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HlB ASTRONOMIE
on leur prononce le fameux hàc.iisque iicet qu'entendit César prêt à passer le Rubicon. Gela veut dire en français : Il est pi^mis de manger de la viande jusqu'à minuit. Cette convenapce est tellement dominante, que les astronomes, pour n'avoir pas à mettre dans deux jours différents les travaux de la même nuit, commencent le jour à midi , c'est-à-dire douze heures plus tard que le temps civil
VJnnuaire du Bureau des longitudes vient de paraître avec une grande quantité de données précieuses pour l'astronomie, la géographie et la physique. La table de la force des marées, que les almanachs anglais s'obstinent à ne pas donner, est certainement fort utile; elle nous indique, pour le 8 mars prochain, une des plus fortes marées du siècle. Il y a dans l'Annuaire de cette année une bonne détermination de la direction et de l'inclinaison de l'aiguille aimantée - pour 1869. Ce travail est dû à M. Laugier. L'aiguille est restée à peu près stationnaire depuis un an. On est habitué à ces anomalies dans ses mouvements annuels, on sait qu'elle revient maintenant peu à peu vers le nord et qu'elle f pointera sans doute exactement en 1966.
Une sévèire onde de froid , à la vérité de peu de durée, mais d'une grande intensité, a traversé la France et l'Europe au solstice dernier. Au bout de peu de jours la Seine était prise, et presque subitement la température est remontée de 20 degrés et de oS degrés à partir de i5 degrés au-dessous de la congélation. Après tant d'hivers tempérés, ce froid était une vraie calamité qui ne permettait pas, comme à l'ordinaire^de rire aux dépens des frileux.
Vois-tu trotter rhumain bipède, Sans gants, sans manteau court ou long.
Contre ses maux son seul remède, . C'est le gousset du pantalon.
Par un instinct digne d'éloge.
C'est là qu'adroitement il loge Ses mains qu'outragerait le vent.
Vois, comme en rentrant dans son bouge, Son dos est courbé, son nez rouge ' Et son menton aussi, souTent !
Tels étaient les vers pseudo-romanMques que les classiques lançaient aux romantiques peu eflFrayés. Toutes ces grandes querelles, où sont-elles maintenant? Qui l'a emporté ? le monde littéraire et la société sontiis définitivement classiques ou romantiques ? Ni Tun ni l'autre; ils ne sonjt rien du tout. Que vaut une pièce de théâtre ? Réponse positive : Elle vaut l'argent qu'elle rapporte à l'auteur ou au directeur du théâtre. Tout est là ! Ce qui n'empêche pas que la crise de froid de décembre dernier ne soit complètement inexplicable.
On me demande pourquoi les jours d'égale longueur, à la fin de l'automne et au milieu de l'hiver, ne produisent pas le même effet fâcheux sur Torganisme. Il est possible que les jours croissant en durée, comme aujourd'*hui ,. portent avec eux un principe vivifiant, électrique ou autre. Nous savons, bien peu de choses sur les ii^oeBces nerveuses des saisons. Provisoirement, j'inclinerais à penser que cet elSet est tout moral | et que l'attente du printemps est une perspective plus rassurante que celle de Thiver, En un mot, ce que la
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fin de janvier a de plus que le commencement de décembre, c'est le grand molnle de la vie : Tespérance.
Dans un de mes dernier» articles, j'avais expliqué à mes lecteurs avec soin et détails les présomptions que le calcul avait suggérées à M. Le Verriçr relativement à une ou plusieurs planètes plus rapprochées du soleil que Mercure, et dont l'existence se trahissait par des perturbations que cette planète éprouvait d'une cause inconnue. Une de ces planètes a été observée par un médecin de province , M. Lescarbault, domicilié à Orgères (Eure-et-Loir). C'est là une de ces vocations instinctives et irrésistà)les qui ne sont ni créées par la société, ni /encouragées par ï'espoirde la renommée, ni rebutées par l'insuffisance des moyens d'exécution» Quand M. Lescarbault étaii ici étudiant en médecine, avec une modisste pension de iSoofr., il avait trouvé le moyen d'économiser là-dessus une lunette du prix de 800 fr. On a dit depuis longtemps que les gens passionnés ne mangeaient pas, mais cette passion n'était pas celle de la science. Casimir Delavigne parle d'un fonctionnaire qui, en faisant'les affaires de l'État, n'avait pas oublié de faire les siennes :
Il économisa Tingt mille frnfici de retnte Ayec son traitement qui n*était que de trente.
C'était avec son estomac que notre abeille aux instincts astronomiques économisait un^ excellente lunette qu'il a depuis installée sous un petit dôme tournant, en grande partie l'ouvrage de ses nuins laborieuses; de plus, il écrit assez bizarrement ses observations au crayon sur des planches en bois blanc, auxquelles un
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eoup de rabot rend la faculté de recevoir de nouvelles notes. Une planche de 2 à 3 centimètres d'épaisseur devient ainsi équivalente à ^ne main entière de papier, et ces palimpsestes d'un nouveau genre ne retiennent rien de l'ancienne écriture. Ceci me rappelle le procédé expéditif par lequel en Norwége on règle le compte des ouvriers qui ont travaillé les planches qui nous viennent en si grand nombre. Le teneur de livres, après s'être entendu avec le manœuvre, lui inscrit sur le dos à la craie ce qu'il doit réclamer au caissier. L'homme, avec sa créance, dont il ne peut ainsi altérer le montant, va tout de suite se la faire payer. II reçoit son argent, et, suivant l'expression d'un voyageur témoin du fait, le caissier prend Ud-méme sa quittance avec une brosse. C'est sur une planche de bois blanc , qui heureusement n'avait pas été rabotée, que M. Le Verrier a retrouvé la première (rfïservation d'une planète considérable ayant environ à l'estime le quart du diamètre de Mercure, et bien plus importante qu'aucune des cinquante-sept petites planètes qui peuplent en nombre, mais non en poids, l'intervalle vide entre Mars et Jupiter. La planète de M. Lescarbault doit mettre environ trois semaines à faire sa révolution autour du soleil, tandis que Mercure' met trois mois^ Elle iest environ à un septième de la distance du centre du soleil à Mercure, et il est fort douteux qu'on puisse l'apercevoir autrement que dans ses^ passages devant le disque du soleil. L'observation avait devancé la publication des calculs de M. Le Verrier que J'ai fait connaître à mes lecteurs, et c'est un article du Cosmos qui a révélé à l'observateur séquestré du monde entier l'importance
