EN 1852 ET 48S
Quid dem, qiiid non dem?
Que dire . que taire?
IIonACE.
Autant il est agréable de répondre, dans un salon, aux questions que les gens du monde adressent à ceux qu'ils savent s'occuper des phénomènes du ciel, autant il est périlleux de traiter en astronomie un sujet déterminé quand il n'est indiqué ni par la curiosité du lecteur ni par l'à-propos de quelque nouvelle scientifique. Depuis que les influences de la lune, des éclipses, des planètes et des comètes ont été reléguées dans l'astrologie, et celle-ci elle-même reléguée dans l'immense magasin des vieilles erreurs que l'esprit humain a abandonnées en arrivant à l'âge mûr, les brillants phénomènes célestes ont beaucoup perdu de l'intérêt populaire qui s'y rattachait, quand on croyait y trouver des pronostics de médecine, de politique ou de religion. On ne s'occupe plus maintenant de Vâge de la lune dans les soins qu'on donne aux malades et dans les travaux de l'agriculture. Les comètes n'annoncent plus la mort des rois ; on ne tire plus l'horoscope des princes. Wallenstein , s'il eût vécu de nos jours , n'aurait point eu
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sa planète Jupiter. Enfin l'indifférence naturelle du public pour ce qui ne peut être ni objet de crainte ni sujet d espérance a mis d'étroites bornes à la curiosité active qui s enquérait autrefois des mouvements des astres, et rappelle l'expression singulière de l'astronome Delamb're, qui qualifiait d'inutiles les petites étoiles qui ne servaient pas à rectifier les instruments des observatoires, ou à déterminer d'une manière plus précise les mouvements du soleil, de la lune, des planètes et des comètes au travers du ciel étoilé.
Ainsi donc, à part les savants spéciaux et ceux qui sont voués aux arts pratiques qui se rapportent à l'astronomie, —comme la marine, la géographie, les voyages de découverte, la chronologie , la mesure des temps par toute sorte d'horloges, la détermination de la figure de la terre, — c'est toujours la pure curiosité, sans mélange d'intérêt matériel, qui fait que le public interroge un astronome, comme il interrogerait un voyageur qui arriverait d'un pays inconnu , mais avec lequel on ne pourrait aucunement présumer avoir un jour à lier des relations d'un ordre quelconque. Les taches du soleil , les montagnes de la lune, l'absence d'habitants sur cette vaste masse si près de nous, les phases de Mercure et de Vénus, les éclipses de soleil et de lune, les étoiles que cache la lune en passant entre elles et nous , les lunes nombreuses de Jupiter, de Saturne et d'Uranus, les nuages mobiles de Jupiter, les neiges que l'on voit s'amasser sur chaque pôle de la planète Mars, quand le soleil les abandonne, exactement comme sur la terre, les étoiles doubles qui tournent l'une à l'en tour de l'autre et nous donnent dans le ciel de véritables cadrans sécu-
l'astronomie en i852 et i853. 97 laires qui enregistrent les longues dates chronologiques comme nos calendriers le font pour nos années ; enfin toutes les perturbations que développe l'aclion mutuelle de tous les corps planétaires qui circulent autour du soleil, corps dont la terre fait partie, — tout cela et mille autres résultats intéressants de l'observation et du calcul tirent, je le répète, leur plus grand prix aux yeux du public de la circonstance fortuite qui appelle son attention sur telle ou telle partie de la science.
D'ailleurs l'astronomie , séparée de son utile et mensongère sœur l'astrologie , qui s'adressait aus imaginations et au sentiment de l'amour du merveilleux inné dans l'homme, n'offre rien de dramatique, rien d'imprévu , rien qui soit le résultat de la volonté , du choix , de la spontanéité, encore moins de la passion. Les comètes elles-mêmes , quoique leur apparition ne puisse être prévue, marchent avec une telle régularité, qu'après trois observations l'astronome fixe leur marche subséquente. Le soleil parcourt éternellement l'écliptique ; la lune ne sort jamais du zodiaque pour aller éclipser l'étoile polaire. Plusieurs siècles à l'avance , on peut prédire la direction où l'astronome , qui sera aussi loin de nous dans l'avenir que Jules César, l'auteur de notre année solaire, l'est dans le passé, devra pointer son télescope pour trouver une des planètes dont les éphémérides de notre Bureau des Lo/igitudes donnent annuel ■ lementla position aux marins, aux géographes, aux voyageurs, aux horlogers et aux astronomes eux-mêmes.
Cependant l'astronomie, réduite aux exigences sévères de la plus mathématique des sciences, n'est point abandonnée par les peuples que la civilisation met au premier
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rang pour la puissance comme pour le développement intellectuel. Les deux plus anciens observatoires du monde, celui de Paris et celui de Greenwich, près de Londres, ont été imités dans un grand nombre de nations. L'Allemagne, la Russie, l'Italie, et depuis peu les États-Unis d'Amérique , n'ont rien maintenant à envier à la France et à l'Angleterre. De plus , chez les deux peuples qui parlent la langue anglaise aux deux bords de l'Atlantique, et dont la population surpasse aujourd'hui 5o millions d'âmes, la distribution moins égale de la richesse parmi les particuliers, les grandes fortunes aristocratiques et commerciales, ont permis à plusieurs amateurs opulents d'élever de magnifiques instruments spéciaux dans des observatoires privés. Il suffira de citer le télescope presque fabuleux de lord Rosse en Irlande. Ce télescope a 6 pieds anglais d'ouverture et une longueur totale de près de 60 pieds; il est porté sur des murs de 72 pieds de long et 5o de hauteur ; il pèse i5ooo kilogrammes et a coûté 3ooooo francs à son noble constructeur. Qu'on se figure un moment l'œil d'un géant dont la prunelle aurait 6 pieds de diamètre! Les observatoires de Paris , de Poulkova près Saint-Pétersbourg et de Cambridge près Boston , aux États-Unis, possèdent en outre d'immenses lunettes de i4 pouces françaisde diamètre. L'année dernière, i852, a vu établir en Angleterre, chez un modeste ecclésiastique, une lunette dont les verres sont encore plus grands , mais dont les effels comparatifs ne sont pas encore bien appréciés.
Qu'a-t-on fait de tous ces moyens d'observation dans ces dernières années, notamment en i852?Coramensons par les étoiles.
l'astronomie en i852 et i853.
