appuie sur les deux lacs entre lesquels se fait la chute du Niagara dont il possède une rive, et que de l'autre il touche TAtlan tique, c'esl-à-dire le monde entier, par une ville de i aSoooo âmes, qui égalera Londres avant la fin de ce sièole, au moment où les États-Unis compte* ront loooooooo de citoyens. Quelle perspective!

C'est au chef -lieu du New-York, à Albany, au milieu des États du Nord, qu'il s'agit d'ériger un observatoire digne du New-York et de l'Amérique elle-même. M. Gould , fort de la science pratique qu'il a recueillie dans les observatoires de l'Europe et auprès des plus célèbres astronomes, se charge de venir encore une fois en Europe, pour obtenir à grands frais les instruments des meilleurs constructeurs , et son expérience lui suggère de nouveaux perfectionnements qui doivent augmenter encore la précision déjà très-grande de ces cbefs-d'OBuvre du génie mathématique. Non-seulement M. Gould accepte cette mission , mais il la conduit à bonne fin , et au mois d'août prochain , l'inauguration du nouvel observatoire doit avoir lieu avec une partie des principaux instruments. Ce sont des observations de choix sur des astres désignés par les besoins de l'astronomie, de la géographie et de la navigation. On verra dans cet observatoire, pour la première fois, une horloge soustraite aux variations brusques de la température et aux variations de pression de l'air. Partout des chronographes qui enregistreront le temps par une touche mue par la main, sans le secours de l'oreille, et un magni-

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fique héiiomètre, qui sera le troisième de cet ordre de grandeur^ mais encore supérieur à ceux d'Oxford et de Kœnigsberg. Les autres instruments seront de la même perfection, et la grandeur des lunettes permettra d'observer les petites planètes qui sont à peine suivies aujourd'hui, où la plupart des instruments méridiens des observatoires anciens sont optiquement trop faibles pour atteindre ces petits astres. Au moyen de l'héliomètre, les étoiles doubles seront observées et les mesures micrométriques seront prises avec la dernière rigueur. Les petites étoiles utiles aux longitudes et aux latitudes seront déterminées de position. Enfin on n'admettra rien de médiocre dans les travaux de l'observatoire d'Âlbany. L'observatoire d'Âlbany doit sa naissance et sa création aux efforts patriotiques de deux citoyens de cette ville; le docteur Àrmsby et M. Olcott. Ce ne sont pas des astronomes, chose singulière, mais seulement des amis de la gloire de leur pays ! L'observatoire est pré* sentement sous le contrôle d'un comité d'agents directeurs, genre de direction en usage en Angleterre, où par exemple l'observatoire Radcliffe d'Oxford est sous le contrôle d'un comité d'exécuteurs testamentaires du fondateur Radcliffe. Ace comité ou bureau {board), quatre savants illustres, MM. Bâche, Peirce, Henry et Gould, ont été adjoints. C'est M. Gould qui a été chargé de venir en Europe pour se procurer au plus vite les instruments nécessaires. U est à regretter que le manque de temps ne lui ait pas permis d'attendre quelque chefd'œuvre de notre admirable artiste M. Brunner ; mais en France nos constructeurs semblent ignorer le prix du temps, et il est imposable de les astreindre à quelque

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exactitude dans la livraison des conunandes qu'ils ont acceptées. Ils semblent vouloir profiter du bénéfice de Fadage latin : sat ciiô, si soi benè; c*est assez tôt» si c'est assez bien. Malheureusement ce n'est point avec ces principes que Ton fonde ou que Ton soutient de grands établissements tels que ceux d'Allemagne» qui, par leur ponctualité , vont au-devant des travaux que les nôtres refusent ainsi tacitement. Quels délais Gambey n'a-t-il pas apportés dans la remise de son grand cercle I Par ses travaux antérieurs et prolongés dans les observatoires de Paris, de Greenvdch, de Berlin, de Gœttingue, d'Altona, de Gotha et de Pulkova, M. Gould est l'astronome le plus instruit de tout ce qu'il y a à faire et à éviter dans la science difficile à laquelle il est initié comme mathématicien et comme observateur.

L'horloge avec toutes ses dépendances est donnée par M. Ërastus Corning, président de la direction du chemin de fer central de l'État de New-York. D'autres contributions particulières ont fourni le terrain, les matériaux pour l'édifice et jusqu'au gazomètre, qui doit servir à l'éclairage de l'observatoire. Je n'ai point sous ma plume le, nom du citoyen généreux qui a donné le terrain convenable sur une hauteur qui domine de quelques cents mètres les eaux de l'Hudson, la grande artère du New-York. L'étendue de ce terrain est telle, que quand Albany, qui a aujourd'hui, je pense, environ 5o ooo âmes, viendra, par son infaillible développement, à entourer le site de l'observatoire, celui-ci ne sera nullement incommodé de ce voisinage. Voilà pour l'avenir comme pour le présent.

Mais de toutes les contributions à l'honneur sdenti-

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fique de la capitale du New-York , il n'en est point de plus libérale et de plus patriotique que celle d'une honorable citoyenne d'Albany, M^ veuve Dudley, qui a concouru pour une part considérable aux frais d'érection de l'édifice comme à l'achat des instruments, et notamment de l'héliomètre. Aussi la reconnaissance des fondateurs de l'observatoire s*est^lle manifestée par le choix du nom qu'on a donné à ce bel établissement. On l'a nommé Observatoire Dudley. L'antiquité a beaucoup célébré la piété conjugale de la reine Artémise, qui bâtit à son époux Mausole un tombeau compté parmi les merveilles du monde, et qui donna son nom à tous les monuments grandioses ayant la même destination. Au lieu de consacrer à la mémoire de son mari un édifice improductif et lugubre, M™* Dudley a beaucoup plus sagement attaché son nom à une fondation noble qui unira à jamais ce nom à un édifice élevé pour l'honneur de sa patrie et l'utilité de ses concitoyens. Grand exemple pour notre France!

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