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jetés dtfw 11 ^ciiie artc cet mtÊtet l^jmUioe dm roÙ9 Atctà 11 Loire en 1793. pour laisser pmer Les iftittimts juridiques datent du (ouvcraeiDent des Valois : ou mardioil Ters la noBardûe dioolne.
Jean, fib du duc de Bourgogne, fut marié à Maignerite de Hainaut « et Charies YI« âgé de 1 7 ans, époon bdicau, fiDe d*Etienne, duc de Barière, âgée de 14 ans. D y a des noms qui sont à eux seuls rarrét des destinées (1385^ : «D est d^usi^ «en Frmee, dit Froissard« que quelque dame, «comme fille de haut srigneur que ce soit, qull « convient qu'elle soit regardée et avisée toute nue «par les dames pour savoir si elle est propre et « formée pour porter enfant » Du moins les flancs de cette femme qui devoit être si souvent regardée touU nue dévoient porter (Parles VIL
Grand projet de descente en An^eterre (1386); quinse coïts vaisseaux rassemblés au port de lIEr duse ; cinquante mille chevaux destinés à être
embarqués; des muoîtîoiis de guerre et de boudKy parmi lesqadks on remarque des barils de jaunes d'oeofe cuits et piles oomnie de la farine. Une ^ille de bois de trois mille pas de diamètre, munie de tours et de retrandianents, étoit composée de pièces de rapport qui se démootoient et remontoieot à volonté ; elle pouvoit contenir une armée: nous n^avons pas aujourdliui, dans notre état perfectionné dlndustrie, Tidée d'un ourrage aussi gigantesque de menuiserie et de diarpenterie; il est évident, par les boiseries qui nous restent du moyen-Age, que Fart du menuisier étoit poussé beaucoup plus loin que de nos jours. Les vaisseaux de la flotte étoient ornés de sculpture et de pein* ture; les mâts couverts d'or et d'ai^ait : magnificence qui rappelle la flotte de CléopAtre. La bante aristocratie étoit descendue du plus baut point de sa puissance au plus haut d^ré de sa richesse; die avoit abouti au luxe, comme tout pouvoir, et par conséquent sa force dédiDoit : les petits hommes qui faisoient ces grands préparatifs furent écrasés dessous. Les intrigues et les passions du duc de Berry , les vols de toutes les espèces d'agents, le retour de la mauvaise saison , empêchèrent la France de reporter en Angleterre les maux que celle-d lui avoit faits, et ce fut en vain que les propriétaires furent taxés à la valeur du quart de leur revenu pour une inutile parade (1386).
Ces princes de la première maison de Valois étoient des esprits fastueux, bornés et ingouvernables : ils avoient rempli leur maison de cette
foule de valets décorés, sangsues du peuple et plaies des cours. Cette noble tourbe jouissoît d'immunités abusives; il n'y avoit pas de surnuméraire de garde-robe qui, en attendant l'exercice de ses fonctions , ne fôt exempt des chai^;es publiques.
Le 1^ janvier de cette année 1386 vit la fin du roi de Navarre, homme qui aimoit le crime de la même ardeur qu'il aimoit la débauche : s'il eût connu un moyen d'en ranimer le goût dans son coeur, il s'en seroit servi comme il se servoit du linceul imprégné d'esprit -de -vin où il se faisoit coudre pour rappeler ses forces épuisées avec les femmes , et dans lequel il fiit brûlé.
U feut placer à l'année 1386 le duel judiciaire de Jean de Carrouges et de Jacques Legris. La dame de Carrouges prétendoit avoir été violée dans le donjon de son château par Jacques Legris, gentilhomme du comte d'Alençon. a Jacquet, Jacquet, «dit-elle à Legris , vous n'avez pas bien fait de m'a- «voir vergondée; mais le blâme n'en demeurera « pas sur moi , si Dieu donne que monseigneur mon « mari retourne, n II étolt alors en Ecosse. Legris fut tué. Carrouges passa en Afrique pour combattre les Maures^ et ne revint plus.
En 1387 eut lieu l'aventure d'Olivier de Clisson et du duc de Bretagne , aventure racontée partout, et dernièrement encore par un historien qui ne me laisse plus rien à dire (M. de Barante). Bavalan sauva à son maître un crime et des remords. Clisson paya une amende de cent mtUe livres, et livra
quatre places au duc : ainsi les nobles evoient encore des places fortifiées à eus. Les seigneurs de Laval et de Chateaubriand furent cautions de l'amcndc. En 1387, Charles VI, devenu majeur, prit les rênes du gouvernement
En 1389 on célébra un service solennel à Saint- Denis, pour le repos de l'àme de Du Guesclïn. L'évéque d'Auxerre fît l'éloge du bon connétable : la première oraison funèbre fut prononcée pour Du Guesclin , la dernière pour le grand Condé ; cai', après Bossuet, il ne faut compter personne : nouveau genre d'éloquence inspirée par la gloire de nos armes, et noblement épuisée entre les cercueiU de deux grands capitaines.