Il n'est personne qui ne sache que notre soleil fait partie d'une vaste agglomération de soleils semblables au nôtre , qui sont les étoiles innombrables dont le ciel serein nous semble parsemé ; mais ce que l'on sait beaucoup moins , c'est que cet amas prodigieux de soleils forme dans le ciel un ensemble limité , une sorte d'agglomération distincte dont l'imagination peut à peine se figurer l'étendue, quand on pense que le soleil le plus voisin du nôtre est au moins deux cent mille fois plus loin de nous que la terre ne l'est du soleil , et que cette dernière distance de la terre au soleil est au moins douze mille fois l'épaisseur de la terre. Tout cet ensemble de soleils , fondus à l'oeil par la distance , forme ce que l'œil aperçoit tout autour du ciel sous la forme d'une clarté pâle et blanchâtre et qu'on nomme la voie lactée. Il n'est point de chiffres, point de nombres qui puissent représenter la quantité de ces soleils accumulés, entassés les uns derrière les autres dans ce vaste système de soleils qui couvre pour nous une immense région du ciel. A mesure que les télescopes, en se perfectionnant, ont pénétré plus avant dans cette masse d'étoiles , on en a aperçu de nouvelles derrière celles que le télescope pouvait atteindre et distinguer. Faisons de cet ensemble, de cette voie lactée de soleils tous distincts, une île au milieu du ciel , suivant l'expression admirable de M. de Humboldt , et, malgré l'immensité des dimensions de cet amas d'étoiles, nous serons bien loin encore d'avoir peuplé, d'avoir rempli , d'avoir comblé les profondeurs de l'espace accessible à nos instruments. Eu
JOO L'ASTRONOMIE EN lB5l ET l853,
effet, l'ensemble des soleils dont le nôtre fait partie , — notre voie lactée , notre nébuleuse stellaire , — n'est pas le seul dans le monde. Avant le télescope de lord Rosse , ceux des deux Hejschel , père et fils , avaient sondé à fond les espaces célestes. Mais combien de voies lactées, d'îles de soleils isolées les astronomes ont-ils trouvées avec leurs admirables instruments et leur habileté encore plus extraordinaire? Sont-ce deux ou trois nébuleuses, comme Huyghens en voyait vers la fin du xvii" siècle, ou bien une centaine, comme Messier les cataloguait vers la fin du xviii^? Non, la dernière revue du ciel que vient de faire paraître M. John Herschel nous en enregistre plus de quatre mille ! Combien en verrait-on avec le télescope de lord Rosse?
Ainsi nous marchons d'infini en infini. Notre terre , comparée à l'homme, .semble infiniment grande; elle n'est cependant qu'un point , comparée à notre soleil et à la distance qui sépare deux soleils voisins. De ces soleils, il y en a une infinité tout à fait incalculable dans notre voie lactée , et si , par l'imagination comme par le télescope , nous espaçons les unes derrière les autres les voies lactées dans l'univers comme le sont les soleils indwiduels dans chacune des voies lactées individuelles, nous arrivons à des limites tellement distantes de nous, que l'imagination la plus ambitieuse sent plutôt le besoin de se replier vers notre coin du monde que de poursuivre encore plus loin ces amas de soleils entassés les uns sur les autres à perte de vue télescopique.
Ceci bien compris, voici les résultats des dernières années et même des derniers mois dans l'observation astronomique de ces amas distincts d'étoiles que l'on
l'astronomie en i852 et i853. ioi
désigne ordinairement sous le hom de nébuleuses, parce qu'ils ressemblent , comme les petites portions de la voie lactée ordinaire, à de petits nuages faiblement lumineux. Les télescopes et les lunettes de nos jours ont montré que toutes ces agglomérations nébuleuses n'étaient réellement que des amas d'étoiles qui se séparaient et se montraient distinctes sous la puissante inspection d'un instrument plus grand et plus parfait. Les limites du monde se sont ainsi trouvées reculées prodigieusement; car, suivant l'opinion qui voyait dans ces nébuleuses, non pas des entassements de soleils, mais bien une véritable matière continue disséminée dans l'espace, rien n'obligeait à reculer ces limites, comme l'exige l'idée de soleils distincts et d'amas de soleils distincts espacés les uns à côté des autres à partir du point d'où nous les observons. Ainsi , d'après les observations modernes , de l'homme à la terre un infini , de la terre au soleil un second infini , du soleil à l'amas de soleils qui constitue la voie lactée un troisième infini , enfin un quatrième infini de la voie lactée à l'ensemble de toutes les voies lactées qui peuplent le ciel. Voilà quatre infinis succesr sifs de grandeurs que nous franchissons à l'aide de nos instruments d'optique, et personne ne pensera sans doute que nous ayons atteint les bornes du monde matériel.
Passons de ces ensembles illimités à l'observation individuelle des étoiles : un autre étonnement nous attend dans cette localité, aussi restreinte que le champ des nébuleuses était vaste. Dans plusieurs cas, à côté d'une étoile brillante on distingue une seconde étoile moins brillante , et qui semble presque la toucher, avec
102 l'astronomie en i852 et i853.
des instruments de faible pouvoir. En observant ces étoiles doubles pendant plusieurs dizaines d'années, William Herschel le père constata que les deux étoiles tournaient l'une à l'entour de l'autre. Observées en plein ciel , tantôt la petite était au-dessus de la brillante , plus tard elle se voyait à côté , plus tard encore elle se voyait au-dessous. Il y a telle étoile double qui accomplit cette évolution en un tiers de siècle, telle autre en un demisiècle ; d'autres exigent pour leur période plusieurs centaines d'années. Quel embarras peuvent maintenant trouver les chronologistes à fixer des ères éternellement stables , puisque telle année oti telles étoiles doubles auront telle position relative entre elles ne pourra être confondue avec aucune autre année, dût-on prolonger le temps à dix mille, à cent mille années? Il suffit déjà, pour établir ces grandes périodes, de prendre les étoiles doubles à mouvement bien connu que contient le grand ouvrage dont M. Struve , le directeur de l'observatoire impérial de Poulkova , vient d'enrichir la science des étoiles , qui semble son domaine exclusif et privilégié par le mérite et par la renommée.
Nous ne nous étendrons pas sur ce qui a été fait dans cette branche de l'astronomie : pour ce qui regarde la scintillation des étoiles expliquée par M. Arago, d'après sa théorie et ses observations sur les étoiles variables ainsi que sur bien d'autres récentes découvertes d'astronomie stellaire , les savantes et claires Notices scientifiques insérées par l'illustre académicien àansVJnmiaire du Bureau des Longitudes n'ont laissé rien à dire. Dans ces Notices, on reconnaît l'expérience d'un observateur consommé aidé de la science d'un mathématicien de
l'astronomie en i852 et i853. io3 récole de Laplace et de connaissances complètes dans la science de la lumière, qui lui doit de son côté ses plus admirables progrès. Dans toutes les branches de la science des étoiles en un mot, l'année 1862 a continué partout l'activité des années précédentes.
En descendant des étoiles à notre soleil par un pas qui, comme nous l'avons déjà dit, n'est pas moindre que deux cent mille fois la distance de la terre au soleil , laquelle surpasse elle-même i5o millions de kilomètres, nous voilà dans la région des planètes entre lesquelles nous comptons notre terre. Les anciens, qui mettaient à tort le soleil et la lune au rang des planètes, en comptaient sept; nous en connaissons maintenant, ou pour mieux dire aujourd'hui , trente et une. Je dis aujourd'hui et au moment où j'écris (i), car, quoique la dernière découverte date du i5 décembre 1862, il est possible que cette année, féconde en planètes (elle nous en a révélé huit), nous en donne encore une avant le janvier i853. On peut grouper commodément ces trente et une planètes , en remarquant qu'à partir du soleil quatre planètes de grosseur moyenne, Mercure, Vénus, la terre, ou si l'on veut Cybèle, et Mars, circulent autour de cet astre central et dans son voisinage , tandis qu'aux limites du domaine du soleil quatre grosses planètes, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, se meuvent dans d'immenses orbites ; la dernière même est trente fois plus éloignée du soleil que ne l'est Cybèle. Entre ces deux groupes , c'est-à-dire entre Jupiter, le moins éloigné du soleil dans le groupe des grosses pla-
(i) 25 décembre i852.