de sa découverte, et l'a encouragé à la publier. M. Le Verrier, qui s'était transporté à Orgères chez le modeste médecin astronome, a saisi la planche archétype dt M. Lescarbault et l'a mise sous les yeux de l'Académie des Sciences. Notons ici que les points noirs -passant sur le soleil ne manquent pas, surtout depuis Fanuonce du travail théorique de M. Le Verrier. Mais il est bien peu de ces observations qui soutiennent l'épreuve d'une critique éclairée. C'est ainsi que le prétendu satellite ou lune de Vénus indiquait pour cette planète une masse sept fois trop grande. Tout fait présumer du reste que cette planète n'est pas la seule. Son action sut* Mercure ne serait pas suffisante pour produite les effets que ie calcul y constate. Suivant M. Le Verrier il y en a peut-être une douzaine dans l'espace assez resserré qui existe entre Mercure et le soleil, et qui n'est guère que le tiers de la distance de la terre au soleil. Voilà donc un succès de plus pour l'astronomie théorique et pour la science française. Notre système solaire, avec la plume et le télescope, est exploré à ses deux extrémités et dans son milieu. Pour en finir avec l'astronomie, je dirai en deux mots, sauf à y revenir; que l'astronome proposé par M. Le Verrier au ministre de l'instruction publique pour aller en Espagne ou en Algérie observer r*éclipse totale de 1860 est M. Faye, de l'Institut, qui s'est beaucoup occupé des phénomènes que doit présenter ce rare phénomène et des im'portantes conclusions qu'on peut en tirer. On hâte les préparatifs. Au train dont marche la vie actuelle, le 18 juillet prochain n'est pas demain, c'est ce soir I Je donne avis à la grande comète attendue (èxpected
vatxiomet) et aux astronomes qui s'en occupent qu'elle plus que la présente année pour tout délai de comiition. Passé ce terme, elle sera déchue de tout titre parenté avec celle qui fit abdiquer Gharles-Quînt, <re<5 celle qui fit mourir le pape Urbain IV, enfin avec feHe qui fît dévorer par les souris, dans la tour de Tîle Rhin, l'archevêque brigand de Mayence souillé de bus les crimes. Signification authentique et sans plus jTajournement. Je dois dire qu*en désespoir de cause, ai fait demander aux spiritistes si la comète reviendrait, ni ou non. Leui* esprit Python né m'a point envoyé de ëponse satisfaisante.
Nous n'avons eu cette année qu'une seule petite plaète, la. cinquante-septième du groupe entré Mars et iipiter. Le prix de Lalande a été accordé par l'Âcadé- Die des Sciences à M. Luther, de l'observatoire muniïpal de Bilk, près Dusseldorff, auteur de la découverte Se cette planète, qjii a reçu le nom de Mhémosyne. J'ai hâte d'arriver à M. Albert Montémont et à ses ettres sur r Astronomie, C'est un livre instructif et [lusant. L'auteur a su y mettre la littérature au service de la science, ou plutôt il l'a appelée comme auxiliaire pour introduire daiis la société une étrangère peU façonnée aux susceptibilités de ceux qui craignent des notions trop arides. Pour parler le langage du temps où ce livre agréable a paru pour la première fois, c'est la muse de la poésie présentant aux gens du monde sa sœur Dranie. Le succès des Lettres sur la Mythologie, celui des Lettres sur la Physique^ qui a rapporté plus de cent mille francs à son auteur, avaient fait penser avec raison à l'auteur des Lettres sur P Astronomie que
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le public accueillerait Texposé des brillanteé découvertes de la science des astres, et les détails intéressants qu'il a su prendre dans l'histoire des découvertes et dans la vie des astronomes qui s'étaient dévoués à cette étude fort excentrique. Chose singulière, les savants adoptèrent son livre moins que le public. On était encore au temps où l'on pardonnait à peine à l'astronome Lalande les résumés annuels et les petits articles de circonstance qu'il mettait dans le Journal de Paris, Les mathématiques doivent être écrites 'pour les mathématiciens, mathematica mathematicis srribuntur^ répétait d'après Copernic la fière école de notre Laplace qui avait, divinisé à juste titre le grand et incompréhensible Newton. Euclide avait dit au souverain de la Sicile : Il n'y a point dans les sciences de chemin fait exprès pour les rois. On ajoutait tacitement : Ni pour les gens du monde. Depuis lors, l'esprit public.est venu du côté du livre de M. Albert Montémont; et sa nouvelle édition trouvera, plus que la première ,» des curieux et des attentifs. Je vois avec peine que la plupart des articles de critique sont écrits dans ce que j'appelle le style hargneux. Le critique, sans doute, pour établir sa supériorité sur l'auteur qu'il juge, semble ne vouloir faire attention qu'aux impepfeclions de l'ouvrage et aux omissions qu'il y voit. Il voudrait non-seulement que l'auteur eût fait mieux, mais encore qu'il eût fait autrement. Avec les nouveaux progrès de l'art d'observer, j'aurais beau jeu à indiquer des additions à l'ouvrage de M. Albert Montémont, mais je crois que ce serait dénaturer un bon ouvrage que de changer son plan. Tel qu'il est, je répète que je le crois instructif et amusant, et l'auteur ny est pas resté
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étranger aux progrès récents de sa science favorite. Je n'ai jamais ouvert les Lettres su^ P Astronomie sans y trouver plusieurs de ces idées, de ces vues intéressantes dont on fait son profit pour soi et pour les autres, soit auditeurs, soit lecteurs. M. Arago lui-même, y a pris plusieurs citations; je n'ai donc en somme que des éloges à donner à ce livre pour lequel j'ai toujours eu une affection [Particulière. Il y a dans le monde moral comme dans le monde industriel pour un produit quelconque le fabricant, le coiùmerçant et le consommateur. M. Albert Montémont a fait très-bien la part de ces trois sortes de personnes qui concourent également au succès d'un produit qui en soi-même a de la valeur. L'un des premiers il a rendu acceptable et accessible une science dont les abords semblaient devoir éloigner tous ceux qui n'étaient pas des adeptes.
(^anyier 1860.)
Ia météorologie nMurohe. — It'astffOBomie mum le féleicope. — Travaux de Bl. Faye tor les oomètet et nir les loi» physiques qu^elles nous révèlent. — Ia répulsion admise comme rattraction. — Reoberohes de Bl. Bour tigny dans le inême ordre de lois physiques} applioations et avenir de ces travaux.
La science marche, et, quoi qif on en dise, elle est appréciée ce qu'elle vaut dans ce siècle. M. Lescarbault
vient d'être décoré de la Légion d'honneur, et les médecins ses confrères s'apprêtent à le fêter dans un banquet de félicitations bien méritées. Je puis rappeler que Femel, médecin d'Henri n, fut un astronome aussi bien qu'un littérateur et un praticien distingué, et que Yqn doit à Olbefrs, médecin de Brème, les deuK planètes Pallés et Vesta qu'il trouva de son ol^rvatoire situé sur le haut d'un vieux pan de mur de ville attenant à sa maison. Enfin le docteur Thomas Young, qui a précédé en optique Arago et Fresnel, nous a donné sur toutes les branches de la physique et de la météorologie un ouvrage incomparable où l'invention le dispute au savoir et l'esprit mathématique au sens physique le plus droit et le plus infaillible.
