‹ Études franquesChapitre 44 sur 59 · DUCS · texte numérisé non relu

DUCS

Clotaire 1 (556-561).

Alpinus.

Austrapius.

Charibeit (561-367).

Gaiso.

Leudasles.

Sigebert I (567-573).

Justimi.s.

Chilpéric (573).

Leudastes (2e fois).

Sigebert I ^573-575,)

.Instinus (?).

Chilpéric (575-584).

Leudastes (3e fois).

Benilfus.

Eunoinius

Gontran (584-587 ^

Wiliacharius

Ennodius.

Eborinus.

Ciiildebert II (587-594).

Galienus.

Ce tableau, me semble-t-il, est péremptoire. Il montre d'abord, ce qu'on pouvait supposer, que toute conquête entraînait un changement de gouverneur. Ce que nous voyons pratiquer régulièrement à Tours sert d'illustration à une parole de Grégoire, disant qu'en o82, Chilpéric, en guerre avec son frère Gontran, s'empara des villes de

(1) C'est ici le lieu de rectillei- en partie une liste des coin (es de Tours donnée par Rotii, Geschichtc des Beneficialv.'esem, p. -173. Roth ne connaît pas Galienus et ne donne en tout que sept comtes au lieu de huit; il place les ducs Berulfus et Ennodius parmi les comtes, mais il ne nomme pas Austrapius. Il ignore que Leudasles fut comte une première fois sous Charibert, chose attestée en termes exprès pai' Grégoire de Touis, HF., V, 48, et ne fait commencer son administration ([n'en 370; enfin, il éci-il Ebroinus au lieu d'Eborinus.

220 Vni. — LKS COMTES KT LES DUCS DE TOURS

celui-ci, et y plaça de nouveaux comtes (1). Et à cette autre du même écrivain, que Gontran envoya des comtes pour s'emparer des cités que son frère Siçebert avait héritées autrefois de Gharibert, et qui auraient dû, en bonne justice, faire retour à Childebert (2) Mais ce n'est pas seulement dans le cas d'une prise de possession violente que nous voyons les souverains francs procéder au renouvellement des comtes dans les villes conquises. I^e roi qui succède à un autre, même d'une manière légitime et pacifique, commence par remercier l'agent de son prédécesseur et le remplace par un homme de sa confiance. Sigebert, héritier de Gharibert, renvoie Leudastes et donne le comté à Justinus. Ghildebert, héritier légitime de Gontran, renvoie le comte Eborinus et met à sa place le comte Galienus, Gela n'est probablement pas une règle sans exception; j'imagine que dans certains cas le comte en fonctions était précisément l'homme qui inspirait le plus de confiance au nouveau roi, et alors il nétait pas écarté. D'autres fois aussi, il pouvait arriver que le nouveau souverain, indifférent sur le choix à faire, se laissait décider à prix d'or à conserver l'ancien comte. C'est dans ce sens que je crois devoir interpréter un épisode raconté par Grégoire de Tours Péonius, habitant d'Auxerre, était comte de cette ville. Un jour, il envoya son fils au roi avec des présents pour obtenir le renouvellement de sa charge. Mummolus — c'est le nom du fils — se servit de l'argent pour se faire nommer comte lui-même, et supplanta son père au lieu de l'aider (3) Gela se passait sous le roi

(^) « Rex Chilpericus igilur, pervasis civilalibus fralris sui, novo? comités ordinal. » Grégoire de Tours, HF., VI, 22; cf. VU, 12.

(2) « Igitur Guntchramnus rex comités suos ad compraeliendendas civitates... direxit, nt exegentes sacramenta suis cas ditionibus subjugarenl ». Gi'égoire de Tours, 77F., VII, d2. De même HF., VIII, d8 et 42.