104 l'astronomie en i852 et i853.
nètes, et Mars, la plus distante du soleil parmi les planètes moyennes voisines du soleil , sont venues se grouper vingt-trois petites planètes formant une sorte de volée de très-petites planètes peu distantes les unes des autres, et occupant l'espace qui sépare l'orbite de Mars de celle de Jupiter. Voici les noms et les dates de découverte de ces vingt-trois petits corps célestes, avec les noms des astronomes à qui nous les devons; on y voit que l'année i852 nous a donné huit de ces corps célestes :
Piazzi. .
Pallas
Olbers I
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Junon
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Vesta
Olbers II
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Astrée
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Driesen,
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Iris
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Londres.
Flore. . .
Hind II
Londres.
Graham . . ,
Marlcrpp rFrlflnfIp"\
Hygie
Gasparis I. . .
Naples.
Parthénope. .
Gasparis II, . .
Naples.
Hind III
Londres.
Gasparis III. .
Naples.
Hind IV
Londres.
Eunomia. . . .
Gasparis IV. .
Naples.
TT
Gasparis V. . .
Naples.
Luther
Dusseldorf.
Melpomène. .
Hind V
Londres.
Hind VI
Londres.
iS52.
Massalia. . . .
Chacornac. . .
Marseille.
Goldschmidt.
Paris.
Calliope. . . .
Hind VII. ...
Londres.
•p Thalie
Hind VIII....
Londres.
l'astronomie en i852 et i853. io5 On sera peut-être surpris du grand nombre de petites planètes que MM. Hind et Gasparis ont ajoutées et ajouteront sans doute encore au groupe placé entre Mars et Jupiter. Pour juger du mérite et de l'immensité du travail nécessaire pour découvrir des astres d'un si faible éclat, il nous suffira de dire que c'est en intercalant sur une carte d'étoiles déjà faite toutes les petites étoiles que le télescope peut atteindre , que l'on arrive , en y regardant bien soigneusement , à reconnaître que quelques-uns de ces points brillants ont changé de place et sont de véritables planètes dont on assigne ensuite la distance au soleil et le temps de la révolution. C'est en 1846 que M. Galle, à Berlin, sur les indications de M. Le Verrier, reconnut la planète Neptune. Tout le monde sait encore qu'Uranus fut trouvé en 1781 par William Herschel. Quant aux planètes visibles à l'œil nu , on est libre de faire remonter jusqu'à Adam la date de leur première observation.
Les astronomes, si heureusement récompensés de leurs travaux en i852 par la conquête de huit planètes, petites sœurs de notre terre , ne l'ont pas été moins dans la découverte de comètes télescopiques, c'est-àdire invisibles à nos yeux sans l'aide des instruments d'observatoire. Mais quel intérêt le public peut-il prendre aujourd'hui à l'un de ces mille petits nuages du chaos arrivant des profondeurs du ciel pour y retourner à jamais, incapables de servir ou de nuire, et si légers, que l'on peut dire à la lettre que , sous le rapport de leur ténuité , de leur peu de solidité , de leur peu de substance matérielle enfin, ces astres, — plus légers cent millefoisquel'air qui constitue le soufile des vents^
io6 l'astronomie en l'èHi ET i853.
— ces astres, disons-nous, sont sur l'extrême limite de l'existence? Il est difficile même de bien se figurer à quel point est diffuse la matière nuageuse dont ils sont formés. En empruntant aux anciens alchimistes l'expression par laquelle ils désignaient une certaine vapeur métallique très-légère, nous dirons que les comètes sont rien visible. Elles n'ont pour nous pas d'autre qualité, d'autre propriété physique que leur visibilité.
— Eh bien! alors, me disait un interlocuteur enchanté d'en finir avec les comètes, s'il en est ainsi, — Comète, que me veux-tu?
Je serais cependant fâché de diminuer l'importance scientifique réelle de ces astres , et surtout celle des quatre comètes à révolution fixe que nous connaissons déjà : savoir, celles qui portent les noms de Halley, de Encke, de Biéla, et de notre compatriote M. Faye. Ces comètes inutiles au put)lic ont vérifié la loi de Newton sur l'attraction, permis de sonder les cieux autour du soleil à de grandes distances, donné des lumières sur la constitution des espaces célestes, et enfin, suivant les idées timidement mais obstinément présentées par l'illustre inventeur des locomotives, M. Seguin, de l'Insti^ tut de France, elles nous promettent des notions sur cet amas de petits corps, de matière chaotique, suivant l'expression de Chladni , qui circule autour du soleil dans la région zodiacale concurremment avec les grosses planètes, et qui nous donne les météores appelés étoiles filantes d'une part, et de l'autre ces redoutables bolides ou globes solides qui s'engagent parfois dans notre atmosphère, s'y échauffent et y font explosion en canonnant la terre, sur toute leur direction, de leurs éclats pier-
L* ASTRONOMIE EN iSSî ET l853. 10^
reux. Ces pierres tombées du ciel, comme on les appelle ordinairement, ont plusieurs fois tué des hommes et incendié des habitations. — Pour prendre ces malfaisants visiteurs des espaces célestes sous un point de vue moins sérieux, espérons qu'avec le progrès des sciences et la diffusion des connaissances astronomiques, les romanciers et les auteurs dramatiques trouveront dans les bolides de nouveaux moyens de punir le crime triomphant et de relever la vertu appauvrie et souffrante. Une masse de fer comme celle que Pallas observa en Sibérie viendra des espaces célestes écraser le pervers opulent, et un lingot d'or non moins immense tombera dans la triste retraite du juste indigent.
L'année i852 a vu commencer la publication des beaux travaux ordonnés par l'empereur de Russie pour la détermination de la figure de la terre. Ces travaux sont dus à M. Struve. La géodésie, car c'est ainsi qu'on désigne la mesure de la terre et la détermination de sa figure, est vraiment une science française par l'initiative de notre nation. Ecoutons l'astronome royal d'Angleterre, M. Airy, homme aussi élevé moralement audessus des injustes vanités nationales reprochées à sa nation qu'il l'est scientifiquement par ses beaux travaux de théorie et d'observation. M. Airy s'exprime ainsi :
« On lit dans VHistoire de la Civilisation, par M. Guizot, que la France a été le plus grand pionnier de In science; que, généralement parlant, la civilisation est originaire de France. Je pense qu'en matière de science, il en est ainsi que l'affirme M.Guizot. Quand la question de la figure de la terr"e vint à être débattue, deux expéditions célèbres s'effectuèrent sous les auspices du gou-
io8 L'astronomie en i852 et i853.
verneraent français. Ce furent les deux premières grandes expéditions inscrites dans l'histoire du monde. L'une fut envoyée en Laponie, près du pôle ; l'autre le fut au Pérou, sous l'équateur, et jamais expéditions nese rendirent plusjustement célèbres que ces deux-là. » On était alors presque au milieu du xviii" siècle. Au commencement de celui-ci , les travaux faits en France ont continué la gloire nationale et illustré les noms de MM. Delambre, Méchain, Biot et Arago. L'Angleterre, dans son territoire restreint, a mesuré très-exactement sa portion de surface terrestre dans les deux sens , et notamment de l'est à l'ouest , par le beau travail de M. Airy, dont je viens de citer le nom ; mais, dans ses immenses possessions de l'Inde , l'Angleterre a fait mesurer un arc de même étendue que l'arc de France. Celui de Russie pose une de ses extrémités au cap Nord, et l'autre sur la mer Noire. Enfin les Etats-Unis, en ce moment même , mesurent la terre sur leur vaste territoire. Les travaux , confiés à la direction de M. Bâche, l'arrière -petit-fils de Franklin, sont dignes d'un peuple qui a tout un continent pour territoire, et dont la population , aujourd'hui presque égale à celle de la France, comptera en 1900 plus de cent vingt millions d'âmes. Dans la vie des peuples, 1800 c'était hier; 1900, ce sera demain !
