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Les restes de Brunehilde furent déposés à St-Martin, où elle avait voulu être ensevelie; chaque année un service solennel était célèbre en son honneur. Dans la crypte de Notre-Dame, qu'elle avait fait creuser, on lui éleva un tombeau. Il était de marbre gris, en forme d'auge comme les sarcophages romains, supporté sur quatre piliers de marbre noir. Le couvercle était de marbre massif noir veiné de blanc; il était long de '2 mètres, large de 70 centimètres, haut de 4i centimètres. Ce couvercle et quelques débris des piliers existent encore aujourd'hui au musée Jonet.
A la fin du XVe siècle, la crypte de Notre Dame tombant en ruines, le cardinal Rolin, abbé du monastère, lii transférer ce monument dans l'église. 11 fut placé dans un des bas-côtés, à main droite contre le gros mur près de la porte de la sacristie sous une niche gothique, avec l'inscription suivante :
Cy gist la reine Brunehaut
A qui le saint pape Grégoire
Donna des éloges de gloire^
Qui mettent sa vertu bien haut.
Sa piété pour nos mystères
Lui fit fonder trois monastères
Sous la règle de Saint Benoist;
Saint Martin, Saint Jean, Saint Andoche
Sont trois saints lieux où l'on connaît
Qu'elle est exern/pte de reproche.
On y ajoute celle-ci, avec une anagramme composée sur ces mots : Brunehilde, reine de France.
Brunehil fut jadis reine de France, Fondateresse dît saint lieu de céans Cy inhumée en six cents quatorze ans.
En attendant de Dieu rémunérance.
Bénite fleur d'imiocence rare, ]^' écoutez- donc pas ces esprits.
Qui traitent cette bonne reine D'ambitieuse, d'inh untaine, Et d'autres termes de mépris.
On ne doit cmidarivner sa vie, Ny sur un très lugubre sort.
Croyez qu'elle est en assurance Une fleur bénite en sa mort, Mais fleur d'une rare innocence.
» Le supplice de Brunehilde était un événement trop hislorique pour laisser des doutes, mais sa mort étant racontée avec des particularités qui variaient selo.i les historiens, on résolut d'ouvrir son tombeau. Cette ouverture eut lieu le 25 août 1632, a quatre heures du soir, au milieu d'un grand concours. Des religieux de dilTérents pays s'y trouvèrent, entr'aulres deux minimes de la place Royale de Paris, et Jacques Duval, de Saint- Bénigne de Dijon. Les trois monastères de Brunehilde y furent représentés par les deux abbesses de SaintAndoclie et de Saint-.Jean, et par Mcolas de Castille, commendataire de Saint-Martin, accompagné de sa mère Charlotte Jeannin et de Jacques Anthouard, grand prieur de l'abbaye. Tout le Clergé et les habitants de la ville assistaient à cette cérémonie, présidée par l'évèque Claude de Ragny. La pierre <le marbre levée, on trouva dans un cercueil de plomb quelques ossements, un peu de cendre ei de charbon ; c'était tout ce qui restait de cette illustre reine. La présence de ce charbon confirmait, la chronique de Saint-Bénigne, qui assurait que son corps avait été brûlé, et une molette d'éperon attestait l'alVreux supplice.
» Plus tard, en 1767, Courtois de Quincy, évéque de Belley, commendadataire de l'abbaye, lit replacei- ce tombeau dans l'église nouvellement reconstruite, prés de la chapelle dédiée a saint Martin, ù côté du chœur, et substitua aux inscriptions du moyen-àge, l'épitaphe suivante :
Hic repositijace^tt cineres
BRVNECHILDIS
Potentissimorur/i regum
Filiae, sororis, conjugis, matris, avae,
Exifiiiis corporis et animi dotibus
Gêner oso religionis propagandae studio
Magnificentia incredibili
In œenodochiis, cœnobiis, basilicis, nrcibus, viis publicis
Instaurandis, reparandis, ampiiandis,
Celeberrimae
Celeberririiae iterum et heu nimium!
354 XI. — LA RKl.NE liRUNEIIAUT.
Variis et diris casibus guos constantissime ttilit,
Trucibns sup2)liciïs et infanda nece
Quibits, spretis humanis et divhns legibus,
Co'iispira'iitibus proditione ac barbarie, fuit addicla;
Tufri infortunio lo'uge ma§ori,
Scilicil quod vivens et demortua
Calumniis et imimueris insimulata fuerit,
Ab iiifestissimo hoste.
Qui nomen ausus est ejus infamare
Sceleribus atrocissimis quorum se suosque reos esse noscebat.
Faventibus ignorantiae tenebris,
Mille annis invaluit tam rudis en-or !
Timdem sanae critices LVX aeco nostro exorta.
For lis ac piae reginae memoriam j udiciis hominum vindicavit
Sed quod prelium in tnli oindicta?
Ni su7)imus judex quarn in hac vita tam graviter probavernt,
Superabundanti misericordta sua, dignatus tuerit în
aeternum coronare.
P. Gabriel Cortois de Quincy
episcopus Bellicensis
Hujus coenobii abbas.
An. R. S. MDCCLXVII.
« VA gisent replacés les cendres de Brunehilde, fille, sœur, épouse, mère, aïeule de très puissants rois, célèbre par de rares avantages de corps et (l'espri\ par son zèle à propager lu religion, par son incroyable magnificum à élever, réparer, et agrandir les hôpitaux, les monastères, les basiliques, les places fortes et les voies publi(iues. Célèbre de nouveau, et trop célèbre hélas! par les revers variés et cruels qu'elle supporta avec constance, par les horribles supplices et la mort atVreuse dont la rendirent victime la trahison d'accord avec la barbarie, au mépris des lois divines et humaines; enfin par un malheur bien plus grand, celui d'avoir été pendant sa vie et après sa mort, le but d'innombrai)les calomnies, poursuivie par l'implacable ennemi qui osa souiller son nom des crimes atroces dont il savait que lui et les siens étaient coupables.
» A la faveur ries ténèbres de l'ignorance, cette erreur grossière dura mille ans. Enfin la lumière de la saine critique, née dans notre siècle, a vengé des jugements des hommes la mémoire de celte reine pieuse et forte.
» Mais quelle serait la valeur d'une pareille rehabilitation, si le souverain juge, dans son intarissable miséricorde, n'avait déjà couronné pour l'éternité celle qu'il avait si fortement éprouvée dans cette vie?...
» F. Gabriel Cortois de Quincy, évè(|uc de Helley, abbé de ce monastère.
» Lan MDCCLXVII ».