PEINTURE
La peinture et la sculpture ont eu la même origine, sont sorties du même sein. Comme sa sœur, elle peut rendre avec vérité toutes les émotions possibles, tous les grands spectacles de la nature ; son champ est très vaste, parce qu’elle comprend dans sa pratique les choses organiques et inorganiques, tout enfin ce qui constitue le monde physique.
Rejetant ces formes palpables qui rendent peut-être plus réelles les individus ou objets exprimés par la sculpture, elle s'efforce par la disposition intelligente des couleurs sur une surface unie, de donner aux hommes une idée assez exacte de tout ce qui se passe ou doit se passer dans la nature ; ravissants et poétiques
aysages, nuits splendides et étoilées, combats sanplants, épisodes sublimes, scènes d'intérieur pleines de
simplicité et de candeur.
‘ Le plus grand artiste. dit Charles Planc, est celui
‘ qui nous conduit dans les régions de sa pensée, dans
les palais ou les campagnes de son imagination et qui là, tout en nous parlant la langue des dieux, tout en
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uous montrant des formes et des couleurs idéales, nous laisse croire un instant, à force de vérité dans ses mensonges, que ces régions sont celles où nous avons toujours vécu, que ces palais nous appartiennent, que ces paysages nous ont vu naître, que cette langue est la nôtre et que ces formes, ces couleurs créées par son génie, sont les formes et les couleurs de la nature ellcmême.”
Le siècle de Louis XIV a produit dans cet art divin, trois génies dont les œuvres immortelles ont toujours excité chez ceux qui les ont vues une admiration de plus en plus grandissante : Lebrun, Le Poussin et Lesueur.
Le premier, né en 1619, montra dès son bas-âge de grandes dispositions pour le dessin ; à douze ans, il nt avec succès le portrait de son grand-père. Encore adolescent, sa famiile le plaça chez le célèbre Vouet afin de l’initier aux beautés da la peinture antique.
Lebrun possédant un génie étonnant, ne tarda pas à surpasser bientôt et ses confrères et son maître. Il alla à Rome pour achever: autant que possible son éduration artistique ; à son retour en France, le roi, toujours prêt à protéger les grands hommes et à les combler de faveurs, lui donna des lettres de noblesse et le nomma inspecteur des travaux de sculpture et de peinture, place que Lebrun occupa avec beaucoup d'honneur et de succès. Il mourut en 1690.
On a dit de lui “qu'il avait autant d'invention que Raphaël et plus de vivacité que Le Poussin.” Il travailla pour Louis XIV aux maisons royales de Versailles ; il y peigni es Batailles d'Alexandre, œuvre sublime où l’on admire une grande force de caractère, une disposition savante et heureuse de fort belles scènes.
Dans tous ses ouvrages, Lebrun a quelque chose qui frappe, qui saisit ; la sublimité, la grandeur, la noblesse, telles sont ses qualités principales.
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‘ Moins d’uniformité, dit Feller, plus de vigueur ct de variété dans le coloris, l’auraient mis au-dessus de tous les peintres anciens et modernes.”
Le Poussin naquit en 1594 d’une famille pauvre de Normandie. Ses commencements furent extrêmement difficiles, car l'étude de la peinture en ce temps coûtait bien cher, mais les génies n’ont point d'obstacles qui les arrêtent, aussi Le Poussin, malgré son peu de ressources, partit pour Rome, où 1l fut protégé par le cardinal de Barberini. Là, travaillant sans relâche, copiant les tableaux de grands maîtres, formant son jugement par l'étude de la philosophie, il put donner bientôt des œuvres d'une grande force. Sa réputation s’étendit dans toute l’Europe et des commandes nombreuses lui arrivèrent de Paris, Turin, Madrid et autres lieux. Le roi Louis XIV lui écrivit lui-même, le priant de venir dans sa capitale pour orner la grande galerie du Louvre ; Le Poussin accepta et se rendit à Paris, où il ne demeura que deux ans, des envieux ayant traversé ses succès. Il mourut en 1665.