Ainsi que le remarque Laplace, l'astronomie actuelle est la seule science en possession de prédire les événements futurs plusieurs siècles à l'avance. Il est bien entendu que ces prédictions n'ont pour objet que la
l'astronomie en i852 et i853. leg prescience des faits astronomiques , c'est-à-dire de la position des astres dont les mouvements enchaînés par les calculs théoriques sont infailliblement nécessaires , autant infaillibles, par exemple, que l'heure du lever et du coucher du soleil dans telle localité, à tel jour de l'année. Où sera le pôle dans trente siècles? Où sera le soleil? Où seront les planètes? Quel sera l'aspect des étoiles doubles? Quelle longueur auront les différentes saisons? Tout cela peut être prédit, et sous ce point de vue, la curiosité s'en rapporte volontiers à l'infaillibilité des mathématiques. Cherchons donc ce qui est moins certain. D'après l'activité scientifique universelle, essayons de préciser ce que nous pouvons espérer pour i853, 1 854 et phis tard.
La grande lunette de l'Observatoire de Paris , convenablement portée sur le pied parallactique voté par la chambre française, marquera une ère dans la science des astres, où, suivant Fontenelle, Part cl observer, qui n'est que le fondement de la science , est lui-même une très-grande science. Tous les problèmes sur lesquels les observateurs de Paris doivent interroger le ciel sont déjà prêts. Les observatoires de France, d'Allemagne, d'Italie , de Russie , de l'Inde , du cap de Bonne-Espérance, d'Angleterre, du Canada, les nombreux observatoires des Etats-Unis , tous les observatoires privés de l'Angleterre et de l'Amérique, ne resteront pas oisifs. Le nombre des petites planètes s'accroîtra sans doute jusqu'à trente, en descendant jusqu'aux points presque imperceptibles du ciel étoilé , observés avec des télescopes de plus en plus puissants. La théorie de la lune, dont les positions guident le navigateur et le voyageur
110 L'ASTRONOMIE EN l852 ET l853.
dans les déserts des océans et des pavs inconnus, sera perfectionnée, et, au lieu d'atteindre un demi-siècle de prévisions exactes, franchira un ou deux siècles d'intervalle. Les comètes dont le retour est attendu se montreront à l'appel des éphémérides mathématiquesd'autres seront découvertes , et on pourra raisonner su^ leur ensemble. Enfin la géographie astronomique, en Russie et en Amérique surtout, atteindra la précision qu'elle a depuis longtemps en France et depuis plusieurs années en Angleterre. De nouvelles lunes seront, comme dans ces dernières années, ajoutées à celles que l'on cormaissait déjà autour de Saturne, d'Uranus et de Neptune, et peut-être même autour de Jupiter et de Vénus. Les éclipses n'offriront pas, en i853, grand intérêt. Les observateurs qui, en juillet i85i , s'étaient trouvés réunis en Norw^ége et en Prusse pour l'éclipsé totale de soleil , se sont donné rendez-vous en Algérie pour celle de 1861. Enfin nous aurons la géographie de la lune , que les grands instruments permettent d'observer à peu près aussi bien que du sommet du Puy-de- Dôme on observe la Limagne d'Auvergne, ou bien les vallées du Roussillon du sommet du Canigou , ou enfin les vallées suisses du sommet des Alpes. Cette géographie de la lune , ou plutôt cette géologie, plaines par plaines , volcans par volcans et même rochers par rochers, nous dévoilera de curieuses lois de formations de terrains sur ce vaste globe désert où rien ne change, rien ne végète, où il n'y a ni pluies, ni neiges, ni vents, ni mers, ni rivières, encore moins aucune trace ou empreinte des travaux ou..de l'existence des êtres vivants, tandis que sur Mars, qui est quatre cents fois
l'astronomie en i852 et i853. m plus éloigné, et même sur Jupiter, bien plus éloigné encore, nous apercevons les effets de plusieurs des météores qui se développent sur une si grande échelle dans notre atmosphère. L'atmosphère elle-même semble totalement manquer à la lune. Lord Rosse nous promet une étude complète de la géologie de notre satellite , qui a déjà été Tobjet de plusieurs observations de M. William Bond, de l'observatoire de Cambridge, près Boston, pourvu, comme nous l'avons dit, d'une lunette égale à celle des observatoires de Paris et de Saint-Pétersbourg.
Mais, dira-t-on, voilà de la science d'observatoire qu'il faut acheter au prix de la construction d'instruments immenses , difficiles à se procurer et encore plus difficiles à manier et à utiliser dans le petit nombre d'heures où le ciel, parfaitement limpide et serein, permet de pousser les instruments à toute la puissance dont ils sont susceptibles ! En défalquant les nuits où la clarté de la lune gène les observations délicates autant que le jour gêne les observations ordinaires des étoiles, William Herschel, que l'on peut regarder comme l'incarnation du génie observateur, ne comptait pas en Angleterre plus de cent heures par an pour les observations parfaites ; nous n'en avons pas le double à Paris. Transporter les grands instruments astronomiques au sommet des Alpes, des Pyrénées, des chaînes de l'Himalaya dans l'Inde ou des Cordillières d'Amérique , c'est ce qui se fera , mais qui est encore moins accessible au public que la construction des observatoires. N'y a-t-il donc rien pour Y astronomie bourgeoise, pour ainsi dire, pour l'astronomie populaire, peu ambi-
'12 l'astronomie en i852 et i853.
tieuse, qui voudrait vérifier seulement les principaux phénomènes célestes, sauf à croire sur parole les obi>ervateurs que leur position professionnelle ou l'amour de la gloire porte à tenter ce qu'il y a de plus difficile dans cette difficile science d'observation? Nous nous sommes occupé , il y a plus de vingt ans, de celte question d'un mérite modeste en apparence, mais en réalité recommandable par le grand nombre de personnes auxquelles elle ouvre la contemplation des plus beaux phénomènes célestes. Sous notre direction, M. Soleil l'excellent opticien, après do persévérantes tentatives a construit une lunette ou télescope astronomique et terrestre tout à fait portatif et de la même force à peu pré? que les instruments avec lesquels, sur les places publiques de Pans, le public est admis, pour quelques centimes a l'observation des objets les plus curieux que chaque saison nous présente dans le ciel.
