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Etudes et récits [microforme]

J'AI relu en entier les pièces détachées qui composent l'ensemble de ce volume. L'intérêt qu’elles m'ont inspiré me donne lieu de croire que le public leur fera bon accueil.

En me faisant l’honneur de me demander une préface, vous ne m'avez pas invité à faire la critique de votre excellent ouvrage. S'il s'agissait de cela, je me récuserais pour cause d’incompétence. Si votre livre est bon, comme j'en ai la certitude, il n’a pas besoin de ma recommandation. S'il était mauvais, ce ne serait ici ni l’occasion ni le moment de présenter le contrepoison.

Cependant, mon intervention n’en est pas : moins une preuve que j’approuve l’ensemble des idées que vous exprimez dans ce volume digne de figurer dans toutes nos bibliothèques canadiennes. Bien que je n’aie pas la prétention de juger votre œuvre, dont le me .e me paraît incontestable, laissez-moi vous dire qu’il dénote chez vous un esprit observateur, un fonds considérable d’érudition, de philosophie chrétienne, de poésie contemplative et de ce respect pour la saine morale qui est la qualité la plus précieuse de l'écrivain.

Courage, donc ! Les travailleurs sont rares et notre jeune littérature a besoin du concours de tous les talents sérieux. Si vous savez vous contenter de la satisfaction du devoir accompli, si vous écrivez pour le plaisir d'exprimer de nobles sentiments, encouragé par l'espoir d’être utile à vos compatriotes, vous recueillerez, en dépit de l’apathie d’un public souvent ingrat, une récompense dont vous saurez apprécier la valeur.

Le métier d'écrivain n’est pas lucratif mais l’ar£ 1 d'écrire procure à ses fervents admirateurs des jouissances inconnues au vulgaire. C'est, du reste, une bonne école pour la langue.

Nous vivons dans un milieu hostile où notre idiome national a besoin d’être protégé, non-seulement contre ceux qui veulent en abolir l’usage, mais encore et surtout contre ceux qui le massacrent sous prétexte de le défendre.

La saine critique manque absolument, et pour cause.

Le premier venu, pourvu qu’il ait une certaine teinture d'orthographe, peut facilement se faire proclamer écri- £ vain éminent par les sociétés d'admiration mutuelle k spécialement chargées de la fabrication des réputations éphemères. On lui pardonnera bien des fautes de style

à condition qu’il se montre admirateur passionné de ses protecteurs. Notez qu’il n’a pas besoin d'étudier. Il lui& suffira d'exprimer, en un français baroque, certaines idées conçues en anglais, milie fois rebattues et apparemment admises par tout le monde, d'éviter avec soin! tout ce qui pourrait ressembler à de l'originalité soi dans la forme, soit dans la pensée.

Nous avons trop d'écrivains coulés sur le mêm4 moule, et comme le moule est mauvais, la plupart di nos productions littéraires ont pour effet de fausser l£ goût. Les quelques ouvrages qui nous font honneuk courent risque d’être enterrés sous une avalanche d4 produits indigestes. Il appartient aux travailleurs con ciencieux de réagir contre cette influence délétère.

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L'étude des bons auteurs, la crainte de l’anglicisme, eet ennemi traditionnel de notre littérature indigène, l'horreur du convenu, la recherche du Beau et du Vrai et un travail constant, sont les moyens les plus propres à débarrasser nos écrits des inexpériences de style et des fautes grossières qui les déparent.

Ce ne sont pas les talents qui manquent chez nous : ce sont des guides sûrs, c’est le frein salutaire d’une critique éclairée. Quelques hommes d'élite ont jeté le cri d'alarme, et n’ont pas craint d'attaquer de front certaines idées reçues. Leur voix a été couverte par le murmure des badauds accoutumés à se pourvoir d'opinions toutes faites chez les industriels préposés au commerce du bric-à-brac littéraire.

Il appartient à la jeune génération de rendre le progrès possible en forçant l'intrigue et la médiocrité à s’'éclipser devant le véritable mérite. Pour cela, il faut du travail. La jeunesse le comprend et se met résolument à l’œuvre. C’est d'un bon augure.

Vous avez votre place marquée parmi cette vaillante phalange qui entreprendra la réforme désirée.

Ce n’est pas tout d'avoir une littérature canadienne, il faut qu'elle soit convenable.

Place au mérite ! A bas l'intrigue et les monopoles littéraires !

Il faut accoutumer le public à juger sainement par

-lui-même.

C'est un apostolat que vous serez appelé à exercer avec d’autres. Permettez-moi de vous en féliciter.

Rémi TREMBLAY.

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