FRANÇOIS MALHERBE
François Malherbe fut supérieur aux deux précédents ; gracieux et simple comme Marot, il le surpa>.sa en ce qu'il fut correct, plus élégant, plus harmonieux dans son style, et plus noble dans ses pensées, et plus choisi dans ses expressions.
Ce poète distingué naquit à Ca'in, en 1556.
Dans ses premières œuvres, on remarque déjà cette netteté, cette grâce et cette douceur qui ont toujours embelli son style.
Voyant que la langue française n'avait rien encore de défini et n'était qu'un mélange de termes barbares, de mots nouveaux, d'expressions étrangères, Malherbe entreprit l'immense et difficile travail de remplacer ce langage vague et dénué de caractère par un autre plein de force et d'énergie, d'harmonie et de douceur, de délicatesse et de pureté, de grandeur et de noblesse ; il fixa alors les règles premières de cette langue si belle que nous parlons tous. Canadiens, avec le plus grand orgueil, héritage précieux que notre mère la France nous a laissé en quittant nos bords.
Boileau, parlant de Malherbe, dit:
Par ce sage écrivain la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée. Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber, Tout reconnut ses lois, et ce guide fidèle Aux auteurs de ce temps sert en cor de modèle.
Les priacipaux chefs-d'œuvre de cet illustre réformateur sont les Larmes de saint Pierre et de nombreuses poésies fugitives, qui toutes possèdent une grâce et une s mplicité des plus grandes et des plus charmantes. Malherbe est donc un des poètes les plus parfaits ; rien de flottanr dans sa phrase, rien d'indéterminé dans ses pensées, tout est juste et placé ci sa place.
" Malherbe, disait Lafontaine, pèche par être trop beau ou plutôt trop embelli." Toute sa louange et son blâme est dans cette citation du fabuliste.
Ce grand poète mourut en 1628.
Avec Malherbe finit le seizième siècle. Parmi les écrivains secondaires de cette période remarquable, on aime à citer les noms de Charron, le disciple de Montaigne, de Théodore Agrippa d'Aubigné, de Rémi Belieau, de Joachim du Bellay, de Jodelle, de Desportes, de Jean Bertaut, de Régnier, de Balzac et de Voiture, qui tous possédèrent de nombreuses et brillantes qualités.
Le dix-septième siècle, que nous allons étudier sur toutes ses formes, fut le perfectionnement de ce que le seizième siècle avait produit ; la langue française atteignit un haut degré de gloire et les chefs-d'œuvre de cette époque mémorable furent nombreux.
84 ETUDES ET REd'l'S
XVIlE SIECLE
S'il est une époque qui ait offert la plus noble et la plus brillante réunion d'écrivains de génie, c'est certes le dix-septième siècle ; on eût dit que Dieu s'était plu à en faire l'ornement le plus durable, la gloire la plus éclatante de la France catholique. Des guerriers illustres qui étonnèrent le monde par leurs exploits, des savants qui par leurs importantes découvertes reculèrent les bornes de la science, des ministres de Dieu qui donnèrent à l'univers catholique l'exemple d'une profonde érudition unie à une solide piété, des orateurs puissants et convaincus dont la parole enthousiasma le monde entier et. passa à travers les âges, des écrivains qui donnèrent à la langue française cette pureté, cette harmonie, cette justesse qui en fait la plus belle langue du globe, des administrateurs de génie qui dotèrent leur pays de richesses immenses, un roi grand dans ses projets et dans ses actes, tout s'unissait pour faire de ce temps un siècle surpassant ceux d'x\uguste et de Périclès !
Pour mettre plus de clarté dans nos humbles notes, nous les diviserons en notes sur la littérature, les beaux-arts, l'administration et l'art militaire.