LE JUBILÉ DE LA I^EINE S8S
Play, de la manière la plus inattendue, nous sommes affranchis des faux do{jmes de I IHi). Nous en reconnaissons l'erreur profonde, le caractère de régression mentale et, pour tout dire, de niaiserie. Nous pouvons nous rendre compte du recul que la plus inintellifjcnte des Hévolutions nous a fait subir. Notre voie est donc bien tracée. Ce que les Anrjlais possèdent et qui les rend si vivants, ce n'est pas leur système représentatif et leur parlement, comme continuent de le penser certaines personnes que rexpériencc de notre lamentable essai de République j)arlementaire auraient dû éclairer, c'est qu'il y a derrière ce parlement anglais des réalités qu'il représente en effet; et ces réalités, nous les avons, nous autres Français, ou pouvons les avoir encore. Dénombrons-les. — Les Anglais ont une famille royale associée à beaucoup de passé. Nous en avons une. — Ils ont une noblesse appuvéc pour une partie sur l'histoire, pour une partie sur la possession de la terre, pour une partie encore sur de grandes situations de fortune, pour une partie enHn sur l'accession du talent. Cette noblesse, nous en avons les éléments. Nous |)roduisons de l'aristocratie liistoritjue, de l aristocratie terrienne, de l'aristocratie de finance et de l'aristocratie de talent. In peuple a beau être comme le nôtre, la victime des pires aberrations politiques, la nature, plus forte que l'utopie, lui impose ses lois, et la nation la plus hypnotisée par la chimère égalitairc ne vit rjue de ses supériorités. Il n'y a qu elles cpii fassent la besogne à faire. Seulement les supériorités qui apparaissent en France, nous ne les fixons pas. Nous leur maintenons un caractère viager et personnel, quand il faudrait leur en donner un durable et familial. Dès aujourd'hui, nous pouvons entrevoir (jirnne restauration inonarchi(|UC devrait exécuter son œuvre réparatrice en essayant de fixer ces supériorités et de créer ainsi une aristocratie vraiment nationale et renouvelable. Les moyens sont nombreux. Lu liberté de tester en est un, la constitution dvi* majorati^ terriens en est un autre l ne chambre haute héréditaire cl recrutée dans toutes les classes en est un troi>ième —
Les Anglais ont une église nationale, nous en avons une et dont les fortes vertus ont résisté à l'abominable régime du Concordat. Quelle vigueur elle reprendra le jour où elle pourra s'administrer et posséder librement! — Les Anglais ont une vigoureuse vie locale et provinciale. Il dépend de nous de réduire beaucoup notre excessive centralisation. Que demain le département soit supprimé et l'ancienne province rétablie, que des attributs très importants soient donnés à des conseils provinciaux nommés par un mode d'élection vraiment représentatif, c'est-à-dire proportionnel à la valeur sociale des électeurs; que les universités soient déclarées réellement autonomes, et en quelques années l'hypertrophie dont nous souffrons sera corrigée. — C'est toute une suite de réformes qui se tiennent et dont la première est de nous réconcilier avec nos morts en reprenant ce que nous pouvons reprendre de notre passé. Telle est, pour un Français de bonne foi, la leçon de ce Jubilé.
Juin 1897.
TABLE DES iMATIÈRES
PRKFACE VII