Je suppose donc un instrument de cette force, qui est à peu près celle des lunettes employées dans la télégraphie non électrique ou par les capitaines de marine^sur les vaisseaux bien approvisionnés; je le suppose, dis-je, en i853, entre les mains d'un amateur tout à fait inexpérimenté. 11 mettra d'abord le tuyau des oculaires terrestres, et il se donnera le plaisir très-vulgaire, mais toujours nouveau , de lire un livre à une dislance'd'une centaine de mètres ou l'heure sur un cadran beaucoup plus éloigné, de distinguer les arbres, les escarpements des montagnes ou les vaisseaux en mer, de jour et de nuit, avec une merveilleuse facilité; il discernera les détails microscopiques de la végétation et les mouvements des insectes . d'un bout à l'autre d'un jardin de
l'astronomie en i852 et i853. ii3 grandeur ordinaire; il verra enfin, par les ondulations de l'air , courir le vent sur les plaines et sur les collines, comme on le voit quand il fait ondoyer les épis d'une vaste moisson près de sa maturité. Déjà familier avec la vision télescopique, il substituera l'oculaire astronomique a l'oculaire terrestre, et , observant la lune avant son premier et après son dernier quartier, le soir ou le matin, il reconnaîtra les cavités arrondies de ses cratères volcaniques et les ombres que projettent les montagnes et les collines sur les plaines et sur le fond des abîmes des cratères. De jour en jour et presque d'heure en heure , l'aspect changera , comme changent les ombres terrestres, d'heure en heure, à mesure que le soleil s'élève ou s'abaisse. Tout cela se voit en tout temps. Voici pour i853 : dans la nuit du 28 au 29 mars prochain, la lune éclipsera la brillante étoile Bêta, du Scorpion ; l'étoile sera couverte par la lune vers minuit trois quarts. Une heure après , l'étoile reparaîtra à l'autre côté de la lune. Le même phénomène , avec la môme étoile, se reproduira deux lunaisons plus tard, savoir le 22 mai prochain , au moment de la pleine lune. L'éclipse commencera à huit heures trois quarts du soir, et durera jusque vers neuf heures trois quarts. Dans la même année , la planète Mars sera éclipsée par la lune le i" août, un peu avant six heures du matin; l'éclipsé durera plus d'une heure un quart. La facilité de pointer sur la lune rendra l'observation sûre; la planète disparaîtra du côté brillant de la lune, et reparaîtra à sept heures un quart du côté obscur de cet astre.
L'observateur, après avoir armé son oculaire d'un verre noir disposé tout exprès, verra en i853, comme
ii4 l'astronomie en i852 et i853.
en toute autre année , les taches noires du soleil , que rien ne nous peut faire prévoir jusqu'ici , mais qui manque rarement pendant plusieurs mois. En suivant la position de ces taches , il s'assurera que cet astre dominateur de notre système planétaire , et qui est quatorze cent mille fois plus gros que la terre, tourne sur lui-même en vingt-cinq ou vingt-six jours.
La planète Vénus n'offrira point cette année ces beaux croissants analogues à ceux de la lune , qui font la délectation des amateurs d'astronomie populaire, et qui servirent si bien à Galilée pour prouver , d'accord avec Copernic, que la terre n'est point le centre des mouvements des planètes. Ce ne sera que tardivement, le 28 décembre i853, qu'elle nous montrera son disque à demi illuminé et coupé en deux , comme la lune à son premier et à son dernier quartier. Ses beaux aspects en croissants, à cornes très-aiguës, ne se montreront qu'en i854.
Mercure , quoique plus petit et plus ditBcile à voir bien nettement, offrira des croissants très-aigus le 5 et le 16 avril i853, le i3 et 23 août, le i'' et le 11 décembre ; il aura l'aspect d'une lune âgée de trois à quatre jours. Il sera préférablè pour la netteté de la vision aussi bien que pour Vénus d'observer la planète avant la fm du crépuscule et quand le ciel est encore bien illuminé par le reflet atmosphérique des rayons solaires.
Mars n'offrira rien d'intéressant aux lunettes ordinaires.
Jupiter sera dans son plus grand éclat et dans sa plus grande proximité de la terre pendant le mois de juin, et à cette époque il sera en plein ciel à minuit.
l'astronomie en i852 et 1 853. ii5 Quoique cette année cette belle planète soit très-abaissée vers le sud, le télescope montrera très-bien les bandes obscures qui suivent son équateur, et que l'on assimile à l'aspect que doivent offrir les courants de nos vents alizés pour les observateurs de la terre situés dans les autres planètes. Notez que dans Jupiter, ou règne un printemps perpétuel , les courants atmosphériques doivent avoir une régularité qui ne peut appartenir aux courants aériens de notre terre , lesquels sont perpétuellement troublés par les changements des saisons. Je renvoie aux éphémérides astronomiques ceux qui voudraient être témoins d'une de ces éclipses des quatre lunes de Jupiter si curieuses par leur analogie avec nos éclipses de lune. Ces quatre lunes elles-mêmes, avec toutes leurs configurations de chaque côté de la planète principale, sont un objet du plus haut intérêt, même pour les personnes les plus indifférentes aux notions astronomiques. La Connaissance des temps pour i853, publiée par le Bureau des Longitudes de France, donne pour chaque jour la conBguration des quatre lunes de Jupiter des deux côtés de leur planète principale , et c'est toujours une surprise pour les personnes peu habituées à la précision astronomique de trouver dans le champ de la lunette l'aspect indiqué longtemps d'avance par le calcul — reproduit fidèlement dans le ciel .
Saturne et son anneau seront bien visibles au milieu de novembre x853. Un faible télescope peut à peine atteindre à la visibilité du plus brillant de ses huit satellites ou lunes. Saturne, en i853, sera très-haut dans notre ciel boréal et très-favorablement situé pour l'observation. Quant à Uranus , qui , dit-on , était connu des
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habitants d'Olahiti, qui l'observaient à l'œil nu avant qu'IIerschel le découvrît en Angleterre, il y a si peu de cas où son voisinage d'une étoile bien visible permette de l'observer commodément , qu'il serait superflu d'insister sur les moyens de le trouver, surtout quand on pense que le résultat de cette pénible recherche ne serait que la vue d'un point faiblement brillant tout semblable à une petite étoile.
Aucune des comètes à période connue ne revient en i853. La comète attendue en 1848 manque depuis lors au rendez-vous et fait conjecturer quelque perturbation extraordinaire ; mais cela n'a rien à fournir à l'astronomie populaire.
Depuis qu'en Amérique le télégraphe électrique a été employé à la détermination des longitudes, cet admirable appareil peut être considéré comme un véritable • instrument d'astronomie. Notre belle administration télégraphique française vient d'atteindre Marseille ces jours derniers, et dans le courant de i853 le réseau télégraphique de la France sera complété. Déjà, en septembre i85i , le télégraphe électrique sous-marin avait relié l'Angleterre à la France et l'observatoire de Paris à celui de Greenwich. Plus tard , l'occasion s'offrira peut-être de constater ici plusieurs des curieux résultats obtenus dans l'ancien et le nouveau continent par l'électricité de la pile de Vol ta. Je me bornerai à dire aujourd'hui que l'idée de faire traverser l'Atlantique tout entier à un câble électrique allant d'Europe aux États-Unis me semble d'une difficulté insurmontable , et que la seule voie pour relier télégraphiquement les deux mondes, c'est de passer par le détroit de
l'astronomie en i852 et i853. 117 Behring, qui, avec les îles qui le partagent en deux, n'offre pas plus de difficulté que la Manche pour là pose d'un câble électrique sous-marin.
