IT CANTIQUES DANS LES CATACOMBES
Devant un autel de pierre, de nombreux fidèles sont prosternés. Un vieillard aux cheveux blancs, courbé sous le poids des années, célèbre le saint sacrifice de la messe. Un silence profond et mystérieux règne sur cette assemblée recueillie. Tout à coup un cri de miséricorde s'élève de l’autel et puis tout retombe dans le silence. Mais bientôt après le peuple se iève, et d’un commun accord entonne le Magnificat. Les échos de ces grands souterrains répètent plusieurs fois ces cantiques si purs et si beaux ; de loin, on dirait une réunion d’anges chantant la gloire du Très-Haut.
Les martyrs chrétiens allaient à la mort en célébrant la bonté d’un Dieu qui leur donnait la grâce immortelle de mourir pour sa religion naissante. Quelle force, quelle sublimité d’ardeur sainte avaient ces courageux martyrs lorsqu'ils répandaient leur sang en chantant un hymne d'action de grâces! Les païens eux-mêmes étaient dans la plus grande admirat on en face de cet amour incompréhensible de la mort. Du sang des martyrs répandu dans l'arène s’échappait une odeur céleste qui changeait par son action divine un grand nombre de païens en de fervents disciples du Christ. Comme un soleil brillant envoie”ses chauds et bien-
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De siècle en slècle, l'Eglise elle-même, fortement as-
sise sur le siège de Rome, se plut à favoriser et à perfectionner l’art divin de la musique dans la partie reli- D. gieuse. Le pape Grégoire Ier institua le plain-chant. oi Le mouvement de cette musique sacrée est lent et 54 solennel, le caractère large et majestueux, comme les bn. cérémonies qu’elle est destinée à embellir. Ah ! qu’alors son action est douce et sublime! Nous, catholiques,
| n'avons-nous point ressenti l'effet magique de ces chants si pieux et si beaux qui font résonner les voûtes de nos églises? N’avons-nous point compris et aimé ces purs accents, cris d’unn âme plongée dans un ccéan d'amour ? N’avons-nous point ‘ versé des larmes avec nos ho: prières ” lorsque l'Eglise, étalant sa porpe funèbre, Fe. jetait ses cris de miséricorde auprès de Dieu pour le repos de l’âme d’un de nos parents ou de nos amis? N’avons-nous point gémi avec l'Eglise, notre mère, lorsqne, dans la Semaine sainte, elle faisait entendre ses pénitences sublimes et semblait mourir spirituellement avec son divin Auteur? Ne nous sommes-nous … point réjouis quand tout à coup, au milieu des larmes que vous versiez près du tombeau de notre Sauveur, ces cris de triomphe, partis du haut des cieux, ont retenti sur la terre : Z/ est ressuscité: Resurrexit ! Unie alors aux concerts des anges, la religion redit ses plus pures mélodies qui, comme un parfum, monte des tem- Ë ples sacrés au trône du Très-Haut. Au saint jour de la Pentecôte, l'Eglise se revêt de ses plus riches orne-
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ments. Dans un silence profond, elle prie et elle espère ; tout à coup la joie éclate, un saint enthousiasme s'empare de nous et, comme au temps des Apôtres, l’esprit céleste semble descendre sur nos têtes en langues de feu ! A la Toussaint, la sainte Eglise célèbre la gloire de ses enfants qui, là-haut, jouissent de la contemplation de Dieu. Quels doux transports dans ses cantiques ! Quels joies suaves dilatent ses entrailles maternelles !
. Mais, le jour suivant, l'Eglise, qui a reçu de Dieu un cœur de mère, un trésor d'amour et de tendresse, pense à ses enfants qui souffrent dans les flammes vengeresses du purgatoire. Quelles touchantes supplications et quels cris lamentables ! Prosternés devant le Dieu de bonté et de justice, nous croirions entendre du fond des abîmes enflammés du purgatoire ces cris douloureux et déchirants de nos frères : Miséricorde, miséricor de.
Mais voyez ce pécheur aux pieds des autels. Sous les sons sublimes des cantiques chrétiens, son âme, depuis longtemps fermé à la vertu, se dégage tout à coup du mal, prend son essor vers les hautes sphères célestes et vient adorer le grand Roi rayonnant dans sa gloire. Des larmes de repentir et d'amour roulent sur les joues du pauvre pécheur; gémissant sur ses fautes, il s'abîme dans la plus grande douleur. Cependant il espère, et, jetant vers le ciel un regard d’espérance, il se relève plus fort et plus courageux que jamais. Combien de personnes qui doivent leur conversion à l'attrait et aux charmes irrésistibles de la musique religieuse ! O musique, que tu es puissante lorsque tu célèbres de tes divins accords la majesté et la miséricorde de notre Dieu !
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La principale musique instrumentale d: l'Eglise est la cloche. Elle est la voix de la religion qui parle à ses enfants. La cloche prie, pleure, se réjouit, appelle ou simplement conseille. A la naissance et au trépas, la cloche, pieuse et expressive, avertit les fidèles de la joie ou de la douleur de l'Eglise. Le matin, lorsque le soleil se lève dans toute sa splendeur et que l2 :.ature semble sortir d’un profond engourdissement ou que les ombres du soir s'étendent épaises sur 14 terre, ia cloche fait entendre au loin les sons religieux et poétiques de l’angelus ! Le ciel et la terre écoutcnt silencieux cette hymne céleste ! Ah ! s’il nous était donné d'entendre le concert merveilleux d’un grand nombre de cloches !