La météorologie marche. Les Anglais, instruits par les malheurs maritimes de ces mois derniers, vont établir des signaux télégraphiques d'avertissement pour les navires qui dans la Manche sont exposés à l'invasion soudaine d'ouragans aussi locaux que pernicieux. Ces rafales voyagent avec rapidité le long de nos côtes, mais elles peuvent être devancées par les indications des fils électriques. En général, les pronostics météorologiques un peu sûrs sont.à très4ongue ou à très-courte échéance. Le capitaine Smyth, dans la Méditerranée, a souvent sauvé son navire d'après l'avis des baromètres. Ensuite la marche générale des vents peut longtemps à l'avance faire pressentir le caractère d'une saison. Des signaux de prévoyance seront donc établis sur les côtes anglair ses, indiquant qu'en tel ou tel lieu il y a tel ou tel symptôme d'orage dont la marche se propage dans telle ou telle direction. Les observations de Franklin avaient
déjà fait savoir que les tempêtes se transportent graduellement, et qu'il y avait le calme au nord et au sud d'un point ravagé par le météore aérien. C'est à l'occasion d'une éclipse de lune que ces importantes remarques furent faites. Les habitants des plaines intérieures de la France, et même les Parisiens, ne se figurent guère qu'une rafale de vent puisse enlever la grande voile d'un immense vaisseau de guerre et en même temps raser les mâts au niveau du pont, emportant toutes les manoeuvres hautes et basses, et faisant un ponton d'un majestueux vaisseau à trois ponts. Les voiles une fois repliées et collées aux mâts, on attend l'événement, et on fidi devant le temps sans opposçr aucune résistance.
Nous devons penser que le réseau télégraphique de renseignements météorologiques installé à l'Observatoire 4e Paris viendra efficacement en $iide aux télégraphes anglais en suivant les effets produits le long des côtes de France et d'Espagne, et notant tout ce qui peut indiquer des ouragans marchant du sud vers le nord ou en sens contraire. Le journal scientifique le Cosmos contient sur cet objet un article remarquable dans sa livraison du 3 février dernier. C'est le Bureau de Commerce anglais qui se chargera de transmettre les avertissemoits aux divers ports. Plus tard, la science bénéficiera de ce qui aura d'abord été fait en vue de la marine marchande, et, par une réaction infaillible, la science perfectionnera les indications fournies à l'intérêt industriel.
Voici les jours d'hiver qui tirent à leur ^n, et dans quelques semaines les approches du printemps donneront à la nature et à tous les êtres vivants cette se-
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cousse énergique qui n'est pas toujours sans danger et dont l'hygiène prophylactique se préoccupe de plus en plus. Les doux et perfides soleils du printemps ne doivent être acceptés qu'avec précaution. J'ai souvent entendu des hommes forcés à être sédentaires se plaindre de ce que leurs occupations, leurs travaux ou leurs fonctions les retenaient dans leur cabinet par un beau soleil de mars ou d'avril et avec un air tiède et invitant à la promenade du bois de Boulogne. Ils méconnaissent les soins de la bonne Providence, qui les préserve ainsi de bien des influences dangereuses. L'Académie des Sciences, qui regrette et regrettera longtemps le baron Thenard, le compterait sans doute encore parmi ses membres sans une imprudence de ce genre qui a triomphé de la vigoureuse constitution de cet homme de bien et de science.
Obs.ervons que l'influence occulte du printemps agit même sur des substances non vivantes, comme les liquides fermentescibles, certains produits végétaux et même quelques substances chimiques. Y aurait-il là l'indice d'un agent encore inconnu à la science, comme l'étaient le magnétisme et l'électricité dans les siècles
Les marchés 'aux. fleurs tristement dégarnis, les plantations et les semis printaniers, les préparations horticoles, sans compter le chapitre bien plus important de l'agriculture, tout espère dans la saison qui vient : la météorologie est partout et dans tout.
On me demande un peu plus d'astronomie populaire. Mais vraiment ce serait faire rivalité à tous les aimanachs et annuaires. Au reste, rien de plus aisé. Si le
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soir à la ttuit close, vers 6 heures, vous portez vos regards vers l'horizon du couchant, vous apercevrez un astre brillant, un grand astre, ingens sidiis, ôuivant l'expression de Pline. C'est Vénus, qui chaque soir monte de plus en plus dans le ciel et qui, d'abord faiblement perceptible comme ]un petit point blanc au milieu d'un éclatant crépuscule, gagne peu à peu en éclat à mesure que le fond du ciel s'obscurcit et fiuit par surpasser de beaucoup tous les feux de la voûte céleste. De l'autre côté, vers l'orient, Jupiter, plus favorablement situé sur un fond moins éclairé, commence par dominer dans le ciel stellaire, mais il le cède bientôt à Vénus en grosseur apparente. Jupiter est près des étoiles des Gé« œeaux, et sur ses pas, xlans la constellation du Lion, arrive Saturne, qui, avec sa lumière plus terne, est encore comme une étoile de première grandeur. Avec le télescope, les phases de. Vénus, les satellites et les bandes nuageuses de Jupiter, l'anneau de Saturne sont des oh^ets très-curieUx et qui ne sont pas hors de la portée des petites lunettes ordinaires. Mais à l'œil nu et en rapportant les astres aux étoiles comme à des points iïxes, la lune et les planètes noud offrent une variété infinie de configurations de marches directes et rétrogrades qui sont inscrites dans les annuaires et qu'il est agréable et instructif de vérifier dans le ciel. L'astronomie oculairetélIequ*elle fut jusqu'en 1610, époque où.Gâlilée publia son fameux Courrier céleste^ Nuntius sidereus, a été pendant trente siècles l'objet de l'étude des astronomes et des poètes de l'antiquité et du moyen âge. Kepler a commencé par elle et ^ni par l'astronomie télescopique. J'ai déjà dit et redit quo^i les Grecs
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avaient eu Tidée de diriger sur les astres le fameux miroir du phare d'Alexandrie, ils auraient anticipé de quinze siècles les découvertes du grand Florentin. On me dira que ce miroir n'était pas un vrai télescope, qu'il n'avait sans doute pas de tuyau en bois et certainement pas de verres oculaires. Qu'importe? Avec un magnifique miroir travaillé par M. Foucault, ce miroir étant posé sur un fauteuil, sans tuyau, sans verres, nous avons vu, et avec les ô^eux yeux, la lune dans tous ses détails d'ombres, de vojcans, de terrains raboteux, de crêtes de montagnes et de plaines basses. Nous avons vu Jupiter avec ses quatre satellites et ses nuages, et enfin Saturne, son anneau et un ou deux de ses satellites. Je laisse aux politiques et aux philosophes à deviner l'influence qu'auraient eues de semblables découvertes sur le sort de l'humanité, et si les école» grecques, exclusivement métaphysiques et dialectiques, n'auraient pas mêlé un peu plus 4e science positive à leurs discijssions philosophiques. Est-ce que la vue des phases de Vénus et de Mercure, les neiges de Mars, les nuages et les lunes de Jupiter ne leur auraient pas crié que la terre n'était pas seule et qu'elle avait à compter dan^ ce monde- avec des planètes égales et même de beaucoup.supérieures à elle-même en importance matérielle? Avec les sciences physiques seraient venues la navigation, la géographie, 1»^ commerce, les industries manufacturières et l'empire de l'homme sur la nature, qui n'est pas moins beau et moins poétique que la do» mination des conquérants sur les nations. Cette belle pensée est d'pne femme, M*^ de Bury.