(3) Il Hiceniiu (FAiniuscognomenlo Mummolus) Peonio paire orlus,Audisiodorensis urbis incola fuil. Peonius vero hujus municipii comitatum regebal. Cumque ad renovandam actwnem munera l'egi per liiium ti'ansmisisset, ille, dalis rébus palernis, comilaluni patris ambivil supplanlaviU[ue genetoi-eni, ([uem subievare debuerat », Grégoire de Tours, 777'., JV, 42. Lelmërou, «. c, p. 309, traduit inexadcmenl les mots soulignés jiar : nmoiivcler le bail de sa charge. Il n'est pas (|ueslion ici de bail. Fusiel de Goulange^. Jm nionairhic franquc, p. 210, ne verse pas dans une moindre

AU Vl« SIÈCLE. 221

Gontran; on ne nous dit pas en quelle année, mais tout nous autorise à croire que le fait n'est pas postérieur à 561, c'est-à-dire à l'époque où Gontran entra en possession de son héritage à la mort de son père Glotaire. C'est donc, encore une fois, à ravéueuient d'un nouveau roi légitime que le mandat du comte expire, et le comte le sait si bien qii'il envoie de riches présents au roi pour obtenir d'être maintenu dans sa charge (1). En somme, le comte reste en fonctions tant qu'il plait au roi; il est nommé pour un temps indéterminé.

Si nous pouvons nous fier ici aux lois de l'analogie, et nous autoriser d'un exemple unique, nous dirons qu'il en était des ducs comme des comtes : eux aussi voyaient leurs fonctions expirer avec le roi qui les leur avait conférées. La démarche que fit le duc Berulfus de Tours, à la mort du roi Ghilpéric, pour se faire renouveler son mandat par le roi Gontran, est ici bien significative : elle nous montre qu'à ses propres yeux ce mandat était expiré de plein droit. Si Berulfus avait cru qu'on le lui reprendrait pour une autre raison, c'est-à-dire pour indignité, il n'eût pas pris la peine de chercher à s'y maintenir, et il eût été heureux d'en être quitte au prix de son duché.

Mais si les foiiCtions ducales et comtales cessent de plein droit à la mort du souverain qui les a conférées, cela ne veut pas dire que celui-ci se fasse une obligation de les laisser au même personnel pendant toute la durée de son règne (2). Sans parler du cas de Willacharius que nous

erreur lorsqu'il croit pouvoir tirer du cas de Péonius la conclusion suivante : « Le comte n'est pas nommé à vie ; il est nommé pour un temps indéterminé, peutêtre pour une année. S'il veut se maintenir dans ses fonctions, ce qui est toujours possible, il faut qu'il obtienne du roi le renouvellement de sa nomination ».

(1) Waitz, Verfassungsgeschichte, II, i, p. 36, note 4, a donc tort de soulenii- le contraire conti'e Pernice (Encyclopcidie de Ersch et Gruber, t. LXXVIII, p. i'S'ù), qui d'ailleurs ne prouve pas son dire, et de soutenir qu'il n'y a rien de pareil dans les textes. Fuslel, Mon.fr., p. 240, n'a pas compris ce passage.

(2) Je ne parle pas ici de saint Grégoire de Langres, qui, avant son pontificat) avait été comte d'Autun pendant quarante ans (Grégoire de Tours, Vit. Patr., VU, 1) ; c'était sous le gouvernement des rois burgondes (466-506). M. Glasson, Histoire du droit et des institutions de la France, t. H, p. 292, croit trouver dans Grégoire de

i3â vin. — LES COMTES ET I,ES DUCS DE TOURS

avons mentionné ci-dessus, nous voyons, au contraire, assez fréquemment des comtes déchargés de leur mandat, tantôt pour indignité, comme Leudastes, tantôt à la suite d'intrigues ourdies par des rivaux, comme Palladium, évincé à Javolz par Romanus, ou Nicelius, révoqué à Glerraont à la suggestion d'Eulalius(l). Rien n'est plus fréquent que de rencontrer des gens qui ont exercé autrefois les fonctions de comte et qui sont rentrés ensuite dans la vie privée, el il serait excessif de soutenir que tous ont dû renoncer à leur charge à l'avènement d'un nouveau roi.