Si les astres, en perdant toute influence sur les destinées des hommes , ont aux yeux du vulgaire perdu tout l'intérêt qui s'attachait à leurs mouvements et à leur position , nous trouvons cependant un cas où cette influence se manifeste sur notre globe ; il est bien entendu que c'est une influence physique et non une influence morale : je veux parler des marées. Tous les jours, sous l'influence de la lune et du soleil , les océans terrestres se soulèvent et s'abaissent deux fois. Deux fois p.ar jour, le rivage est envahi par le flux et ensuite abandonné par le reflux. Cette incessante énergie des astres moteurs , et cette perpétuelle obéissance des plaines liquides aux lois mécaniques de la nature , se traduisent par des mouvements tellement continus, que l'Océan semble animé ; mais c'est surtout sur les côtes de France que ces alternatives se déploient sur une grande échelle. Un phénomène encore plus curieux est celui dont nous avons donné ici même la description et l'explication : je veux parler de la barre ou mascaret de la Seine, c'est-à-dire de cet immense et formidable flot qui , aux époques des pleines lunes et des nouvelles lunes des équinoxes, envahit subitement le bassin de la Seine dans les parages de Quillebœuf, à l'embouchure du fleuve. Pour être témoin de ce grand mouvement des eaux, supposons en i853 un curieux partant de Paris pour Rouen , et de cette dernière ville arrivant en peu d'heures à Quillebœuf, par la voie de Pont-Audemer. Si c'est au 26 ou au 27 mars i853 , au 24 ou au 25 avril.
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au 3 ou au 4 octobre , ou bien enfin au 2 ou au 3 novembre, il contemplera le plus beau et le plus curieux de tous les phénomènes de l'Océan. Des grèves à perte de vue , sablonneuses et vaseuses , des rives basses , une rivière indigente d'eau , comparativement à son lit immense, seront, aune heure prévue, inscrite dans les éphémérides astronomiques, envahies avec fracas par une profonde plaine liquide poussée d'un mouvement irrésistible, au milieu du calme le plus complet, .et dans le silence des vents et des orages. Ce n'est pas savoir profiter des beautés de la nature que de ne point aller observer ces magiques coups de théâtre de l'Océan, quand ils sont si près de nous et d'un accès si facile.
Je terminerai en émettant le vœu que le goût et la pratique de l'astronomie deviennent assez populaires en France pour engager les amateurs à soulager autant que possible dans leurs travaux les astronomes de profession , écrasés par les observations et les calculs réguliers des grands observatoires. Pourquoi ne verrions^ nous pas chez nous, comme en Angleterre et aux États-Unis, des amateurs intelligents et dévoués établir dans des observatoires privés dés instruments spéciaux , pour suivre telle ou telle branche de cette belle science de la nature , dont le domaine embrasse l'immensité de l'univers? Le grand Herschel lui-même, qu'était-il par rapport à l'observatoire royal d'Angleterre, sinon un simple amateur? Et cependant qui jamais a fait plus que lui pour l'astronomie? A part toute bravade d'esprit national , la France , dans l'astronomie pomme ailleurs, peut-elle accepter une infériorité?
ASTRONOMIE DESCRIPTIVE
ASTRONOMIE DESCRIPTIVE
L'astronomie , ainsi que plusieurs des sciences d'observation qui sont susceptibles d'applications mathématiques, peut être étudiée ou exposée à trois degrés divers de difficulté. D'abord on peut faire connaître, ou pour ainsi dire raconter les résultats de cette belle science en exigeant du lecteur une confiance aveugle dans les calculs et les observations des savants. C'est proprement alors la science descriptive , qui enregistre toutes les conquêtes de l'esprit humain et connaît l'univers par ouï-dire. Suivant le précepte d'Horace , celui qui entreprend cette exposition difficile doit avoir principalement pour but la clarté du sujet qu'il veut développer, et abandonner les objets siœ lesquels il désespère de Jeter de l'éclat. Sous ce point de vue, les célèbres leçons de M. Arago et le Cosmos de M. de Humboldt sont des modèles parfaits. Une seconde manière bien plus sérieuse d'étudier l'astronomie exige l'emploi des formules mathématiques, en général assez simples, au moyen desquelles les astronomes praticiens enchaînent les observations pour en déduire les lois des mouvements célestes. Ici on peut vérifier soi-même, en partant des observations consignées dans les registres des grands établissements, toutes les déductions précédemment admises, et même tirer de ces observations i. 6
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les conséquences nouvelles qui auraient échappé à ceux qui les premiers ont eu ces registres à leur disposition. L'astronomie est tout entière dans cette union de calculs suffisamment élevés pour utiliser les données de l'expérience avec les observations portées par la sagacité, l'habileté et la persévérance des astronomes au plus haut point de précision qu'il soit donné à. l'homme d'atteindre.
Le troisième degré d'études astronomiques est pour ainsi dire tout à fait mathématique. Les Newton , les d'Alembert, les Lagrange, les Laplace sont partis des lois établies par la méthode précédente, et dans leurs calculs transcendants ils ont embrassé l'état passé, présent et futur du monde, pesé la stabilité de son organisation , reconnu les actions mutuelles de tous les corps célestes , déterminé leurs formes , et enfin prédit leur avenir, toujours vérifié jusqu'ici par l'observation directe. Quant aux brillants résultats de ses hautes spéculations par rapport au but que la puissance créatrice paraît avoir voulu atteindre dans le balancement de toutes les causes de perturbation qui agissent sans cesse dans notre système solaire, rien ne peut surpasser métaphysiquement , aussi bien que mathématiquement , ces chefsd'œuvre de l'esprit humain , aussi accessibles à l'intelligence de celui qui en lit l'exposition qu'ils étaient pour ainsi dire introuvables pour tout autre que le génie mathématique qui les a tirés des mystères de la nature.