Les brillantes conslellations d'hiver, le Taureau et
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Orion, les Gémeaux, le Lion, ornent chaque soir le ciel de février. On cherchera la nébuleuse d'Orion et celle d'Andromède, et les étoiles doubles du Bélier, des Gémeaux, d'Andromède, des Chiens de chasse et de la queue de la Grande Ourse ; enfin on observera la coloratioa de certaines étoiles rouges, comme Toeil du Taureauy le cœur du Lion, et surtout la seconde en éclat de la Petite Ourse. Sirius, la plus belle étoile du ciel, paraît bleue dans Paris, mais c*est un effet de contraste provenant de Tillumination artificielle, dont toutes les lumières sont de teinte orangé-jaune^ ce qui fait paraître Sirius un peu bleu. Il en est de même des rayons de la lune quand ils sont reflétés par l'eau des rues, au milieu de la teinte des becs de gaz et dés mèches alimentées par rhuile.
Les lumières intellectuelles dQ notre siècle nous font aujourd'hui regarder avec mépris les prétendues influences planétaires de l'astrologie ancienne , qui cependant a beaucoup fait pour l'astronomie en portant l'homme à l'observation. Il était beau de lire dans les astres les événements futurs de la vie. Laplacefait observer trèssensément que l'astronomie est encore la science de l'avenir, et que ses prédictions s'étendent à plusieurs des siècles futurs. Mais ce ne sont que des prédictions d'éclipses, de , configurations planétaires, de perturbations légères dans notre système solaire, d'ailleurs fort solidement organisé. Si, suivant Pytbagore, la véritable essence de l'homme est la recherche et la connaissance de la vérité (alètheudin, véritiser\ l'astronomie doit être mise en première ligne ; mais la vérité astronomique est bien froide pour la généralité des âmes humai-
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nés, qui peut-être ne sont pas trop dopes en chérissant des illusions. Voltaire dit :
Le raisonner tristement s'accrédite.
Ah! croyez-moi, l'erreur a son mérite!
Je lis dans un petit article perdu d'une feuille quotidienne la mention en deux ou trois lignes d'une brochure de M. Borne ( sans doute Bomme, de Middelbourg) qui annonce ou réannonce pour le mois d'août prochain la comète de Charles-Quint. J'ai mis mes lecteurs très au courant de l'état de cette question. Là-dessus, comtne pour bien d'autres choses,
Hippocrate dit oui, mais Galien dit non.
M. Bomme, avec l'assentiment de M. Hind, autorité cométaire très-grande, a accordé à la comète un délai qui expire cette année. M. Hoëk, autre calculateur hoUan^ dais, en compulsant des observations inédites de cette comète, a beaucoup infirmé les espérances flatteuses admises par MM. Bomme et Hind. On me demande ce que je sais de nouveau sur ce sujet. Je réponds : Rien du tout. D'autres sont peut-être plus savants. En attendant, je dis avec Scarron, qui cherche une rime à perdre, .
Rime qui sait rimer en erdre.
Je le laisse à plus fin que moi !
Sur la question de la marcha des comètes, de la prétendue résistance qu'elles éprouvent en traversant Téther céleste, sur la forme de leurs noyaux et de leurs appendices, enfin sur l'étrange production de leurs che-
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velures et de leurs queues, M. Paye a récemment communiqué à rAcadémie des Sciences plusieurs Mémoires importants que j'essayerai d'analjseren temps convenable. Ce que je veux enregistrer aujourd'hui, c'est une loi de répulsion'qu'il a reconnue entre la matière excessivement divisée qui forme ces inexplicables queues et les rayons solaires qui viennent les frapper. Si ce ne sont pas les rayons de chaleur ou de |umière qui produisent cet effet répulsif, ce sont au moins des émanations ou radiations partant de l'astre central de notre système et agissant comme si elles produisaient un effet . tout contraire à l'attraction universelle de Newton. Cette action n'agirait pas comme la pesanteur, l'électricité, le magnétisme au travers des corps. Ce serait une action de surface. Ainsi la partie antérieure du corps frappé de ces radiations préserverait de leur influence la partie Opposée, ce qui expliquerait pourquoi cette action ne serait sensible que sur la matière très-di visée, car autrement les molécules trop rapprochées se feraient écran l'une à l'-autre, et se préserveraient mutuellement de l'action répulsive en question. Voilà un nouveau point de vue physique, et si nous n'ayons rien à craindre ou à espérer des comètes ici-bas, au moins pouvons-nous en apprendre beaucoup de choses avec M. Paye sur les lois physiques du monde, lois que Sénèque a si admirablement caractérisées quand il a dit que la puissance créatrice, en établissant sels lois, les a fixées une fois pour toutes, et qu'elle les maintient ensuite irrévocablement en obéissant elle-même à ses propres décrets.
Semel jttssit, semper parct*
Sur ce même sujet je puis invoquer le texte biblique : Dieu a dit, et H ne reviendra pas sur sa parole^
Dominus juravit et non pœnitebit eum.