Quant aux ducs, on peut encore dégager de notre exposé les conclusions suivantes :

11 n'existe pas de subdivision terx'itoriale stable et permanente dont le gouvernement serait confié d'une manière régulière aux ducs, comme les comtés le sont aux comtes. En un mot, il n'y a pas de duchés, mais seulement des groupements occasionnels et temporaires, se dissolvant et se reformant au gré de l'arbitraire royal et des besoins momentanés. On les créait lorsqu'il s'agissait, tantôt de défendre d'une manière plus efficace certains pays particulièrement exposés aux attaques de l'ennemi, tantôt d'avantager un favori dont on voulait augmenter l'importance, tantôt encore, je crois, de trouver un nouveau moyen de battre monnaie en vendant le titre de duc à beaux deniers comptants (2). Nous ne parlerons donc pas d'un duché de Tours- Poitiers, mais de ducs à qui l'on donna le gouvernement

Tours, HF., IX, 30, que le roi ("Iharibert promit pur serinenl aux habitants de Tours (ie ne point changer leur gouverneur, .l'interprète autrement le passage en question, que voici : « Similiter etiani et ille (Chariberlus) cum juramento promisit, ut ieges consuetudines(jue novas populo non infligeret, sed in iilo quo (luondani sub palris iloniinationem .statu vixerani, in ipso hic eos deinceps relinerel, neque ullam novam ordinationem se infiictunim super eos, quod pertineret ad spolium, spopondit ». li s'agit ici exclusivement, à mon sens, de mesures fiscales, et tout le contexte en est la preuve.

(■1) V. ci-dessus Les comtes et les dncs d'Auvergne au VI'' siècle.

(2) Ainsi, à Clermont-Ferrand, Nicelius. évincé du comté par les intrigues d'Eulalius qui le supplanta, parvint à se faire nommer duc de Clermont et des cités voisines : « ducalum a régi expetiil, datis pro eo immensis muneribus ». Grégoire de Tours, HF., YIII, d8.

de ces deux cités, tantôt avec d'autres territoires, tantôt sans plus. Ainsi, à Tours, le duc Berulfus conduit à la gfuerre les contingents de cotle ville et ceux de Poitiers, d'Angers et de Nantes. Eunodius, son successeur, n'a pas étendu son autorité sur ces deux dernières villes, mais, en revanche, a gouverné encore les cités d'Aire et de Lescar, et cette combinaison de deux groupes territorialement éloignés l'un de l'autre sous l'autorité d'un même duc, montre mieux que toute autre preuve le caractère purement personnel de la dignité ducale (1).

L'exposé que je viens de faire ne serait pas complet si je ne cherchais à établir la nationalité el la condition des divers ducs et comtes qui ont gouverné la Touraine de 356 à 589. Or nous voyons que sur les onze noms des dignitaires de la liste ci-dessus, il y en cinq qui sont romains (Ennodius, Alpiuus, Justinus, Euuomius, Galieuus) et six qui sont barbares (Austrapius, Berulfus, Gaiso, Leudastes, Eborinus (2) et Willacharius). Mais nous devons d'emblée attribuer la nationalité gallo-romaine à lun de ces derniers, le comte Leudastes, fils de Leocadius, dont le nom dit suffisamment la race. Quant aux cinq autres, leurs noms germaniques ne nous fournissent, comme on le sait, aucune indication à l'endroit de leur origine. Ils peuvent être tous les trois ou

(1) M. Glasson, selon moi, a excelleuiment défini cette situation dans I« passage suivant : « La division du territoire en duchés n'était ni générale, ni fixe, ni permanente. Elle variait à l'infini suivant les circonstances, paraissait et disparaissait selon les besoins. Ainsi il arrivait que certains comtés étaient réunis en duchés et que d'autres n'étaient pas groupés de cette manière. Le territoire d'un duché pouvait toujours être augmenté ou amoindri. Le duché lui-même cessait d'exister dans certaines circonstances ». {Histoire du droit et des institutions de la France, t. 11, p. 34'7). Fustel de Coulanges dit de même, Monarchie franque, p, 219 : « Les fonctions de duc n'étaient ni permanentes ni générales pour tout le royaume. Quand le roi nommait un duc, c'est qu'il avait une raison particulière de placer un homme au-dessus de plusieurs comtes et de grouper plusieurs cités sous un chef d'une grande autorité, mais c'était une mesure transitoire. Quand cessait la raison qui avait fait établir le duc, le duc disparaissait et n'était pas remplacé ». Cf. Waitz, Verfassungsgeschichte, II, 2, pp. 50 el suiv.

