‹ Etudes et récits [microforme]Chapitre 32 sur 78 · XVIE SIECLE · texte numérisé non relu

XVIE SIECLE

Le seizième siècle fut pour les lettres françaises une époque brillante, quoique imparfaite sour le rapport de la forme ; il est au siècle incomparable de Louis XIV ce qu'est l'aurore d’un beau jour aux éclats éblouissants d'un soleil d'été.

Certes, un puriste aurait bien des choses à reprendre, à abattre de la faulx de sa critique minutieuse, dans les œuvres remarquables d’un Marot, d'un Rabelais et d'un Malherbe, mais peut-on truuver, non-seulement dans ce siècle, mais même dans ‘que la plus glorieuse et la plus mémorable de ‘* :ctérature, le dix-septième siècle, des ouvrages parfaits sous tous les rapports ?

On a dit que “le style c’est l’homme,” or celui-ci, dans l’ordre moral est imparfait, donc le style ne peut devenir parfait à la sueur du mot ; certes, il peut posséder toutes les qui. ités littéraires, mais ne peut arriver à cette perfection rêvée du puriste, car la perfection véritable et entière n'appartient qu’au roi de toutes choses, à l'Eternel.

La langue française au seizième siècle, après s'être montrée bizarre avec Marot et pédantesque avec Ronsard, parvint à une grande pureté et à une douce harmonie sous la plume intelligente d'un Malherbe.

François Ier, surnommé le Père des lettres, fut au seizième siècle ce qne Colbert fut au dix-septième ; réunissant autour de lui tout ce que l'Europe comptait de plus illustre, il donna ainsi au trône de France une splendeur méritée.

k: Parmi ces génies nombreux que la main royale pro- I

+ tégeait, nous remar Juons Montaigne, Amyot, Marot et : Ronsard. ( RABELAIS

Rabelais, que sa conduite scandaleuse avait fait chasser de son couvent (l’auteur de la Gargantua était un religieux de l’ordre de Saint-Franço's , fut aussi

wéprisé et rejeté de la cour de François Ier ; dans la 4 suite, 1l s’en vengea en riant de ce rire hideux et sata- à nique qui épouvanta le dix-huit‘ème siècle en parais- | sant sur la figure de Voltaire ! à Rabelais possédait un véritable génie ; mais la per- Z versité de ses mœurs, l’impiété de ses maximes et la d’ négation absolue de ses devoirs de prêtre et de citoyen en ont fait un auteur excessivement dangereux ; ses n’

œuvres, quoique possédant réellement quelques beautés qui sont là comme des perles dans le fumier le plus infecte, sont un recueil de blasphèmes les plus terribles jetés à la face de Dieu et de tout ce qu’il y a de beau, Û de noble et de grand sur la terre, de pensées les plus obscènes et les plus basses, de propos les plus grossiers et les plus indélicats ; partout, à chaque page, à | M chaque ligne. à chaque mot, c’est un rire qui charme | d’abord, passionne, entraîne et finit par épouvanter. Malgré la profanation évidente de ses devoirs d'homme,

inventées, il les puise dans tous les vieux fabliaux, dans

n : certains esprits de nos jours ont regardé ce prêtre he | apostat comme un réformateur de l'Eglise. a | ‘ Arrière, s'écrie Jules Janin, arrière ceux qui font jé | \ de ce bouffon un réformateur. A Dieu ne plaise qu’une je D | réforme quelconque emprunte à jamais cette forme ob- | Bi scure et ce paradoxe rouillé ! A Dieu ne plaise que les il li mœurs de l'Eglise de France aient jamais été assez dé- He | criées pour être soumises à la satyre d’un mécréant ! ne | Les plaisanteries contte les moines, qui font bondir de ja 14 joie le lecteur frivole, François Rabelais ne les a pas à on 4 | |

ETUDES ET RECIIS 79

les vieux auteurs, plaisanteries aussi vieilles que les plaisanteries contre les médecins, et dont le clergé s’inquiétait tout aussi peu que la Faculté de médecine.”

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