L'Europe trembla au nom de cette puissanc*ottomane qui bientôt, maîtresse de Conslantinoplc. alloit opprimer l'ancienne patrie de la civilisation , et qui expire aujourd'hui en rendant la liberté k la Grèce.
Bajazet annonçoit qu'il passeroit en Occident, et feroit manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre, à Rome; réaction des croisades, comme les croisades elles-mêmes étolent la réaction du premier débordement des nations islamistes sur les pays chrétiens. La guerre d'extermination n'a cessé entre les peuples du Christ et de Mahomet que quand le principe religieux s'est affoibli chez ces deux peuples.
Marchèrent au secours de Sigismond, roi de Hongrie, dix mille François, parmi lesquels on comptoit mille chevaliers et mille ceuycrs des plus
lOdes familles de France , commandés par les plus grands seigneurs, ayant à leur tétc Jean de Nevers, prince qui fut le second duc de Bourgogne : pour faire tant de mal à la France, il alloit conquérir dans les prisons de Bajazet le surnom de Jean-sans-Peur. La bataille de INicopolis perdue contribua, comme je l'ai déjà remarqué, avec les batailles de Crécy, de Poitiers et d'Azlncourt, à la dislocation de l'armée aristocratique, et à l'établissement de l'armée nationale. Quand le duc de Bourgogne sortit des cachots de Bajazel , Bajazet entra dans la cage de Tamerlan. Les grandes invasions étoient maintenant en Asie.
Le duc de Touraine, devenu depuis duc d'Orléans, épousa Valentine de Milan, fîlle de Galeas Visconti. Pierre de Craon, favori du duc de Touraine, fut disgracié pour avoir révélé à Valentine de Milan une infidélité de son mari. Craon étoit l'ennemi du Connétable de Clisson , et parent du duc de Bretagne.
Isabeau commençoit à manifester son penchant au luxe et à la galanterie : la cour d'amour fut instituée sur le modèle des cours de justice. Parmi les officiers de cette cour , on trouve avec les princes du sang et les plus anciens gentilshommes de la France des docteurs en théologie, des grandsvicaires, des chapelains, des curés et des chanoines. C'est à cette époque que les romanciers ont placé les aventures du petit Jehan de Saintré. Les plus terribles vérités n'interrompirent point ces fictions; on voit marcher , tantôt séparés , tantôt confondus,
dans ce siècle , les forfoîts et les amours , les fêtes et les massacres , l'histoire et le roman, tous les désordres d'un monde réel et d'un monde fictif : rimagination entroit dans les crimes , les crimes dans l'imagination. Les fureurs du schisme et Tinvasion des Anglois compliquèrent les querelles des Bourguignons et des Armagnacs.
En 1392, le duc de Touraine obtint le duché d'Orléans , en échange de celui de Touraine.
Craon assassine le connétable de Clisson , le jour de la fête du Saint-Sacrement 1 392 : Clisson ne mourut pas de ses blessures. Charles VI Youlut tirer vengeance de Craon réfugié auprès du duc de Bretagne. L'armée eut ordre de se mettre en marche. Dans la forêt du Mans « une espèce de fentôme enveloppé d'un linceul , la tète et les pieds nus, se précipite d'entre deux arbres sur la bride du cheval de Charles VI , disant : « Roi , ne chevauche plus avant ; retourne , car tu es trahi. » Le spectre rentre dans la forêt sans être poursuivi. Charles frémissant, et les traits altérés, continue sa route. Un page qui portoit la lance du roi la laissa tomber sur le casque d'un autre page : à ce bruit le roi sort de sa stupéfaction , tire son épée , fond sur les pages en s'écriant : a Avant ! avant sur ces traîtres ! » Le duc d'Orléans accourt ; Charles se jette sur lui : «Fuyez, beau neveu d'Orléans, lui crie le duc de a Bourgogne, monseigneur veut vous occire : haro! aie grand meschef, monseigneur est tout dévoyé! c( Dieul qu'on le prenne! » Le roi ne tua ni ne blessa personne^quoi qu'en ait dit Monstrelet. 11 fut ramené
au Mans air une charrette à bœufs. Les oncles du roi y le duc de Berri et le duc de Bourgogne , prirent en main le gouyernement Larivière , Lemereier , Montaigu et Le Bègues de Vilaines , ministres de Charles , eurent ordre de se retirer ; le conné- Vdde de Clisson fiilt en Bretagne après que le duc de Berri leut menacé de lui crever le seul œil qui lui restât Benoît, le pape de Rome, prétendit que Dieu oToit ôté le jugement au roi parce qu'il avoit soutenu Tanti-pape d'Avignon ; Clément , le pape d'Avignon , soutenoit que le roi avoit perdu l'esprit parce qu'il n'avoit pas détruit l'anti-pape de Rome. Le peuple François plaignit le jeune monarque et pria pour lui, tandis que les grands se réjouissoient de pouvoir conduire à leur gré les affaires de l'État Georges III , dans une monarchie constitutionnelle , a été privé plusieurs années d'intelligence , et c'est Fépoque la plus glorieuse de la monarchie angloise ; Charles VI , dans une monarchie absolue , resta à peu près le même nombre d'années dans un état d'insanité , et c'est l'époque la plus désastreuse de la monarchie Françoise : dans la monarchie constitutionnelle, la raison nationale prend la place de la raison du roi; dans la monarchie absolue, la folie de la cour succède à la folie royale.
