FABLE
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lu âne (il s'en trouve partout) Se promenait dans un bocage ,
A 'admirant pas et mangeant le feuillage;
11 jouissait bêtement, mais beaucoup.
A oilà qu'il aperçoit, retiré sous l'ombrage, l h rossignol. — Alors , prenant son air badin : « Ali ! c'est toi, salut mon confrère, « Se met-il galamment à braire ; « Tu ebantes , m'a-t-on dit , comme un petit Martin , « Voyons , de ton gosier déroule les merveilles ; » Devant moi tu peux tout ebanter, ■• Je suis digne de t'écouter, « Regarde plutôt mes oreilles ! »
Soudain le ebantre du printemps Eleva dans les airs sa voix sonore et tendre ; Il pressait, suspendait ses concerts éclatans, Il ebantait le plaisir, puis gémissait long-temps; Et les oiseaux groupés se taisaient pour l'entendre, Et les vents s'arrêtaient, et les troupeaux ebarmés Oubliaient l'onde fraîche et les prés embaumés ; Et, guidant ses amours sous l'ombre bocagère, Le pâtre plus hardi , près d'un sein plus troubh . Soupirait, sur les chants du troubadour ailé, De longs aveux, plus doux au cœur de sa bergère.
L'oiseau divin a fini sa chanson.
L'âne aussitôt: << Pas mal. Nous ferons quelque chose,
« Fort bonne qualité de son !
« Qui sait î tu deviendrais peut-être un virtuose, « Si notre coq t'avait donné quelque leçon.»
Contre l'arrêt classique implorant un refuge , Le pauvre rossignol , loin , bien loin s'envola ;
Et dans les déserts s'en alla Chanter pour les échos et non pour un tel juge.
Vous êtes parmi nous des rossignols aussi ,
Poètes ; fuyez les profanes ; Chantez, mais à l'écart; hélas! dans ces temps-ci, Qui trouvez-vous souvent pour vous juger? — Des ânes !