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Le commandant de Sillery, en généreux philanthrope, ne s’en tint pas à la dotation de la mission de Sillery. On a vu par quelques lignes des lettres des PP. Lalemant et Lejeune, qu'il étendait sa libéralité aux autres missions du Canada. Nous devons ajouter qu'il rendit des services considéra-
bles à d’autres fondations, aux communautés religieuses fondées dans la colonie, vers cette époque, et dont les commencements furent si critiques, si hérissés de difficultés et d'épreuves de toute espèce. Divers particuliers, prêtres ou laïques, qui s’intéressaient à nos maisons religieuses ou à leur personnel, eurent toujours à se féliciter d’avoir eu recours à sa bienveillance. Nous ne pouvons nous expliquer comment les ressources d’un particulier aient pu suffire à tant d'œuvres. On pourra se faire une idée du zèle et du désintéressement de ce digne prêtre, en jetant les yeux sur les fondations qu’il a faites, et dont nous ne ferons toutefois qu’énoncer une partie. On sait qu'il contribua largement à la construction d’une vaste maison et de ses dépendances, pour servir dé logement aux prêtres de la mission de St. Lazare, à Troyes, en Champagne, en 1637 (15). Il fonda un Séminaire à Annecy, en Savoie. Il dota d’une maison de religieuses de l’Ordre de la Visitation (fondé par St. François de Sales, en 1610,) la ville de Troyes. Il se plaisait à enrichir cette ville de maisons religieuses, il y établit à ses frais un couvent de Carmélites. Cependant, son principal établissement, c’est celui de la maison des Sœurs de la Visitation de Ste. Marie, de la rue Saint-Antoine, à Paris, sur l'emplacement de l’ancien Hôtel de Cossé (16). St. Vincent-de-Paul dirigea cette maison pendant plus de trente ans (17). L'église du monastère fut pareillement construite à ses frais. La première pierre en fut po:ée le 31 oct. 1632. M. de Sillery en avait fait dresser le plan par le célèbre Jules-Hardouin Mansard, (18) de Paris. On convient assez généralement que l'architecte a dirigé la construc-
156) Picor.—Influence de la religion au XIXe siècle. T. 2. p: 56, 174, etc.
16) St. Fargeau. T. 3. p. 269.
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Planias Paris, p. 269. Li ’
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tion de celte église avec beaucoup de précision et de régularité, en sorte que les connaisseurs regardaient ce morceau, comme un bijou d’architecture. Son dôme léger et délicat a servi de modèle à celui de l’hospice des Invalides. Elle fut consacrée, en 163%, par Mgr. l’archevêque de Bourges. André Frémiot de Chantal, auquel Mgr. Rolland Hébert venait de succéder au siége métropolitain de Bourges (19). Le commandeur de Sillery assistaitle prélat en cette cérémonie, remplissant les fonctions de diacre d’honneur.
Quoiqu’elle subsiste encore, cette élégante chapelle, où le veriueux M. deSillery voulait que l’hostie de yropitiation fut offerte jusqu’à la fin des siè-
cles, àété aliénée dans la tourmente révolutionnaire. Le couvent de la Visitation à d’abord été supprimé en 1790, époque néfaste qui vit disparattre tantd’institutions utiles ! Les bâliments, les cours et les jardins furent détruits et divisés en emplacements, puis vendus à divers particuliers > et l’église, devenue d'abord la propriété des calvinistes de la confession de Genève, a toujours été affectée depuis au service des protestants de Paris. On visite encore avéc intérêt, celte élégante construction, quoique ses décors aïent subi des transformations qui l’on bien fait déchoir de son ancienne splendeur. Ce temple est situé dans le 9e: arrondissement de Paris, quartier de l’arsenal, n° 216, près de l'emplacement qu’eccupait autrefois la Bastille. à Si nous devions continuer l’énumération des bienfaits qui signalent la carrière du généreux commandeur, nous ajouterions qu'il fonda des
(19) Mgr. A. Frémiot, originaire de Dijon, avait administré le diocèse de Bourges de 1602 à 1622, et, cette même année, il avait été remplacé par Mgr. Hébert. Mgr. Frémiot était probablement archevêque démissionnaire de Bourges, lorsqu'il présida à l’édifiante cérémonie de la consécration de l’église des religieuses de la Visitation, au faubourg Saint-Antoine. Il était frère de Ste. Jeanne de Chantal, et passait pour l’un des plus savants prélats de 502 temps. Voy. Gallia Christiana, ete.
