‹ Études et lectures sur les sciences d'observation et leurs applications pratiquesChapitre 9 sur 10 · STÉRÉOSCOPE ET VISION BINOCULAIUE · texte numérisé non relu

STÉRÉOSCOPE ET VISION BINOCULAIUE

de la sensation , pas plus qu'on ne résiste à l'entraînement des représentations théâtrales malgré les invraisemblances de la scène, des décorations, de l'illumination, de la pose des acteurs parlant au public , et enfin de la présence des spectateurs eux-mêmes.

Mais c'est surtout pour les peintures qui se voient de très-près, comme les épreuves daguerréotypes et les miniatures, que l'usage des deux yeux est fatal. Ces représentations planes d'objets en relief semblent vous dire elle-mêmes : fermez un œil , et il n'est point d'amateur montrant une collection de ces admirables chefsd'œuvre qui n'invite son hôte à rehausser ainsi le mérite des plus belles miniatures. Une autre règle que l'on peut, je crois, admettre pour donner du naturel aux objets d'art , c'est de ne point rester fixément à la même place. Les mouvements même très-petits que se donne le spectateur sauvent une grande partie des invraisemblances physiques de l'art en ôtant à l'organe la possibilité de s'appesantir et de se fixer sur ce qui fait la différence entre la toile et le relief.

Pour revenir plus spécialement au stéréoscope, nous dirons que l'étonnant succès , la popularité de ce bel instrument, se sont produits d'eux-mêmes, etsans le patronage tout-puissant et presque toujours indispensable de la presse scientifique et de la presse périodique. Il en a été de même pour le télégraphe électrique, et jusqu'à un certain point pour le daguerréotype, les locomotives, les agents médicaux qui suppriment la douleur , l'électrotypie ou sculpture électrique, et tant d'autres inventions capitales, l'honneur exclusif de notre siècle. Le stéréoscope est recherché, parce qu'indépendamment de

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ses applications utiles il produit de beaux effets, des effets vraiment artistiques , et que , pour passionner les nommes, plutôt que de répondre à la question : Â quoi bon? il vaut mieux pouvoir répondre à la question : En quoi beau?

Une question m'a souvent été faite dans ces réunions si admirables de la société parisienne , où tant de bons esprits, peut-être un peu indolents, excités par l'instinct puissant de la sociabilité, apportent. le tribut de leurs idées , et qui autrement , suivant l'expression de l'abbé Dubos, s'en iraient sans déballer^ réunions dans lesquelles l'homme spécial que l'on interroge peut dire sans honte : Je ne sais pas, ou dire sans pédantisrae ce qu'il sait, où enfin l'homme du monde peut poser sans inconvénient pour lui les problèmes les plus insolubles, ceux du moins qui l'ont été depuis quarante siècles pour le genre humain. Pourquoi, me demande-t-on, la fin du dernier siècle et la première moitié de celui-ci ont-elles vu tant d'inventions physiques si neuves , si belles , si utiles, si merveilleuses , tandis que les progrès des arts d'imagination ou même ceux des sciences métaphysiques ou philosophiques n'ont point été aussi éclatants? Et là -dessus même plusieurs de ceux qui se servent le plus des chemins de fer, du télégraphe électrique et de l'éthérisalion crient hautement à V utilitarisme ! c'est-à-dire à une trop grande prépondérance des intérêts matériels. J'admets plus que personne que l'homme ne doit pas vivre seulement de pain, qu'il a une âme et une imagination comme il a un corps, et que la puissance dominante est en définitive la puissance morale de la pensée bien plus que la puissance mécanique des agents soumis

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