Voici donc la répulsion qui dans le ciel fait son chemin comme Tattraction. Je dois dire que le docteur Thomas Young, Tauteur des interférences de la lumière et Le premier qui ait déchiffré quelques lettres des hiéroglyphes égyptiens, avait admis eiplicitemerit cette force répulsive dans les actions moléculaires dés corps solides et liquides, comme elle est indubitable dans les gaz ou fluides élastiques où elle domine presque exclusivement. Un physicien français, M. Boutigny (d'Ëvreux), dans une longue suite de travaux exécutés hors du cadre des Académies, est arrivé à des résultats aussi nombreux qu'importants sur cette force répulsive qui naît de k chaleur et qui se manifeste sous nos yeux par des phénomènes des plus frappants et des plus inattendus. Chauffez à blanc ou ménie seulement au rouge une boule d'argent ou de platine suspendue à un fil métallique et plongez-la dans l'eau. Cette boule tiendra le liquidée distance, sans trouble, sans agitation, sans production de vapeur, tant qu'elle gardera sa chaleur. Puis tout d'un coup, étant suffisamment refroidie, elle sera mouillée par l'eau et donnera naissance â une vive explosion au moment où le contact de l'eau sera devenu possible. Voilà peut-être la cause ou l'une des causes des explosions des chaudières à vapeur mal conduites. Percez un vase métallique d'un grand nombrfs^ de trous, de manière à en faire une sorte de crible à jours très-vôisins, où l'œil voie autant de vide que de plein. Ce crible,
chauffé au. rouge, tiendra Teau comme s*il était plein et sans trous. Etant refroidi, Teau le traverse comme une écumôire. Bien plus : dans une èapsule rouge de feu, un corps combustible, comme Test Vazotate d'animoniaque,' se fond et ne s'enflamme pas tant que la capsulé est incandescente. Est-ce tout? Non, car dans le vide pneumatique, où Tévaporation est si rapide, les liquides mis en cet état globulaire que M. Boutigni appelle Tétat sphéroïdal, ces liquides, dis-je, ne s'évaporent que très-lentement. En un mot, la force répulsive domine ici exclusivement, et c'est évidemment, comme le trouve astronomiquement M. Paye, une action de surface. Voilà donc un vaste champ ouvert à de nouvelles études sur de nouvelles lois physiques. Tel est ravis de M. Paye, comme le mien, sur des travaux que l'on ne peut trop encourager.
Conformément à ses Vues théoriques, M. Boutigny a souvent fait Fespèce de miracle qui consiste à prendre à- pleines mains, sans se brûler, de la fonte de fer liquide. Il n'aurait pas trempé impunément les mains dans de l'eau bouillante, qui est i5oo fois moins chaude.
Dans notre société éminemment utilitaire, où l'on répété ce que Pindare disait plus de cinq siècles avant notre ère :
Krètnata, khrèmat*, anèr. .
« Les richesses, les richesses, voilà rhomme ! •
en français, en anglais et en américain : Tant vaut la fortune y tant vaut V homme, on trouvera tout naturel que je passe aux applications de la théorie Boutigny
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pour la sûreté des machines à vapeur. Jusqu'ici on a enfermé dans d'immenses capacités ou réservoirs en fer d'énormes masses d'eau que l'on chauffe à oatrance .en les enveloppant de feu de tous côtés. Avec un pouvoir mécanique sans pareil, il en résulte, par compensation, d'épouvantables explosions que ni les. soupapes de sûreté ni les indicateurs de la force intérieure de la vapeur dans les chaudières ne peuvent faire prévoir ni prévenir- Bien plus, à Oberstein, où l'on travaille les agates, d'énormes meules de grès simplement frottées par les matières dures qu'elles servent à polir ou par lès instruments d'acier qu'elles servent à aiguiser, quoique plongées à moitié dans l'eau, se brisent parfois avec de formidables explosions , et leurs pièces, comine des boulets de canon, coupent en deux et écrasent les ouvriers qui sont dans le voisinage. On doit à M. Boutigny une chaudière où l'eau en petite quantité, alimentée par une injection continue, fonetionne sans danger et n'admet plus ces vastes amas d!eau intérieure qui, par un effet encore mystérieux, deviennent tout à coup comme des amas de poudre de guerre^ dont l'explosion anéantit et la chaudière et les bâtiments qui la contiennent en exterminant tous les travailleurs qui sont alentour. Au point de vue physique, économique et surtout philanthropique, est-il une étude qui doive être mise en comparaison avec l'étude de l'état sphéroïdal de M. Boutigny et aux essais à faire sur sa machine à vapeur? Gomme physicien, j'ai depuis plus de vingt ans suivi les travaux de M. Boutigny, et je n'ai rien trouvé de plus important au point de vue industriel et scientifique que son procédé pour produire et ménager sans danger la
vapeur, ce terrible et irrésistible agent, fils de l'eau et du feu, lesquels, jpints au fer qui les enveloppe, donnent à rhomme de notre siècle autant de supériorité sur rbomme des siècles passés que le feu de Promélhée en donna à l'bomme civilisé au-dessus de l'homme primitivement sauvage.
On pourrait s'étonner de ne pas voir ces générateurs inoffensifsi de vapeur substitués partout à nos dangereux producteurs de vapeur sans frein et qui à chaque in- ÉiàtkU sur terre comme sur mer, semblent vouloir faire repentir l'homme de l'empire qu'il veut usurper sur la nature en utilisant l'antagonisme bien connu du feu et de l'eau. Ce n'est pas le tout de dompter et de faire travailler pour soi un cheval, un taureau, un éléphant, il faut encore savoir les guider sans risque de la vie; admettons que le procédé de M. Boutigny sera le cornac de la vapeur.
Voici une question qui m'a été adressée cent fois, et notamment à l'Exposition de i855, où la machine de M. Boutigny, peu essayée, n'a obtenu qu'une médaille de second ordre: « Que pensez-vous des chaudières à injection continue de M. Boutigny? ^ Je pense qu'avant un quart de siècle il n'y ^en aura pas d'autres de tolé^rées. — Mais les actionnaires de l'industrie ne voudraient pas faire des frais d'essais coûteux pour substituer ce procédé aux procédés déjà en usage. — £h bien, sautez 1 — Mais c'est fort désagréable I — Sans doute moins que de faire la dépense de chambres inexplosibles. — Mais, Monsieur, vous êtes bien tranchant. — C'est que je suis bien convaincu, et j'ai harcelé M. Boutigny lui-même depuis huit ans aussi vivement que vous
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pour le rendre plus actif à propager son invention. Or, comme dit le proverbe :
L'àne du public est toujours le plus mal bâté. »
Encore un mot ^ur la machine à vapeur. Stephensôn trouve un mécanisme admirable pour faire travailler la vapeur. Mais il faut avoir de la vapeur. Nous avons vu les locomotives primitives mettre cinq ou six heures pour aller à Versailles et autant pour en revenir. Un Français, M. Seguin aîné, de l'Institut, trouve une chaudière qui au lieu de i!i à i5 kilogrammes de vapeur en produit dans le même temps cent soixante! D'un mauvais mulet de bât il fait miraculeusement un cheval de course aussi rapide que vigoureux. Les capitalistes de l'Eurppe avec les chemins de fer moissonnent les millions comme des épis grâce à cette découverte qui devient en outre l'agent le plus actif de la civilisation moderne. M. Arago porté à plusieurs reprises Je nom de M. Seguin à la tribune française. Que reste-t-il à faire? rendre cet agent inoffensif. Eh bien^ nous avons le procédé de M. Boutigny !