rentes pour des missions annuelles, dans plusieurs paroisses de sa commanderie, à laquelle il conféra, en tout temps, tout le bien possible. On sait qu'il se plaisait singulièrement à doter les vierges du cloître et les monastères pauvres, afin que la gêne et le manque des choses nécessaires ne fussent jamais préjudiciables à l'observation des règles de la discipline monastique et même que la pauvreté de ces éiablissements ne prolongeant jamais les inquiétudes des servantes de Dieu, les pût détourner de la prière ou des exercices et des pratiques de piété auxquelles elles se livrent par une vocation spéciale, dans l'intérêt des fidèles en général. Il favorisa toujours la propagation des maisons de l'Ordre de la Visitation, institué par St. François de Sales, à cause de Ja sincère dévotion, qu’il avait pour le grand évêque de Génève. Cette vénération pour les vertus de ce soint et illustre pontife, le porta à payer, avec un empressement et une libéralité inqualifiables, tous les frais de la cononisation (20).
St. Vincent de Paul n'avait personne, dit un écrivain exact (21), qui le secondât avec plus de zèle et de constance que le charitable commandeur de Sillery, toujours emvressé à prendre part aux œuvres qui honoraient la religion et l'humanité.
Enfin ce bienfaisant personnage, que le Canada s’honore de compter parmi les fondateurs de ses établissements utiles, tomba malade au mois de septembre, 1640, et mourut, après dix jours de maladie, instituant les pauvres de l’Hotel-Dieu de Paris, ses héritiers et légataires universels.
M. le commandeur de Sillery mourut à Paris, en la paroisse de St. Paul, le 26 septembre, 1640, à l’âge d’environ soixante-trois ans. St. Vincent de Paul fait l'éloge de ce vertueux prêtre, dans l’une
(20) Mort le 28 décembre, 1622.
(21) Prcor—Influence de la religion, ete. T.1,p. 239.
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de ses lettres (22). Ce qu'il en dit est sans doute le reflet de l’oraison funèbre qu’il prononça au jour
des obsèques de ce grand serviteur de Dieu. St. Vincent, qui avait été son directeur spirituel, pendant bien des années, et qui l’honorait d’une singulière estime, admirait les grandes qualités et les nobles vertus du commandeur. Il avait voulu lui administrer les sacrements et les secours des mourants ; et, non content de l’assister dans ses derniers moments, il voulut présider à ses funérailles. Au jour des obsèques, il offrit à l’autel de la chapelle où le corps de M. de Sillery fut ichumé (23), le précieux calice pour le repos de l’âme du vénérable défunt, et, du haut de l'autel, il prononça son éloge funèbre.
Sous la restauration, les Dames de la Visitation obtinrent la permission d'ouvrir de nouveau un établissement de leur ordre, mais elles ne purent être rétablies-dans leurs anciennes possessions. Toujours reconnaissantes de la puissante protection dont le commandeur de Sillery avait honoré leurs maisons, elles dé$iraient retirer d’un temple prostitué à l’erreur, ses restes mortels et leur assigner une sépulture plus analogne à la foi qui lui avait fourni de si généreuses inspirations. Après avoir recueilli les renseignements les plus positifs sur l'endroit où les dépouilles mortelles du commandeur avaient été placées dans le souterrain de l’église de la rue St. Antoine, elles ne négligèrent aucun moyen, pour se procurer les autorisations requises et pour enlever ces précieuses reliques d'un lieu que la spoliation révolutionnaire leur avait Ôté, d’un temple que l'esprit de parti a fait si tristement changer de destination. Ce corps fut facilement apporté au milieu d'elles. Comme il avait été soigneusement embaumé, il fut à leur
(22) Lettres de $. Vincent de Paul, P.
