‹ Etudes et recherches. --Chapitre 32 sur 66 · LES CONTES DE VILLIERS DE LTSLE-ADAM · texte numérisé non relu

LES CONTES DE VILLIERS DE LTSLE-ADAM

Encore, loin d'un siècle immonde, Libre et seul dans les bois déserts, Si j'avais pu venir au monde Aux premiers jours de l'Univers ;

Quand sur sa beauté découverte Eve promenait son œil bleu, Quand la terre était jeune et verte Et quand l'homme croyait à Dieu.

Villiers écrivit un jour ces vers nostalgiques. Ils expriment l'àme désenchantée de ce grand méconnu et racontent la fatigue de sa carrière aventureuse. Villiers, en effet, fut avant tout un triste obsédé par la laideur de son siècle et la bassesse de ses contemporains, un mystique et un sentimental choqué par l'indifférence et la brutalité universelles. Le manque d^une gloire qu'il savait méritée, les difficultés matérielles de sa vie lui donnèrent une haine et une amertume dont son œuvre est empreinte et qui se retrouvent spé-

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cialement dans ses contes. Ils forment, sous les titres divers de: Contes cruels, Nouveaux contes cruels, Propos d'au-delà, Histoires insolites, etc., plusieurs recueils importants.

L'auteur d\Axël a jugé notre époque, équitablement et durement, avec le mépris d'un aristocrate souverainement dédaigneux et la claire logique d'un esprit attaché à ses croyances traditionnelles. Rien ne lui est caché,ni la vénalité de l'amour, ni la fourberie des hommes politiques, ni l'ignorance et l'ineptie de la foule. II sait que son entourage n'a d'autres soucis que ses intérêts matériels et ne recherche que les satisfactions les plus basses et les plus triviales ; il sait que dans la société moderne organisée au mieux de la disparition de l'art et de la défaite de l'idéal, le poète et l'artiste ne trouvent pas de place ; il sait que les individus sensés ne se préoccupent pas de ce que signifient le Beau, le Juste, le Ciel, et que ces mots-là auront bientôt perdu leur sens. Le littérateur désireux de conquérir un tel public sera donc obligé de se déshonorer à son tour,et, s'il ne veut pas mourir de faim, d'user d'infâmes procédés. Chacune de ces constatations, Villiers, nous allons le voir, l'a illustrée en des récits d'une ironie vengeresse.

Et d'abord, qu'est-ce que l'homme politique vraiment habile ? Villiers nous l'indique en

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