Je reçois plus que jamais des lettres fort engageantes qui me demandent des Études scientifiques plus fréquentes. Tous mes lecteurs étant gens d'un excellent ton*, je dois attribuer leurs compliments à leur courtoisie« Je trouve, au contraire, que j'écris beaucoup trop et qu*à mon àgç je pourrais bien radoter. Déjà cinq ou six petits volumes, édités par M. Mallet-Bachelier, me font frémir de mon bagage scientifique et littéraire. Je dis littéraire, car une de nos preijiières gloires acadé* ;raiques daignait, il y a quelques jours, me parler de mon
Style. Je lui répondis que c'était comme si le soleil félicitait une chandelle sur son éclat. J'aime mieux m'en tenir à cette boutade d'un auteur dont ma mémoire, non sans quelque ingratitude, a retenu les vers et oublié le nom :
ApolloQ, je suis rebuté, Je romps avec toi tout négoce ; J'aurais pu m'avoir un carrosse Du papier que tu m'as coûté.
(Février 1860.)
La grande marée du 9 mars I86O. — Bifférenoe entre la marée et le mascaret. — Caractère de la saison actuelle et rapports entre le vent et la pluie.
SuaTe mari mâgno^turbantibus aequora ventis E terra magnum alterlns spectare laborem.
Kan quiavexari quemquam est jucundavoluptas, Sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.
« Il est doux, lorsque sur la vaste mer les vents tourmentent la plaine liquide, de contempler du rivage la lutte pénible des autres contre •la tempête. Non pas qu'il y ait du plaisir à voir des gens en péril, mais parce qu'il est doux de sentir que les maux que vous avez sous les yeux , nepeuvent vous atteindre. «
L'abbé Delille, l'admiration de ma jeunesse el que malgré moi je sais encore par cœur, a très-bien rendu cette idée par ce vers :
L'homme se plait à voir les maux qu'il ne sent pas!
Lucrèce continue et dit qu'il est doux de voir se déployer dans la plaine le spectacle d'une grande bataille sans en partager les dangers, tua sine parte pericli;]^ ne ^uis pas de son avis, et je crois que pour une âme bien trempée il est infiniment plus émouvant d'être au milieu de la mêlée et qu'il est doux d'être en péril. Je refais donc ainsi la tirade du poëte romain : D est doux quand on commande une batterie d'artillerie, composée de quatre pièces de 6 et de deux obusiers de a4 ( premier Empire ), de voir les troupes avancées dominées par des forces supérieures se replier sur l'artillerie qui doit être au second rang et frapper de plus loin. H est doux d'être au milieu des tirailleurs et de voir les ca* nonniers atteints de près par les balles ennemies. Il c^t doux de voir des masses dé cavalerie se former à petite distance et menacer de venir sabrer les artilleurs sur leurs pièces. Il est doux de faire le commandement : Apportez de la miîrcfille! et faisant feu à demi-portée, de voir.se culbuter les uns sur Içs autres les chevaux atteints à coups pressés par les biscaïens tirés à ricochet! Rien n'est formidable comme une batterie en retraite qui, dès qu'elle s'arrête, envoie du fer à l'ennemi, sans avoir besoin de retourner ses pièces , comme on est obligé de le faire, quand soi-même on donne la chasse. Le péril que l'on partage excuse la curiosité observatrice. On voit les hommes tomber en tournant sur
ET MÉTÉOROLOGIE. 24l
eux-iDêmes ; on entend les blessés, saisis d'une exaltation passagère, encourager à la vaillance leurs camarades non atteints ; on entend les balles sonores baisser subitement de ton au Qioment où elles dépassent Toreille. Quant au boulet, vulgairement dit sur le champ de bataille le brutal, il ne fait à ma connaissance aucun bruit musical. Enfin // est doiia:, après une retraite qui a été meurtrière pour ceux à qui Ton cédait, de repren* dre Toffensive et de trouver la route de l'ennemi qui vous a fait reculer teinte de son sang et semée de ses morts et de ses mourants. Je dois dire, pour la gouverne de messieurs les peintres d'histoire, que tout homme ou tout cheval couché sur le champ de bataille est la source d'un petit lac de sang qui se forme à quelques pas de lui, et qui dépend de la quantité qu'en tient un homme ou un cheval .^ Cela rappelle l'exclamation de Macbeth traduit par Duçis : « Dieu 1 qu'il avait de sang 1 » Shak* speare dit plus naturellement : ^ Je n'aurais jamais cru qu'un homme si vieux pût avoir du sang en aussi grande quantité! » // est doux de tremper dans ce sangle ta* Ion de sa botte et d'en mouiller le bout dû crayon avec lequel on écrit froidement une note (que Ton relira avec émotion qnelques années plus tard) tout en criant à ses çanonniers : « Hardi, mes enfants 1 Chauffez-moi ça ferme! Du sang-froid et tirez bas! Les ennemis n'avancent plus et les tirailleurs reviennent et nous dépassent! Courage, mes amis, nous sommes les maîtres! Retournez les pièces à la prolonge! Ën'^vant! » Tout cela est doux, encore une fois, pourvu que l'on expose vaillamment soi-même sa personne aux balles et aux boulets !
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Les journaux quotidiens annoncent des trains de plaisir pour le Havre, Dieppe et Cherbourg à l'occasion de la marée de 117 degrés qui va avoir lieu et qui sera Tune des plus fortes de ce siècle. Mais, me dit-on, que signifient ces 117 degrés? La question pourrait être faite sans honte par des savants de profession, et bien des gens ayant prétention scientifique seraient embarrassés d'y répondre. Voici ce que c'est : Les 100 degrés marquent, d'après la notation de Laplace, le niveau des hautes mers moyennes d'équinoxe quand le soleil et la lune sont dans Téquateur et dans leur moyenne distance à la terre. Toutes les constructions de ports, de quais, de magasins, d'habitations, de clôtures ont dû être établies au-dessus de ce niveau pour éviter l'inondation lors des hautes marées. Â 1 17 oh est à 17 degré&r au-dessus de ces grandes marées, et l'inondatipn, sauf le dénivellement produit par le vent; doit être de 17 degrés pour le rivage et les quais. Or l'unité de hauteur, telle qu'on peut la voir dans V Annuaire da Bureau, des Jjongitudesy est au plus de 5 mètres pour 100 degrés, ce qui fait à peu près un demi-décimètre pour chaque degrés où bien pour les 17 degrés i mètre et deux tiers pour l'inondation dans les localités à élévation exceptionnelle, telles que Saint-Malo-et Granville. Pour le Havre, ce seraient les deux tiers d'un mètre au-dessus du niveau des grandes marées; pour Brest, un demimètfe environ et les troisquarts d'un mètre pour Dieppe. Le spectacle maritime ne sera donc digne d'observation que si la tettipéte vient se joindre à la marée ; mais alors toutes les pleines mers sont admirables quand, suivant le style mythologique, Eole déchaîne ses fureurs en môme
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tempe que N^une. Donc, comme curiosité, sauf Tauxiliaire obligé d'une belle et bonne tempête, la grande marée prochaine n'offrira rien d'extraordinaire aux trains de plaisir du 6 mars arrivant pour la marée du 9. Notez que ce sera cependant infiniment plus instructif et plus hygiénique que de passer une ou deux soirées au café ou au spectacle.