(23) Dans l’église de la Visitation, rue St. Antoine, Parie, dans la chapelle plus tard dédiée à S. François de Sales. L’intendant des finances l'ouquet y à été aussi inhumé.
grand contentement retrouvé presque entier. Une plaque de métal, adhérente au cercueil, et dans laquelle on avait incrusté le nom et les qualités de M. deSillery, servit à prouver son identité. Les Canadiens virent avec émotion la présence d’un nobleet généreux ami de l’église dela Nouvelle-France, parmi les personnes chargées de constater l’authenticité du cadävre.
Les ossements du commandeur ayant été déposés dans un cercueil neuf, convenablement préparé et dûment scellé, furent transférés au No. 6, rue Saint-Etienne-du Mont, dans un ancien couvent des Filles de la Congrégation de Notre-Dame, supprimé en 1790, et occupé, depuis 1821, par les religieuses de la Visitation de Ste. Marie.
Depuis cette époque, les Dames religieuses de la Visitation ont acquis un terrain spacieux et une maison, sise rue d'Enfer (24), En y construisant leur nouvelle chapelle, elles ont eu le soin d’y pratiquer un caveau convenable où furent déposés les restes du commandeur de Sillery, fondateur de l’ancienne église, à côié du cercueil de Mgr André Frémiot de Chantal, archevèque de Bourges, Frère de Ste. Jeanne de Chantal, mort à Paris, le 13 mai, 1641.
Les exemples d’une vertu si noble, si soutenue, si ingénieuse n'étaient pas rares dans l’église de France au 17e siècle. Etle Canada, que la religion de nos pères a fait ce qu'il est, qu’elle a couvert des monuments de sa tendresse ei de son dévouement, compte beaucoup d'illustrations de ce genre, dans la longue liste de ses bienfaiteurs. De ce nombre, les Des Maizerets, les Dudouyt, les Olier, les St. Valier, les Sillerv, les Bernières de Louvigny, les Baron de Renti, les Richelieu, etc.,
(24) On disait anciennement, rue d’Inferior pour la destinguer de la rue Superior de S. Jacques. Par corruption, on en est venu à dire Æue d'Enfer. 9
ettant d’autres, qu'illustrèrent leurs vertus beaucoup plus encore que leur naissance !
C'est ainsi que nous trouvons dans la personne du chevalier Noël Brulart de Sillery, un beau modèle offert à limitation des hommes privilégiés que la providence a fait naître et laisse vivre dans l’opulence, auxquels elle inspire des œuvres fécondes, et qui, par le bel usage qu’ils font des ressources confiées à leur vertu, méritent d’être heureux en ce monde, d’y faire des heureux, et de passer à l’autre vie escortés d'œuvres brillantes et de protégés innombrables. Voilàun de ces hommes qui ont bien compris qu’on ne pouvait bien aimer le Seigneur, qu'en aimant bien son semblable; et que la mesure du bien qu’on faisait aux nécessiteux était la mesure du zèle qu’on avait pour glorifier Dieu et le faire glorifier. C’est la belle doctrine du grand St. Thomas : «/n dilectione proximi includitur dilectio Dei, sicut causa in effectu » (25), pensée que le génie de Paschal s’est appropriée et qu’il a développée en disant, entre autres propositions «que l'amour du prochain ne fgrandissait en nous, qu'avec l’amour de Dieu, et qu’autant que diminuait l'amour de soi... »
Quand on lit tout ce qu’un seul homme a pufaire de bien, quand on réfléchit devant de pareils noms, sur les immenses et admirables effets de la charité, on trouve d'excellents motifs pour la pratiquer, et des regrets de n’avoir pas toujours été fidèle aux célestes inspirations de cette vertu. Car après tout, c’est Dieu qui nous parle lorsque la charité nous presse : « Ordinavit in me charitatem. » (Cant. 2.)
