A MONSIEUR W. CHAPMAN
UX ruisseau limpide aux eaux murmurantes serpente gracieusement dans une délicieuse vallée ; des bosquets au doux ombrage se dressent sur le long du petit cours d’eau ; des fleurs aux enivrants aromes s'étendent nombreuses et charmantes sur ce lieu où la nature a étalé ses plus riches dons. Là, non loin de l'onde transparente, s'élèvent deux trônes de verdure embellis de roses suaves ; sur chacun d'eux, est une femme merveilleusement belle ; leur tête est couronnée de fleurs d’or ; leur cfievelure, légèrem? it agitée par les zéphyrs du lieu, est d'un blond brillant ; leurs traits, empreints d® noblesse et de candeur, ont une grande ressemblance. La blancheur éclatante de leurs vêtements ressort avec mollesse sur le vert et épais feuillage ! Ainsi la neige répandue avec abondance dans les forêts de sapins forme un contraste frappant et mystérieux.
L'une de ces deux beautés tient une lyre d’or, et, levant ses doux regards vers le ciel pur, elle fait résonner de ses doigts agiles les cordes légères de son divin instrument. L'autre fait entendre un hymne céleste, et sa voix est pure et mélodieuse. A ce chant sublime, la
nature est devenue silencieuse ; seuls les échos des montagnes voisines répètent le chant harmonieux et les sons suaves des deux reines du Vaëlon sacré; les deux femmes sont des muses ! la voix de la seconde devient plus sensible et plus sublime aux accords divins de la première. Une auré ‘e brillante paraît sur leur tête : sur ce cercle lumineux sont écrits en caractères ineffaçables : Musique, Poésie.
Les poètes de l'antiquité avaient coutume dc peindre ces deux arts, les plus agréables et les plus riches en émotions qui soient au monde, sous forme d’allégorie. C'est ainsi que, dans leur poétique mythologie, les Homère, les Virgile, les Ovide personnifiaient, sous les couleurs les plus belles et les plus propres à l’imagination, la Musique et la Poésie, dont nous essaierons de faire l'éloge, suivant nos humbles capacités.