J'ai une vieille rancune contre ces grandes marées, car plusieurs amateurs, sur mes annonces du mascaret, sont allés à Dieppe ou au Havre et ont été surpris de n'y voir rien d'extraordinaire.
a Monsieur, me disait aigrement* wie/eu/i^ personne de quinze à soixante ans, votre mascaret a manqué à Cherbourg où je suis allée pour le voir ! — Madame, il n*y a de mascaret qu'en rivière, et vous ne deviez pas plus vous attendre à en trouver à Cherbourg que vous ne vous attendriez à voir jouer Phèdre ou le Cid si vous entriez au Vaudeville. — • Ah 1 »
Ainsi, c'est vers l'embouchure des fleuves et de certains fleuves comme la Seine, la Dôrdogne , le Gange, rindus, rAm.azone ; c'est dans la Saverne ou Severn, en Angleterre, et au mont Saint«Michel, en France, que le mascaret est beau et même redoutable. On cite cette anecdote pour le mascaret ou bore de la Saverne : Un amiral un peu outrecuidant veut traverser le fleuve au moment où Ton attend le flot. Il forée le batelier à le prendre à bord et à parla'. Le mhsotrei les accoste au milieu du trajet et tout le monde man(^ de périr. L'a* mirai effrayé demande au baleHer s'il ne se noie per* sonne dans cette traversée. it U m>t hst anjr My hère? (mot à mot ne se p0rd41 aucun corps ici?) •*-
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No bodjr, sir, (mot à mot pas un corps, monsieur j, car à la dernière grande marée mon frère s'est noyé et nous avons retrouvé son corps à la basse mer suivante. »
J'ai poursuivi pendant un quart de siècle le mascaret de la Seine pour en pénétrer la cause, qui est le retard qu'éprouve la vague primitive en arrivant dans une eau moins profonde, retard qui fait que les vagues subséquentes atteignent et dépassent les premières vapes et retombent en cascade destructive par-dessus ces premières. Maintenant que le public y a pris goût, je suis harcelé par le maudit mascaret. C'est ce qui me force à écrire ces ligne?, qui sans doute paraîtront une redite à bien des lecteurs. L'année dernière, une lettre de Rouen me fit savoir que c'était à Caudebec et un peu au-dessous que le mascaret faisait ses ravages. Le territoire de la petite ville de Villequier, à 20 lieues de rOcéan, était à moitié emporté par ce redoutable fléau. En effet, je fus témoin dans une des marées d'automne d'un violent assaut livré à la terre par le flot déracinant. Depuis cette époque on a essayé de protéger le littoral contre le mascaret, et M. Emmery^ ingénieur en chef des ponts et chaussées, a organisé des digues, en pierre dont je ne connais pas le résultat et qui pourraient bien être talayées ce mois-ci, comme cela n'est malfteureusement arrivé que trop souvent. C'est donc sur Yvetot et sur Caudebec et Villequier qu'il eût fallu organiser des trains de plaisir pour avoir quelque chance d'un bel effet de mer. C'est là qu'il faMt que les peintres et les photographes se dirigent. Voici ma réponse à une nuée de lettres sur le mascaret, qui est devenu pour moi un vrai cauchemar. Quand nos aïeux faisaient
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un pacte avec le diable, ils avaient beaucoup de peine à se mettre en relation avec le démon, mais ensuite ils avaient encore plus de peine à se débarrasser de son obsession ; ainsi, le mascaret que j'ai poursuivi si longtemps , me poursuit à son tour, sans que je puisse l'éviter.
Le mascaret, ou barre, ou pororoca, ou bore, ou flot, n'est pas une marée , c'est une cascade produite par le ' retard du flux arrivant, lequel ne monte pas graduellement Comme la marée le long des côtes. Ce n'est qu'à l'embouchure des fleuves ou sur les rivières à eau peu profonde, comme à Bombay et au mont SainlrMichel, que cet effet se produit. Le vent de mer, qui augmente la hauteur de la marée, diminue la force du mascaret, puisqu'il pousse l'eau devant lui et s'oppose au retard qui en produit l'accumulation et la cascade. Bien plus, le mascaret du 9 mars a des chances d'insuccès (style néologique ), car il y aura beaucoup d'eau dans la rivière entre Caudebec et Villequier, et la marée montante sera moins arrêtée qu'elle ne l'est dans l'automne où les eaux di^ fleuve sont basses. C'est donc au mois de septembre prochain, à la nouvelle lune, avec une marée de 1 16 degrés, que le spectacle sera probablement très-beau. A la vérité, il y aura i degré de moins de hauteur ( environ la longueur d'une des lignes de cet ouvrage), mais le retard sera bien plus grand dans les basses eaux et la cascade beaucoup plus prononcée. En automne dernier, ce ne sont pas les plus fortes marées qui ont été les plus destructives. Si je n'avais pas été pris à Timproviste par les réclamations du public pour ce présent article, j'aurais su de notre excellent ingénieur, M. Em-
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mery, où il en est de sa lutte avec l'Océan. J'ai dégà dit que le ministre des travaux publics lui a accordé 80,000 francs pour la protection de Villequier, dont le petit tenitoire était menacé d'une destruction complète.
Voici, sauf convenances individuelles, la route que devront suivre les amateurs du mascaret de la pleine lune prochaine qui veulent économiser le temps d'à* bord, la fatigue ensuite et enfin la dépense :
Partez le 8 mars au soir, à 6 heures, par le train qui va de Paris au Havre, vous serez, suivant le livre des chemins de fer, à 10*1" à Yvetot (où il n'y a plus de rois). Vous trouverez une auberge dans l'enceinte même de la station. Vous serez à 11 kilomètres de Gaudebec (où il n'y a plus de chapeaux), et le lendemain matin un bel omnibus à trois cjievaux vous mettra à destination avant l'arrivée de l'Océan. Le soir, nouveau mascaret au clair de lune. Le lendemain matin vous irez mascareter à Villequier, et le môme soir du 10 vous serez de retour à Paris.