Ses deux plus beaux ouvrages furent le célèbre tableau les Bergers d'Arcadie, où se lit cette touchante devise : Et in Arcadia ego : et moi aussi j'ai vécu en Arcadie,” et Moise sauvé des eaux ; on mentionne aussi de lui les Sepi sacraments.
Son chef-d'œuvre par excellence fut les ZBergers d'Arcadie.
“Ce qu'il y a de sublime dans cette peinqure, dit Charles Blanc, est justement ce qu’on n’y voit point ; c'est la pensée qui plane au-dessus, c’est l'émotion inattendue que reçoit l’âme du spectateur, transportée subitement, au-delà du tombeau, dans l'infini de l’inconnu.”
Nicolas Le Poussin a un style plein de noblesse, sublime dans sa simplicité, correct dans ses détails ; en voyant ses œuvres, on est frappé de mille beautés, se complétant l’une par l’autre, formant un ensemble merveilleux qui saisit et émeut notre âme.
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ETUDES ET KECTTS 109
Le Bellori composa en son honneur ces quatre vers latins :
Parce pis lacrymis, vivit Pussinus urna,
Vivere qui dederat, nescius, ipse mari ;
Hic tamen ipse silet : si vis audire
Mirum est in tabulis loquentem vivit et eloquitur.
Eustache Lesueur, que l'on a surnommé le Raphaël français, vit le jour à Paris en 1617. Son père, artiste lui-même, mit son fils, encore fort jeune, sous la sage direction de Simon Vouet, alors le peintre le plus en renommée du royaume de France. Il devint bientôt l'émule de son maître et posséda de plus un admirable talent d'expression qui donna une grande idée de son génie naissant.
Le grand peintre Nicoias Le Poussin étant venu de Rome à Paris, selon les désirs du roi, Lesueur accourut accourut le voir et lui montra une de ses ébauches, Saint Paul imposant les mains aux malades ; lustre maître, remarquant avec étonnement dans cette œuvre de grandes qualités artistiques, le prit avec lui pendant son séjour dans la capitale. Lesueur profita de cet enseignement solide et précieux et fut compté bientôt au rang des plus célèbres artistes de France.
Protégé par plusieurs personnes influentes de la cour, 1l reçut la commande d'orner le cloître de la Chartreuse de Paris de vingt-deux tableaux représentant les différentes phases de la vie de saint Bruno, fondateur de l’ordre.
Cette série remarquable de chefs-d'œuvre fut ce qu’il produisit de mieux.
‘ Cette vie de saint Bruno, dit Roy, dans sa biographie d'Eustache Lesueur, malgré les odieuses profanations de l'envie contemporaine, malgré différentes sortes de dégradations qu’elle a subies à diverses époques, est encore aujourd'hui un des plus beaux monuments
Ff0O ETUDES ET RECITS
de la peinture moderne, commé œuvre de sentiment et de naïvete, sans efforts ni affectation. On peut dire que c'est dans cette œuvre que se déploie la sublimité de Lesueur, car 1l n'aura jamais une plus belle occasion de montrer ce qui est au fond de son âme, jamais il ne trouvera des sujets plus conformes à son caractère et à la nature de son génie.”
Dans son Saint Paul prêéchant à Ephèse, 1 y a un mélange heureux de grandeur et de simplicité, d’animation et de tranquillité ; c’est une composition des plus irréprochables, et elle est considérée comme un des chefs-d’œuvre de l’école française.
Le célèbre tableau Saint Gervais et saint Protais est une des meilleures productions de Lesueur. ‘ Là, dit Charles Blanc, tout est grand, noble et vigoureux même.”
Ce grand artiste possède dans toutes ses œuvres une touche qui rappelle celle de Raphaël, dent il était d'ailleurs l’admirateur le plus enthousiaste. On remaique chez lui une grande originalité, une douce mélancolie, une naïveté touchante, un sentiment de l’art qui atteint souvent la sublimité et la grandeur.
Lesueur mourut en 1655, regretté de tous ses compatriotes.