(25) In Epistolâ ad Romanos, Cap. 12.
(Tiré du Journal de Québec, du 11 et du 13 octobre 1866.)
L'auteur des Notes sur Sillery cost heureux de faire place à l'excellent article que M. J. B. A. Ferland, Ptre., adressait au Journal de Québec, le 27 octobre 1855 ; il indique bien le lieu de la résidence qu’ont occupée les RR. PP. Jésuites, et fournit de nouveaux renseignements sur l’histoire de l’intéressante mission de Sillery :
« Dans un de ses intéressants articles sur la vie de M. de Sillery, votre estimable collaborateur exprime le regret de ne pouvoir indiquer le lieu préci où s’élevaient la chapelle de Saint-Michel et le monastère des Hospitalières à Sillery. Je m'estime heureux de pouvoir informer vos lecteurs que, grâces aux traditions et aux ruines encore existantes, l’on peut montrer l'endroit où étaient ces deux monuments de la charité catholique envers les pauvres enfants des bois.
« Une carte de Québec, par Champlain, marque, à environ une lieue au-dessus de la ville naïssante, une pointe qui s’avance dans le Saint-Laurent, et qui est désignée comme étant fréquemment habitée par les sauvages. Plus tard elle reçut le nom de Puiseaux, du premier possesseur du fief Saint-Michel, qu’elle borne au Sud-Ouest. Aujourd’hui, sur la Pointe-à-Puiseaux, setrouve la jolie église de Saint-Colomb, environnée d’un village. De ce point l’on jouit d’une des plusbelles vues qu’offrent les environs de Québec. Vis-à-vis est la côte de Lauson, avec sa rivière Bruyante, ses chantiers, ses nombreux vaisseaux, le terminus du chemin de fer de Richmond, les villages et les églises de N. D. de Lévi, de Saint-Jean Chrysostômeet de Saint- Romuald. A droite et à gauche, le fleuve se déroule sur une longueur de douze à quinze milles, sans cesse sillonné par les vaisseaux qui arrivent
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au port de Québec ou qui en partent. Vers l'Est, le tableau, fermé à plus de douze lieues par le Cap Tourmente et par :es hauteurs cultivées de la Petite- Montagne et de Saint-Ferréol, présente successivement la côte de Beaupré, les verdoyants côteaux de l’île d'Orléans, le cap aux Diamants couronné de sa citadelle et ayant à ses pieds une forêt de mâts ; les plaines d'Abraham, les foulons avec tout le mouvement du commerce de bois, Spencer-Wood et la résidence vice-royale, l’Anse Saint-Michel se courbant gracieusement depuis la côte de Wolfe jusqu’à la Pointe-à-Puiseaux. Autour de ces lieux se rattachent les souvenirs historiques les plus intéressants de l’Amérique du Nord : le contact de la civilisation française avec la barbarie des indi. gènes ; la lutte de deux puissantes nations pour la souverainelé du nouveau-monde ; un épisode important de la révolution qui a créé la puissante république des Etats-Unis : voilà les grands mouvements qui ont tour-à-tour agité ce théâtre resserré. Partout vous y trouverez l'empreinte des pas de quelque personnage remarquable dans l’histoire de l'Amérique : Jacques-Cartier, Champlain, Frontenac, Laval, Phipps, d’Iberville, Wolfe, Montcalm, Arnold, Montgomery ont tour-à-tour foulé quelque coin de cet espace. f'out près d'ici, dans l’Anse Saint- Michel, M. de Maisonneuve et mademoiselle Mance passèrent leur premier hiver en Canada, avec la colonie qui sous leur conduite allait fonder Montréal. Si l’on se tourne vers l'Ouest, la vue, quoique moins étendue, rappelle encore de glorieux souvenirs. Là, au détour du Cap-Rouge, Jacques- Cartier établitses quartiers, la seconde fois qu'il hiverna sur les bords du Saint-Laurent. Roberval le remplaça, au même lieu, à la tête de sa colonie éphémère. Près de l'embouchure de la rivière Chaudière se dressaient les tentes des Abnakis, des Etchemins, des Souriquois, lorsque des côtes de la Nouvelle-Angleterre ils venaient fumer le calu-
met de paix avec leurs frères les Français : la rivière Chaudière était alors le grand chemin qui reliait leur pays au Canada.