Le parlement , toutes les chambres assemblées (1392) , confirma Fédit de Charles V, qui fixe à quatorze ans la majorité des rois. La tutelle des enfants de France fut mise entre les mains de la reine et de Louis de Bavière , frère de la reine ; des lettres de régence furent accordées quelque temps après
ixUDBS HISTORIQUM. T. IV. 9
au duc d'Orléans , frère du roi. Il y ayoit un conseil de tutelle de douze personnes; il n'y ayoit point de conseil de régence assigné. Charles VI fit son testament , et il vécut , après avoir lui-même dis-* posé de tout, comme s'il étoit mort
Et c'est de ce roi mort que Ton entend parler ensuite comme père d'enfents qui naissent au hasard , comme ayant été sur le point d'être brûlé dans un bal masqué où cet insensé figuroit déguisé en sauvage rcomme niant qu'il eût été roi, comme effaçant avec fureur son nom et ses armes ; priant qu'on éloignât de lui tout instrument avec lequel il eût pu blesser quelqu'un , disant qu'il aimoit mieux mourir que de faire du mal à personne; conjurant au nom de Jésus-Christ ceux qui pouvoient être coupables de ses souffrances de ne le plus tourmenter , et de hâter sa fin; s'écriant , à l'aspect de la reine : « Quelle est cette femme ? Qu'on m'en a délivre!^ et recevant dans son lit, trompé, la fille d'un marchand de chevaux que cette reine lui envoyoit pour la remplacer : ombre auguste , malheureuse et plaintive , autour de laquelle s'agitoit un monde réel de sang et de fêtes ! spectre royal dont on empruntoit la main glacée pour signer des ordres de destruction , et qui , innocent des actes revêtus de son nom à la lumière du soleil , revenoit la niiit parmi les vivants pour gémir sur les maux de son peuple ! Quel témoin nous reste-t-il de cette infirmité d'un monarque que ne purent guérir un magicien de Guienne avec son livre Simagorad, et deux moines qui furent les premiers crimi-
nek iMiitét à la mort par des oonfetteurs ? Qud momiiDaiil durable attette, au milieu de nous, les cdamîtés d*un r^poe qui s*écoula entre l'apparition d\m fantôme et celle d une bergère ? Une amère dérision de la destinée des empires et de la fortune des bommes : un jeu de cartes.
.Sous Tannée 1395, on remarque Tordonnance qui donne des confesseurs aux condanmés; nuds le sacrement de reudharistie leur étoit encore refusé dans le dernier siècle. Plusieurs conciles aToient réprouvé cette rigueur, incompatible, en efFét, avec la diarité du*étienne et avec le principe moral d*une rdi^on qui fait du repentir Tinnocence.
Les prisonniers envoyés à Féchafaud s'arrétoient deux fois en chemin ; dans la cour des Filles-Dieu , ils baisoient le crucifix , recevoient Teau bénite , bnvoient un peu de vin , et mangeoient trois morœaux de pain : cela s'appeloit le dender morceau du patienL Sauvai remarque que cet usage ressemble au repas que les Juives faisoient aux personnes condamnées à mort, et au vin de myrrhe que les Juifs présentèrent à Jésus-Christ Ne seroit-ce pas plutôt un souvenir du dernier repas des martyrs , le repas UbreP Les exécutions avoient presque toujours lien le dimanche et les jours de fête. Les cordeliers assistèrent d'abord les criminels, et eurent pour successeurs les docteurs en théologie de la maison de Sofbonne : sublime fonction du prêtre , qui commença en 1395 par Fédit d'un roi de France malheureux, et qui devoit donner, en 1793, un dernier consdateur à un roi de France encore plus infortuné.
