‹ Études françaises et étrangeresChapitre 49 sur 67 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

IHITÉI '

lu âne (il s'en trouve partout) Se promenait dans un bocage ,

A 'admirant pas et mangeant le feuillage;

11 jouissait bêtement, mais beaucoup.

A oilà qu'il aperçoit, retiré sous l'ombrage, l h rossignol. — Alors , prenant son air badin : « Ali ! c'est toi, salut mon confrère, « Se met-il galamment à braire ; « Tu ebantes , m'a-t-on dit , comme un petit Martin , « Voyons , de ton gosier déroule les merveilles ; » Devant moi tu peux tout ebanter, ■• Je suis digne de t'écouter, « Regarde plutôt mes oreilles ! »

Soudain le ebantre du printemps Eleva dans les airs sa voix sonore et tendre ; Il pressait, suspendait ses concerts éclatans, Il ebantait le plaisir, puis gémissait long-temps; Et les oiseaux groupés se taisaient pour l'entendre, Et les vents s'arrêtaient, et les troupeaux ebarmés Oubliaient l'onde fraîche et les prés embaumés ; Et, guidant ses amours sous l'ombre bocagère, Le pâtre plus hardi , près d'un sein plus troubh . Soupirait, sur les chants du troubadour ailé, De longs aveux, plus doux au cœur de sa bergère.

L'oiseau divin a fini sa chanson.

L'âne aussitôt: << Pas mal. Nous ferons quelque chose,

« Fort bonne qualité de son !

« Qui sait î tu deviendrais peut-être un virtuose, « Si notre coq t'avait donné quelque leçon.»

Contre l'arrêt classique implorant un refuge , Le pauvre rossignol , loin , bien loin s'envola ;

Et dans les déserts s'en alla Chanter pour les échos et non pour un tel juge.

Vous êtes parmi nous des rossignols aussi ,

Poètes ; fuyez les profanes ; Chantez, mais à l'écart; hélas! dans ces temps-ci, Qui trouvez-vous souvent pour vous juger? — Des ânes !

Page 1