« Plus près de laPointe-à-Puiseaux estl’Anse de Sillery, où les jésuites réunirent les Algonquins et les Montagnais qui voulaient se convertir au christianisme, et formèrent une réduction florissante. De là les lumières de 1a foi étaient portées par les néophytes au sein des plus profondes forêts ; là venaient s'exercer pour leurs missions lointaines les apôtres quise préparaient à annoncer la bonne nouvelle aux pays des Hurons, aux bords du Mississipi ou sur les côtes glacées de la Baie d'Hudson. De là, le P. Druillètes partait pour aller porter quelques paroles de paix, de la part des chrétiens deSillery, aux Abnaquiois de Kennebeki et aux puritains de Boston. Près de ce lieu, le Frère Liégeois était massacré par les Iroquois, et le P. Poncet fait prisonnier et emmené par les barbares.
« C’est au soutien de cette réduction et à la construction des édifices nécessaires, que M. deSillery consacra des sommes considérables. Une chapelle, une résidence pour les missionnaires, un hôpital, un fort, des maisons pour les néophytes s’élevèrent sur le rivago et formèrent un village sauvage, autour duquel se rapprochaient, autant qu’on pouvait le permettre, quelques habitations des Français. La résidence de la famille Dauteuil était sur le côteau qui s’élève en arrière ; et la vénérable dame de Monceaux, belle-mère du procure rgénéral Ruette Dauteuil, pour satisfaire à sa piété, avait obtenu la permission d’habiter de temps en temps une petite maison qu'elle avait fait construire près de la chapelle.
« L'établissement de Sillery commença à être abandonné vers les premières années du siècle dernier. Après la prise du pays, le soin des bâtiments fut négligé et ils commencèrent à tomber en ruines ; mais la maison des Pères fut conservée ; et
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les ruines des autres édifices sont restées assez longtemps debout pour qu’on puisse encore les désigner sûrement. Plusieurs des anciens habitants ont vu abattre les murs de l’église, qui étaient d’une solidilé surprenante. J'ai, moi-même, il y a vingt ans, vu une partie de ces murailles s’élevant au-dessus du sol. Les ruines de l'hôpital et du monastère n’ont été rasées que depuis une trentaine d’années ; en les détruisant on découvrit plusieurs objets, parmi lesquels un garde-doigt d’argent, qui avaient dù appartenir aux bonnes religieuses hospitalières.
« Pour l'avantage de ceux qui désireraient explorer les vestiges encore existants de la pieuse fondation de M.Sillery, je donnerai quelques détails sur la disposition des lieux. Vers le milieu de l’Anse de Sillery s’avance un cap assez peu élevé, mais dont les bords sont taillés à pic. Les accidents du sol le désignent comme le point où le fort fut construit pour la défense du village ; là aussi, sur un terrain sec se trouvait le cimetière, d’où plusieurs corps ont été retirés dans le cours de l'été dernier. Au pied du cap, vers la gauche, est la maison des missionnaires, servant de demeure à un commis de M. LeMesurier, à qui appartient cette partie de Sillery. Elle a été entretenue, réparée, et se trouve encore en très bon état de conservation. Vis-à-vis et plus près du fleuve, l’on peut reconnaître les fondations de l’église, dont les longs-pans étaient dans la direction du Nord-Est au Sud-Ouest.