A ce point de vue , les conquêtes de l'astronomie mathématique la plus transcendante rentrent dans le domaine de la science d'exposition pure et simple, que
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j'appellerai astronomie descriptive; celle-ci est la seule qui puisse être mise sous les yeux des gens du monde, et quand Ptolémée, à la fin d'une longue vie consacrée à la science des astres , grava dans le temple de Sérapis, à Canope, les principaux résultats de ses longues recherches, il énonça descriptii>eincnt les éléments du système du monde. Si, pour les esprits orgueilleux, la science perd de son prix en devenant accessible à tous par le sacrifice qu'elle fait de ses théories transcendantes, la considération d'utilité publique, actuellement si bien appréciée, doit encourager, ou, si l'on veut, excuser ceux qui visent à une exposition élémentaire des vérités scientifiques. Aux mécontents qui demandent l'impossible , c'est-à-dire d'étudier à fond , sans le secours des mathématiques, la science la plus mathématique de toutes, il faut dire comme Euclide au tyran de Syracuse : « Étudiez les théories comme elles sont , il n'y a point ici de chemin privilégié pour les rois ! »
Quelques assertions , quelques idées émises par nous dans l'article précédent (i) ont suscité des questions importantes à traiter, — et d'abord la coopération des amateurs d'astronomie aux progrès de la science. Plus tard peut-être nous traiterons avec détail ce sujet si fécond en belles conséquences. Contentons-nous ici de quelques indications rapides. Voici donc les observations qu'on peut recommander à la curiosité des amateurs ; — vé-
(i) l'âge ii3. — La première occultation de Tétoile du Scorpion , que nous annoncions dans cet article, a eu lieu dans la nuit du 28 au 29 mars, de 12'' 44*" S 5°'" ^oir, temps de Paris,
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rifier à l'œil nu le nombre des étoiles visibles et leur éclat relatif, — bien établir la couleur de celles qui ne sont pas blanches, — observer les étoiles variables d'éclat et leur période de variation , — découvrir de nouvelles étoiles variables par des comparaisons suivies, — faire les mêmes observations avec une petite lorgnette d'opéra grossissant deux ou trois fois, — faire la même revue avec une bonne lunette de voyage comme celle que nous avons décrite dans un premier article sur \astronomie, — observer la scintillation d'après la théorie de M. Arago dans les diverses circonstances atmosphériques, — voir l'influence de l'illumination du eiel , — trouver les comètes dans les localités où le ciel est très-pur, en passant en revue avec un chercheur tout le ciel occidental le soir, et le ciel oriental le matin , — compter et observer les étoiles filantes pour déterminer les variations horaires de leur nombre , — noter l'apparition des aurores boréales et leur effet sur l'aiguille aimantée, — suivre les apparitions de la lumière zodiacale au printemps et à l'automne, et son étendue dans le ciel , — même chose pour la voie lactée afin d'avoir la mesure de la transparence de l'atmosphère, — observer et photographier les taches du soleil et les divers accidents de sa surface , — comparer entre elles avec précision les diverses étoiles, quant à leur éclat, au moyen des procédés exacts de M. Arago , — en supposant l'observateur en possession d'une lunette suffisamment forte , faire la géographie de la lune , — observer les taches , les phases et les particularités physiques des planètes, — étudier en détail diverses parties de la voie lactée, et compter les étoiles aans chaque espace
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qu'embrasse le champ delà lunette pour connaître leur distribution jusqu'à un certain ordre de grandeur, — voir passer les ombres des satellites sur les planètes et en tirer des résultats divers, — suivre le mouvement des taches de ces planètes et la chute des neiges aux deux pôles de Mars, — observer les curieuses variations de l'anneau de Saturne, — veillera la réapparition des comètes périodiques (celle de Brorsen a passé sans être aperçue, en i85i , et a été ajournée à 1857); — en général , suivre toutes les observations qui n'entrent pas dans le plan régulier des travaux des grands observatoires, surtout si l'on peut porter des lunettes à de grandes hauteurs où l'atmosphère opposerait moins d'obstacles à la vision parfaite des corps célestes.
Enfin, si l'on suppose un amateur en possession d'un seul bel instrument spécial , comme cela a lieu dans les observatoires privés d'Angleterre , il pourra pousser plus loin qu'aucun autre astronome la partie de la science pour laquelle il aura installé son instrument spécial; mais le prix toujours très-élevé d'un pareil instrument, et surtout le zèle et la persévérance qu'il faut avoir pour l'utiliser, ne permettent pas d'espérer que le nombre des travailleurs bénévoles soit de longtemps au niveau des besoins de la science. Là cependant est une perspective certaine de gloire pour l'amateur habile, d'utilité pour la science et d'honneur pour notre pays.
Passons à une réclamiation en faveur des comètes qui a été faite à l'occasion de ce qui a été dit sur le peu d'inQuence physique des comètes sur la terre. Ou nous accuse d'avoir trop déprécié ces astres curieux. Réparation d'honneur, pourvu qu'il soit bien constaté qu'ils
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ne peuvent exercer aucune action ici-bas, et que la terre, dùt-elle traverser une comète tout au travers , ne s'en apercevrait pas plus que si elle traversait un nuage qui serait cent mille millions de fois plus léger que notre atmosphère , et qui ne pourrait pas plus se faire jour au travers de notre air que le souffle d'un soufflet ordinaire ne pourrait traverser une enclume.
Certainement, lorsque Newton appliqua les lois de l'attraction aux comètes , lorsque lui et Halley trouvèrent la forme de l'orbite de ces corps, ce fut une belle vérification de la plus grande découverte de l'esprit humain ;— lorsque , en i838 et en 1848, la comète de Encke nous donna la mesure de Mercure, dont la masse était inconnue jusque-là, ce fut un beau résultat scientifique; mais le monde non astronomique s'en émut-il? En i835 , la belle comète de Halley, qui revient tous les soixante-seize ans, fit-elle grande sensation? Évidemment non. On ne pouvait engager les gens du monde à sacrifier, sur le pont des Arts, quelques minutes pour regarder ce bel astre suspendu au-dessus de l'occident , astre dont ils savaient le retour prédit par les calculateurs , dont ils n'attendaient lîi bien ni mal , et qui ne parlait pas même à l'instinct naturel de curiosité inhérent à tous les esprits. Mais remontons la chaîne historique des vingt-cinq apparitions de cette comète, depuis i835 jusqu'à l'an i3 avant notre ère, en suivant les auteurs européens et les observateurs chinois qui nous ont transmis de si précieux documents. Ces réapparitions , constatées par Halley, M. Laugier et M. Hind , font pour nous un beau tableau scientifique ; mais que signifiait pour les contemporains l'apparition de cette
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même comète en i456? (Je cite exprès les paroles do U. Hind et non celles de Laplace, dont on a contesté la précision rigoureuse.) « Cette comète fut vue en juin, et elle est décrite par les historiens de l'époque comme immense , terrible, d'une étendue démesurée, traînant à sa suite une queue qui couvrait deux signes célestes, c'est-à-dire soixante degrés; elle fut regardée avec la même terreur par les Turcs sous les ordres de Mahomet It et par l'armée chrétienne, les uns et les autres considérant la comète comme un présage de défaite et un signe de la colère céleste. »
Remontons à l'apparition de la même comète en 1066. Tout le monde sait que c'est l'année de la conquête de l'Angleterre par les Normands, et c'est de cette année que la dynastie actuoMe date son avènement à la mvauté d'Angleterre. Le fan eux duc de Normandie, Guillaume le Conquérant [T'FbUaiu the Conqueror lilucé entête de tous les almanachs anglais), avait rassemblé des hommes d'armes français et flamands , lesquels étaient d'acier pour entamer les Anglais, qui étaient de fer; mais un de ses plus puissants auxiliaires, ce fut la comète qui porte maintenant le nom de Halley. Elle fut considérée en Angleterre comme le pronostic de la victoire des Normands , et inspira une terreur universelle qui contribua à la soumission du pays après la bataille d'Hastings, comme elle avait servi à décourager les Anglais avant la bataille. La comète est représentée sur la fameuse tapisserie de Bayeux , ouvrage de la reine Mathilde, femme du conquérant. Voilà des occasions où les préjugés donnaient une véritable importance aux comètes. Toutefois, après la brillante comète de 181 1,