(2) Sur Eborinus, voir Foerstemann, AUdeutsches Namenbuch, t. I, 2^ édition, p. 4«8.

des Gallo- Romains ou dos barbares. On pourrait soutenir que les probabilités sont plus grandes en faveur de l'origine germanique de Berulfus, puisque, installé par Ghilpéric, il appartient à ce royaume de Ncustrie oii la proportion des Francs de race barbare est plus forte qu'ailleurs. On pourrait admettre pareillement qu'il y a plus ds présomptions en faveur de la nationalité gallo-romaine de Gaiso et dEborinus, puisque, appartenant l'un au royaume de Gliaribert et l'autre à celui de Gontran, ils viennent probablement tous les deux de la Gaule méridionale, où les Francs barbares étaient peu nombreux. Mais ce ne sont là que des conjectures, et il serait oiseux d'insister.

Je crois pouvoir ajouter que deux au moins de nos comtes étaient des Tourangeaux : ce sont Eunomius et Galienus. Le premier fut élu par la population, comme on l'a vu, et il continua de résider à Tours après sa charge. Le second y résidait également avant de devenir comte, et il jouissait de l'amitié de son évêquo. Un troisième, Leudastes, était né dans lîle de Gracina, qui doit avoir existé au sud de la Loire, dans le marais méridional de la Vendée (1). Il est assez probable qu'Alpinus et Justinus étaient aussi des Tourangeaux, mais rien ne permet de l'affirmer.

Quant à la condition sociale de ces divers personnages, nous sommes, ici encore, dépourvus de tout renseignement, excepté au sujet du seul Leudastes, qui provenait d'un esclave fiscal. Il faut dire que le cas de Leudastes est fort probablement exceptionnel. Et c'est précisément parce qu'il est, par son éducation et par son tour d'esprit, étranger aux milieux plus policés parmi lesquels s'exerce sa charge, qu'il a tant de dillicultés et qu'il est évincé à deux reprises. Nous pouvons croire que les autres comtes de Tours sont choisis dans la bonne société indigène. Il est remarquable toutefois que Grégoire de Tours ne dise d'aucun d'eux

(l) A. Longiion, Géographie de la Gaule au VI» siècle, p. S6S, d'après FoiUenelle (le Vaudoié, Histoire des villes de France, L IV, p. 348. L'opinion vulgaire qui idenliliait celle île avec celle de Ré, et qu'a suivie encore A. Jacobs dans sa Géographie de Grégoire de Tours, à la suite de la nouvelle édition de la traduction de cet auleiir par Guizot, t. II, p. 364, doit être abandonnée.

qu'il appartient à une famille sénatoriale, comme il le fait si souvent lorsqu'il parie des comtes et des autres grands personnages de Glerraont; il y en a même un qui est obligé d'emprunter pour faire au trésor l'avance des impôts qu'il doit lever. Qu'en faut-il conclure? L'extraction plus modeste des comtes de Tours? C'est loin d'être certain. Grégoire, en général, n'accorde guère le rang sénatorial qu'aux membres de sa famille et à quelques autres, très peu nombreux, et qui appartiennent pour la plupart à l'Auvergne. Gela nous induirait à croire, non pas qu'il n'y avait une aristocratie qu'en Auvergne, mais que Grégoire ne s'intéressait qu'à celle-là ou encore qu'il était moins renseigné sur l'arbre généalogique des personnages qui n'étaient pas de sa famille. Telles sont les données historiques que j'ai pu emprunter à l'histoire des comtes de Tours; peut-être trouvera-t-on qu'elles avaient assez d'intérêt pour être exposées.

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