Ecoutez ce qu'en dit un poète de nos jours, doué d’une grande imagination, Victor Hugo: “Si vous voulez recueillir de la ville de Paris une impression que la nouvelle ne saurait vous donner, montez un matin de grande fête, au soleil levant de Pâques ou de la Pentecôte, montez sur quelque point élevé d’où vous dominiez la capitale entière et assistez à l'éveil des carillons. Voyez, à un signal parti du ciel, car c’est le soleil qui le donne, ces vieilles églises tressaillir à la fois. Ce sont d'abord des tintements épars allant d’une église à l’autre, comme lorsque des musiciens s’avertissent qu'on va commencer. Puis tout à coup voyez, car il semble qu’en certains endroits l'oreille aussi a sa vue, voyez s'élever au même moment de chaque clocher comme une colonne de bruit, comme une fumée d’harmonie. D'abord la vibration de chaque cloche monte droite, et, pour ainsi dire, isolee des autres dans le ciel splendide du matin ; puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent, elles sc mêlent, elles s’effacent l’une
dans l’autre, elles s’amalgament dans un magnifique
concert. Ce n’est plus qu'une masse de vibrations sonores qui se dégage sans cesse des innombrables clochers, qui flotte, qui ondule, bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au-delà de l'horizon le cercle assourdissant de ces oscillations. Cependant cette mer d’harmouie n’est point un chaos. Si grosse et si pro: fonde qu’elle soit, elle n’a point perdu de sa transparence, vous y voyez serpenter à part chaque groupe de notes qui s'échappe des sonneries.”
CHARKMES QUE NOUS INSPIRENT LA MUSIQUE — SA DOUCE INFLUENCE SUR L’EXILE
Mozart, le prince des musiciens, le mélancolique Beethoven, le tendre Palestrina ont compris la noble mission de la musique. La religion était leur idéal et la divine inspiratrice de leurs chefs-d'œuvre. Mozart, agonisant dans les bras de l'Eglise, composa alors ce fameux Xeguiem qui nous arrache des pleurs et qui fut, comme on l’a dit, son ‘ chant du cygne.”
Le génie vraiment sacré de Beethoven nous enthousiasme, nous enlève, nous effraie et nous attendrit. ‘ Chacun de ses poèmes, dit un auteur, émane d’une idée première qui en détermine la forme générale et la contexture. Celui-ci s'ouvre par une fête champêtre. Tout est pur, serein, tout respire.le calme et la fraicheur de la nature au lever du jour, quand de larges ombres qui tombent des montagnes flottent sur la plaine comme les plis traînants du manteau de la nuit. Un chant simple et doux se fait entendre ; les échos le répètent de vallée en vallée. Il semble que vous erriez sur l'herbe humide encore, au pied des côteaux, lorsque les bois, les prairies, les champs exhalent comme une vapeur d'harmonie indéfinissable. Mille accidents de lumière déroulent sous vos yeux des tableaux variés;
A hou le son invisible, mystère étrange, s'obscurcit ou se refe dut vêt d’un vif éclat. Peu à peu le soleil monte, l'air s'emcercle brase... Cependant les nuages s'amoncellent ; un bruit te mer sourd et lointain parti on ne sait d’où annonce l'orage ; si pro- on ne le voit pas eneore, on le pressent ; il grossit et anspa- s'approche ; l'éclair sillonne la nue, la foudre la déchire ipe de horrible. Les pasteurs effrayés se dispersent. Mais bientôt après, le ciel recouvrant sa plendeur, ils se rassemblent de nouveau pour exprimer dans une hymne simple comme leur cœur, magnifique comme l’œuvre de Dieu, la reconnaissance, l’adoration, l’amour, tous h Si les sentiments qui font de l’homme, en quelque maniè- ” d re, l'interprète des êtres inférieurs, des êtres innombra- 0 bles qu’il résume en soi !” Fe bfique Combien d’autres œuvres d'ilustres compositeurs # bI qui nous saisissent, nous transportent et qui, malgré Ne La nous, nous font verser de douces larmes ! Qu'il est bon via pour le pauvre exilé qui soupire après sa patrie d’en- | ee tendre loin d'elle l'air national! Dans son transport, he ' f Fs son cœur voudrait s’élañcer à travers l’espace immense à: jus pour revoir la place natale! mais c’est en vain! Un ( th sort cruel l’a jeté sur des rives lointaines ! Peut-être 4 er plus tard une terre étrangère recouvrira ses nssements j F Fée blanchis ! Une petite croix indiquera au voyageur la M. rar tombe de l'exilé! Nous connaissons bien la puissance : Hÿ te d’un air national ! nos cœurs se sont souvent remplis ‘1 frat. de joie aux sons gais de notre charmante ‘“ Vive la :1 Ha Canadienne !” Quel cœur ne pourrait s’attendrir aux . Mes mélancoliques accents du ‘“ Canadien errant ? ” A Aussi partout l’art musical a une puissance vraiment . admirable et un aspect des plus séduisants. Mais la + musique religieuse plus que la profane agit sur nos Fe âmes d’une manière merveilleuse et douce.
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