Uusage étoit aussi d'offrir du yia aux juges qui assistoient à la mort du condamné : l'exécuteur des hautes œuvres faisoit les avances du prix de ce vin. Une somme de 12 livres 6 deniers fut allouée au bourreau en 1477, par le prévôt de Paris, pour avoir fourni du pain , des poires et douze pintes de vin à messieurs du parlement et officiers du roi , étant au grenier de la salle, pendant que le duc de Nemours (Armagnac) se confessoit
La dernière année du quatorzième siècle vit deux papes renonces , deux rois jugés et déposés par deux assemblées nationales : le roi d'Angleterre Bichard II, et Venceslas, empereur d'AUeniagne. Venceslas , ivrogne et débauché , se soucioit si peu de l'empire , qu'il vendit aux habitants de Nuremberg , après sa déposition , un droit de souvermneté qu'il avoit conservé sur eux, pour quelques pipes de vin. Louis d'Anjou manqua son expédition sur Naples. Le duc de Bourbon voulut surprendre Bordeaux et Bayonne pendant les troubles qu'amena la déposition de Richard II; il ne réussit pas, et la cour de France, ne pouvant dépouiller Henri de Lancastrc , s'arrangea avec lui.
Les querelles des maisons d'Orléans et de Bourgogne éclatent. Il y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne , quelque chose de plus attachant dans celle d'Orléans ; on se range malgré soi de son parti; on lui pardonne la fbiblessc de ses mœurs en faveur de son goût pour les arts, de sa fidélité au malheur et de son héroïsme. Par sa branche illégitime, on passe de
Dunois aux Longueville ; par sa branche légitime , on arrive de Valentine de Milan à Louis XII et à François I*'.
Le premier attentat vint de la maison de Bourgogne. Jean-sans-Peur, qui avoit succédé à son père Philippe-le-Hardi , (ait assassiner le duc d'Orléans le 23 novembre 1407. Les deux princes s'étoient juré dans le conseil du roi une amitié inviolable ; ils, avaieni pris les épices et bu du vin; ils s'étoient embrassés en se quittant; ils avoient communié ensemble; le duc de Bourgogne avoit promis de diner chez le duc d'Orléans , qui l'avoit invité : il n'alla pourtant point chercher au repas des morts , où il l'envoya le lendemain , son convive de Dieu à la sainte table , et son hôte au festin des hommes.
Le duc de Bourgogne nia d'abord son crime , et s'en vanta ensuite : dernière ressource de ceux qui sont trop coupables pour n'être pas convaincus , et trop puissants pour être punis. Le peuple détestoit le duc d'Orléans , et chansonna sa mort : les forfiEÛts n'inspirent d'horreur que dans les sociétés en repos ; dans les révolutions , ils font partie de ces révolutions mêmes, desquelles ils sont le drame et le spectacle.
Le bruit de l'assassinat s'étant répandu dans Paris , la reine , épouvantée , se fit porter en l'hôtel de Saint-Pol; la femme adultère se mit sous la protection de la royale folie. Bientôt elle est obligée de fdir devant le duc de Bourgogne, et emmène à Tours le roi malade. Valentine de Milan succombe à sa douleur, sans avoir pu obtenir justice. On
Faccusa de sortilèges : les sortilèges de Yaleotine étoient ses grâces. Cette Italienne, apportant dans notre rude climat, dans la France barbare» des mœurs polies et le goût des arts , dut paroître une magicienne; on l'auroit brûlée pour sa beauté, comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.
Le traité de Chartres donna tout pouvcMr au duc de Bourgogne ; on trancha la tête au sire de Mon*» taigu , administrateur des finances, ce qui nç vefll^ dia à rien : on convoqua une assemblée pour réformer l'État, et l'État ne fut point réformé/ Les princes, mécontents, prirent les armes contre le duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans , fils du due assassiné, avoit épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac, fiUe du comte Bernard d'Armagnac, d'où le parti du duc d'Orléans, conduit par le comte Bernard , prit le nom di Armagnac. On traite inutilement à Bicétre ; on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris ; le duc de Bourgogne arrive avec une armée , et en fait lever le siège. A travers tous ces maux , la vieille guerre des Anglois se ranime.