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qui inspira encore au peuple quelques craintes superstitieuses les comètes, autrement que pour les savants sont tombées dans le pire discrédit, l'indifférence
Je saisis l'occasion de rectifier une assertion qui , je le crams, n'aura pas troublé beaucoup le calme d'âme des lecteurs de ces articles. J'ai dit que la grande comète qui met à peu près trois cents ans dans sa course qui avait paru la dernière fois en i556, et qui démit reparaître en 1848, manquait depuis lors au rendezvous. On peut se tranquilliser. Nous aurons la comète mais en temps convenable. D'abord établissons qu'il ne s'agit pas d'une de ces petites comètes visibles seulement au télescope, dont la première moitié de ce siècle nous a déjà donné quatre-vingts et les dix dernières années seules trente-huit. « Combien pensez-vous qu'il y ait de comètes dans le ciel? » demandait-on à Kepler. Il répondit : « Autant que de poissons dans la mer ; » sicut pisces in oceano. La comète de i556 et de 1264 est une des plus grandes dont les historiens européens et chinois fassent mention. Elle a été vue en 975, en 683, en l'an 104, et toujours avec un éclat extraordinaire. Reconnue comme périodique par Dun- Ihorne , calculée par lui et par Pingré , elle était annoncée partout comme devant reparaître en 1848. Je substitue à mes inquiétudes sur la perte de cette belle comète les inquiétudes de sir John Herschel , qui ont bien une autre autorité. Voici comment il s'exprime dans son admirable ouvrage anglais intitulé Esquisses d'Astronomie [Outlines of Astronomj) , dont la préface est datée de 1849 : « Une autre grande comète dont le retour dans l'année 1848 a été considéré comme haute-
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ment probable par plusieurs éminentes autorités dans le département de l'astronomie est celle de i556, qui, par la terreur qu'inspirait son aspect, détermina, suivant quelques historiens, l'abdication de l'empereur Charles-Quint... Quoique , au moment où ces lignes sont écrites , une telle comète n'ait point encore été observée, il faut attendre au moins qu'une seconde année s'écoule avant de prononcer que le retour de cette comète est une chose désespérée. »
Cependant 1849, i85o, i85i et 1 852 s'étaient écoulés, et la comète, cette grande comète , ne reparaissait pas! En voici enfin des nouvelles que je prends dans l'excellent traité de M. Hind que je viens de recevoir : nous les devons à un savant calculateur de Middelbourg , dans la Zélande , M. Bomme, qui semble avoir résolu la question dans toute sa rigueur. Inquiet comme tous les astronomes de la non-arrivée de la comète, M. Bomme a repris tous les calculs et évalué toutes les actions de toutes les planètes sur cette comète de 3oo ans de révolution. Mois par mois, semaine par semaine, et jour par jour quand cela était nécessaire , M. Bomme , aidé du travail préparatoire de M. Hind, avec une patience tout à fait hollandaise, et surtout avec une de ces passions froides que l'on dit les plus énergiques de toutes, a calculé , au prix d'une vaste dépense de temps et de travail, toute la marche de la comète. Le résultat, complètement rassurant , de ce beau travail donne l'arrivée de cet astre en août i858, avec une incertitude de deux ans en plus ou en moins, en sorte que de i856à 1860 nous aurons la grande comète qui a fait mourir le ■/ape Urbain IV en 1264 et/a/f abdiquer Charles-Quint
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en 1 556 ! A part toute idée relative aux progrès de l'esprit humain , quelle admirable science que celle des astres, et quels nobles travaux que ceux dont le travail de M. Bomme est un type ! « Si l'astronomie , a dit avec raison M. Arago, assigne inévitablement à l'homme une place imperceptible dans le monde matériel , elle lui décerne, d'autre part , une place immense dans le monde des idées (i). »
Quoique mon dessein ne soit pas de sortir des limites de la science proprement dite, je ne puis m'empêcher de remarquer combien , au point de vue de nos idées actuelles , nous jugeons mal les événements qui se sont produits sous l'influence d'autres opinions tout à fait opposées. On s'excuse maintenant de prêter aux hommes des anciens temps des croyances dont la futilité fait rougir notre siècle plus éclairé. On a voulu faire du pape Calixte III, qui en i ^56 conjura la comète et les Turcs, un profond politique qui mettait en œuvre les moyens qu'il avait à sa disposition pour arrêter devant Belgrade les progrès du conquérant de Constantinople. Nous n'avons aucun motif de ne pas admettre la sincère persuasion de ce pape au sujet des pernicieuses influences des comètes dont personne ne doutait alors, pas plus qu'on n'en doutait, même un siècle plus tard, du temps de Charles-Quint. Devant Belgrade , dans la sanglante mêlée de vingt-quatre heures prolongée pendant deux jours, et qui coûta quarante mille hommes à Mahomet II, des moines désarmés, le crucifix à la main, bravaient le danger pour encourager les combattants
(iy Annuaire du Bureau des Longitudes pour i853, p. 388.
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chrétiens, en répétant à haute voix l'exorcisme et l'anathème lancés par le pape sur la comète et sur les musulmans. C'est à la même époque , pour la même cause et par le même pape frappé de terreur [territijs Calixtus papa), que fut établi l'usage encore subsistant de sonner les cloches au milieu du jour pour la prière dite Angélus de midi. Il n'y avait pour les comètes pas plus de sceptiques parmi les chefs de nations que parmi les plus humbles hommes dans tous les peuples de cette époque.
Et de même un siècle plus tard , en 1 556 , Charles- Quint ne douta nullement que la grande comète que nous attendons maintenant de i856 à 1860, et qui était une comète de premier ordre , n'adressât ses menaces à celui qui tenait le premier rang parmi les souverains. Foilà donc, dit-il dans un vers latin , mes destinées qui m'appellent par ces présages!
His ergo indiciis me mea fata vocant.
Il cessa d'être souverain, pour éviter ainsi la fatalité qui s'adressait à une tête couronnée et qui devait ou poumît épargner un homme sans autorité. C'est donc à tort que Kepler l'accuse de s'être trompé sur les pronostics de cette comète , parce qu'il y survécut plus de deux ans : son abdication fut la suite du préjugé alors universel. « Voilà bientôt deux ans que votre père a abdiqué, disait-on à Philippe II, son fils, — Voilà bientôt deux ans qu'il s'en repent », répondit-il. Il n'y a pas à douter que la comète ne l'ait fait descendre du trône.
Ce sont les théories astronomiques de Newton , do
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Halley et de leurs successeurs qui ont véritablement détruit l'empire imaginaire des comètes. Elles nous ont montré ces astres assujettis à des mouvements réguliers, calculables d'avance , et aussi infaillibles que le lever et le coucher du soleil. Ces théories ont fait ce que n'avaient pu faire tous les raisonnements des philosophes, des moralistes et des théologiens. Sénèque , avec les pythagoriciens, admettait comme nous que les mouvements des comètes n'avaient rien de fortuit. La postérité, dit-il, s'étonnera que nous ayons méconnu des vérités si palpables ! Belles paroles qui , pendant seize siècles , ne furent point entendues ! En fait de superstitions cométaires, nous sommes la postérité, non point du siècle de Sénèque , mais seulement du siècle qui a précédé Newton.
J'aurais bien des choses à ajouter, si je voulais suivre toutes les questions et les demandes qui m'ont été adressées de vive voix ou par écrit; mais ce n'est pas la dernière fois que j'aurai à m'occuper ici d'astronomie et de géographie physique. Voici un fait qui n'est pas moins étoxmant, quoique reproduit tous les jours; il répondra à une question sur le télégraphe électrique dont j'ai dit un mot dans un article précédent. Avanthier un de mes amis entre au bureau de la poste télégraphique. Il écrit à Marseille; il reçoit une réponse. // était resté dix-sept minutes dans le bureau de poste ! Voilà la science usuelle en i853.