« Près du mur le plus voisin du fleuve est une source d’eau parfaitement limpide, qui devait servir aux besoins de la chapelle et du presbytère. D'ailleurs plusieurs ruisseaux d’une eau excellente descendent du côteau et coupent le terrain dans toutes les directions. Il n’y a pas à se tromper sur le site qu’occupait-la chapelle, puisque beaucoup de personnes vivantes ont vu les murs debout, et sont encore là pour montrer les fondations.
« À la droite du petit cap, et sur la même ligne que la chapelle, était l'hôpital, abandonné depuis près de deux siècles. Sur les murs de fondation a crû un orme, devenu aujourd’hui un grand et bel arbre ; à six pieds de terre, il mesure environ deux brasses de tour, ce qui lui donne un diamètre d’à-peu-près trois pieds et demi.
« Un an après leur arrivée à Québec, c’est-à-dire, au mois d’août 1640, les Hospitalières désirant se rapprocher de la mission de Sillery, où elles faisaient bâtir leur couvent suivant les intentions de la duchesse d’Aiguillon, quittèrent Québec et allèrent s'établir dans la maison de M. de Puiseaux. Elles en sortirent au commencement de l’année 1641, pour habiter leur couvent de Sillery, à un mille de distance. Pendant cet hiver elles n’avaient autour d’elles d’autres français que les missionnaires, et elles souffraient beaucoup du froid et de la misère. Mais l’année suivante elles jouirent du bonheur d’avoir dans le voisinage bon nombre de leur compatriotes. «Monsieur de Mai- «sonneuve, mademoiselle Mance, les soldats et «les laboureurs nouvellement arrivés de France, « pour l'établissement de Montréal, vinrent loger «chez M. de Puiseaux..…. ils y passèrent l’hiver «et nous visitèrent souvent avec une consolation « réciproque. »—(Hist. de l’Hôtel-Dieu.)
« Sillery étant sans cesse menacé par les [roquois, les Hospitalières durent laisser leur maison, et rentrèrent à Québec le 29 mai 1644, ayant ainsi passé près de trois ans et demi au milieu des sauvages. La partie de Sillery où elles demeurèrent conserve encore le nom d’Anse du Couvent ou Convent Cove. Outre les jésuites, elles eurent pour directeur spirituel, pendant leur résidence en ce lieu, M. Fauls, chapelain des Ursulines. C’est le troisième prêtre séculier mentionné dans les annales du temps ; les deux premiers furent M. Le Sueur de Saint-Sauveur,
premier chapelain de l'Hôtel-Dieu, et M. Gilles Nicollet, missionnaire. (1) « Le souvenir des premiers missionnaires et des bonnes religieuses, qui sanctifièrent ces lieux par leur charité et leur zèle pour le salut des âmes, se conserve religieusement au milieu de la population actuelle, presque entièrement catholique. Espérons que bientôt elle pourra élever quelque témoignage de sa toi, sur le lieu où Ja charité de M. de Sillery fit bâtir une des premières chapelles de la Nouvelle-France. »
J. B. A. FenLann, Ptre.
(1). Je ne mentionne Re un M. Bonoît Duplein que M. Noiseux place à Québec en 1631, au temps où cette ville était au pouvoir des Anglais. Aucun des mémoires du temps n’en parle. Une fille étant née à Guillaume Couillard, en 1631, elle fut baptisée par un laïque Anglais, et ne reçut los cérémonies du baptème qu'après lo retour des jésuites. La catholique famille des Couillard n'aurait pas eu recours au ministère d’un laïque Anglais, s’il y avait eu alors un prêtre à Québec. Co n’est que près de cinquante ans plus tard, qu’au nombre des curés du Canada, ‘on trouve un M. Duplein, desservant les établissements sur la rivière Chambly. De sem-
” blables erreurs de dates se rencontrent fréquemment dans le travail de M. Noïseux, etle rendent à peu près inutile tant q@'il n’ayra pas été corrigé. o
A. Côré, Editeur-Imprimeur, Québec, 1855.