Gomme on sera en pleine syzygie, je conseiUecai aux vrais amateurs d'aller voir, le 9 au soir, au clair de la pleine lune, l'arrivée du flot à Villequier. Ce sera un beau spectacle, si le trop-plein de la rivière et le vent de mer trop fort ne s'opposent pas à son développement en grand. Souvenez-vous de la chanson de Bérange* contre Albion :
Mais les destins et les flots sont changeants.
Les dernières années que nous avons passées ont été remarquablement calmes. Très-peu de vent et racore
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moins de pluie, malgré la girouette clouée à Touest. Tel était leur caractère principal, a Oh! oui, lfoiisieur,me disait alors un interlocuteur, Yousavee faieB raison, aujourd'hui on allume facilement un cigare en plein air; c'était presque imposable il y a trois ans. »
Nous voilà revenus au vent et à la pluie et même à la neige 4an8 un grand nombre de nos provinces de France. Ceci me rappelle la réponse naïve d'un Ecossais du nord-ouest, pays qui, comme Touest de l'Angleterre, reçoit des pluies continuelles et pareilles en quantité aux pluies temporaires des régions tropicales. Un touriste confiné depuis nombre de jours dans une chambre d'auberge s'adresse à l'hôtelier et lui dit : « Mais dans votre détestable pays vous avez donc tous les jours de la pluie? — PardonnoE-moi, monsieur, nous avons aussi assoK souvent de la neige! » Le touriste, désespéré, ne songea plus qu'à son retour.
La pluie et le vent sont liés entre eux comme Tetfet à la cause. Tout le monde convient que la précipitation de la vapeur contenue dans l'air provient d'un refroidissement, ei que toute cause produisant ce refroidissement déterminera une précipitation d'eau, c'est-à-dire de la pluie. Dans les hivers polaires, où les hommes sont ensevelis sous terre dans leurs yourtes (i) bien chauffées, toute bouffée d'air glacial arrivant du dehors produit un nuage, une pluie et souvent même d'abon-
(i) Voyez Virgile :
Ipsi in defossis specubus secura sub altà Otia a{runt tçrrà.
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dantis flocons de neige. C'est aussi ce qu'observèrent nos académiciens dans leur voyage au cercle polaire pour la mesure d'un degré du méridien. Or, pour produire un refroidissement de trois degrés centigrades, il suffit d'élever une masse d'air d'une hauteur de aoo mètres. C'est ce que fait le vent ou courant d'air, soit en poussant l'air le long des flancs des montagnes, soit en le faisant passer au-dessus d'une masse d'air en repos qui fait obstacle à son mouvement, je dirais presque qui fait montagne pour le courant arrivant. Par contre, le soir, par un temps calme, dans les environs de Paris, on voit baisser d'heure en heure les nuages soulevés par l'agitation que produit la chaleur solaire. En baissant, ces masses nuageuses se réchauffent par compression, et leur humidité reprend sa transparence. Le nuage se dissipe donc peu à peu. Parfois, dans les pays accidentés, on voit du sommet des pics élevés, quand l'atmosphère est tourmentée par de violentes bourrasques» on voit, dis-je, des nuages se former pour un temps trèscourt dans des portions d'air soulevées et dilatées. Ces portions d'atmosphère donnent aussi des pluies qui ne tombent pas jusqu'à terre, et même la neige qui s'y forme se remet en^ vapeur longtemps avant d'atteindre le sol. Souvent les aéronautes, après avoir percé de bas en haut les couches inférieures des nuages, ont trouvé aurdessus une épaisse couche de neige dont les flocons étaient sans doute maintenus à distance par leur état électrique, comme l'est la poussière des grandes routes dans le midi de la France, où elle ne tombe pas, même pendant la nuit. Au-dessus de ces neiges, l'espace, dépourvu de tout rayonnement calorifique de la terre.
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était à un état de froid épouvantable. C'est ce qu'ont observé en plein été MM. Barrai et Bixio dans leur curieux voyage aérostatique. Ainsi, le vent n'étant que Tair en mouvement, et tous les mouvements généraux devant nécessairement produire des soulèvements, quand une masse arrivante sera obligée de passer et de rouler audessus des masses fixes qui lui font obstacle, il y aura élévation, diminution de pression, dilatation et enfin refroidissement. Voilà la théorie de la production de la pluie et comment le vent, en déterminant des soulèvements, est, quoique secondairement, la cause la plus efficace de la pluie. La neige et les pluies locales de cette année, liées pour l'époque aux tempêtes et aux rafales qui ont signalé ces derniers mois, sont un exemple frappant de cette théorie.
Il est remarquable que les anciens, qui dans leur polythéisme avaient personnifié tous les phénomènes de la nature et notamment les fleuves, les fontaines, n'aient rien fait en faveur de la pluie, que cependant Homère qualifie de pluie venant de Jupiter : dios ombros. Voyez au contraire Eole avec ses quatre vents. Aquilon, Eurus, Notus et le Zéphire au souffle pernicieux qui domine tous les autres en énergie. Les Orientaux, dans leurs contes et apologues, nos aïeux dans leurs légendes, ont laissé la pluie tout à fait de côté. Voici sur Iç vent une légende empreinte d'un esprit satirique dont l'effet est un peu manqué aujourd'hui, où nous n'avons plus ces grands monastèresavec leurs chapitres et leurs immenses bâtiments qui opposaient un obstacle au mouvement de l'air et lui faisaient acquérir une vitesse et une force considérables. C'est ainsi qu'à l'angle si^d de l'église de
ïkSo ASTRONOMIE BT HBTÉOROLOGIE.
Saint*Sulpice et au gchû de la place et de la rue qui portent le même nom, le vent, même assez modéré au large, acquiert une rapidité telle, qu'il est assez difficile, et surtout aux femmes, d'en surmonter la violence. Si l'on contourne la tour à qudques pas plus loin, on ne ressent plus cet ^et singulier. Pour tous les courants fluides, soit d'air, soit d'eau, la loi d'égale dépense est la plus inflexible de toutes. Là où l'espace est resserré il faut nécessairement que le courant aille plus vite, sans quoi il y aurait arrêt et non permanence dans le régime du courant.
Je me hâte d'écrire ma courte légende, qui sans cela pourrait bien ne plus trouver de place.
Un jour le Vent et la Discorde voyagesôent de corn* pagnie avec convention de ne pas se quitter ; ils passent devant un splendide monastère aux vastes bâtiments : Âttends-moi, dit la Discorde au Vent, je vais entrer dans ce chapitre pour mettre uo peu ces moines en guerre les uns contre les autres. Le Vent promet à la Discorde de ne point partir avant qu'elle sorte du couvent. Or le Vent est encore là ! Concluez.
(Mars 1860.')