Une sédition éclate dans Paris : les palais du roi et du dauphin sont forcés ; la faction des bouchers prend le chaperon blanc ; le duc de Bourgogne perd son pouvoir et se retire : on négocie à Arras.
Le roi d'Angleterre descend en France. La bataille d'Azincourt, perdue, renouvelle tous les malheurs de Crècy et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons , après avoir été gouverné par les Armagnacs: les prisons sont forcées , les prisonniers massacrés.
DE L'HlSTOIRe DE FRANCE. 136
Le» Anglois s'emparent de Rouen, et Henri V prend le titre de roi de France.
Un traité de paix est conclu à Ponceau entre le duc de Bourgogne et le dauphin (1419). Vaine espérance ! les inimitiés étoient trop vives : Jean-sans- Peur est assassiné sur le pont de Montereau.
Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon , ;s'alfie aux Apglois pour venger son père. Henri Y .y^l^puse Catherine de France, et Charles VI le reconnott pour son héritier au préjudice du dauphin. Deux ans après la signature du traité de Troyes, Henri V meurt à Vincennes, et Charles Yl à Paris.
Le duc de Bedford , revenant des funérailles de Henri V, roi d'Angleterre, ordonne celles de Charles VI , roi de France. Cette course entte deux cercueils , entre le cercueil du plus glorieux comme du plus heureux des monarques, et le cercueil du plus obscur comme du plus misérable des souverains 9 est une leçon aussi sérieuse que philosophique. Qui en profitera? personne.
CHARLES Vil.
De 1422 à 1461.
Le dauphm se trouvoit à Espally, château situé en Velay; d'autres disent à Mehun-sur-Yèvres en Berri , lorsqu'il apprend la mort de son père. Proclamé roi par le petit nombre de fidèles qui l'environnoient, il s'habille de noir et entend la messe dans la chapelle du château ; puis on déploie la ban-
nière aux fleurs de lis d'or. Une douzaine de serviteurs crient Noël ! et voilà un roi de France.
Richemond, Dunois, Xaintrailles , La Hire, soutiennent rhonneur françois sans pouvoir arracher la France aux étrangers : Jeanne paroit, et la patrie est sauvée ^
Quelque chose de miraculeux dans le malheur, comme dans la prospérité j se mêle à l'histoire de ces temps. Une vision extraordinaire avoit 6té la raison à Charles VI; des révélations mystérieuses arment le bras de la Pucelle; le royaume de France est enlevé à la race de saint Louis par une cause surnaturelle ; il lui est rendu par un prodige.
On trouve dans le caractère de Jeanne d'Arc la naiveté de la paysanne, la foiblesse de la femme , l'inspiration de la sainte, le courage de l'héroïne.
Lorsqu'elle eut conduit Charles VII à Reims et l'eut fait sacrer, elle voulut retourner garder les troupeaux de son père; on la retint Elle tomba aux mains des Bourguignons dans une sortie vigoureuse qu'elle fît à la tête de la garnison de Compiègne. Le duc de Bedford ordonna de chanter un Te Deum , et crut que la France entière étoit à lui. Les Bourguignons vendirent la Pucelle aux Anglois pour une somme de 10,000 francs. Elle fut transportée à Rouen dans une cage de fer, et emprisonnée dans la grosse tour du château. Son procès commença : l'évêque de Beauvais et un chanoine de Beauvais conduisirent la procédure. « Cette fille si
' Voir les détails sur Jeanne d'Arc et sa mission, toin. yiii de cette édition , pa(^. 359 et suiv. , Mélanges littéraires.
sùnpU, disent les historiens , que tout au pbu savoU-^te son Pater ei son AvE, ne se troubla pas un instant , et fit souvent des réponses sublimes. » Condamnée à être brûlée vive comme sorcière, la sentence fut exécutée le 30 mai 1431.
Un bûcher avoit été élevé sur la place du Vieux- Marché, à Rouen, en face de deux échafauds où se tenoient des juges séculiers et ecclésiastiques , ou plutôt les assassins dans les deux lois. Jeanne étoit Têtue d'un habit de femme , coiKëe d'une mitre, où étoient écrits ces mots : apostate, relapse, idolâtre , hérétique. Jeanne n'avoit pourtant servi que les autels de son pays. Deux dominicains la soutenoient; elle étoit garrottée. Les Anglois avoient fait lier par leurs bourreaux ces mains que n'avoient pu enchaîner leurs soldats.
Jeanne prononça à genoux une courte prière, se recommanda à Dieu , à la pitié des assistants , et parla généreusement de son roi , qui l'oublioit Les juges, le peuple, le bourreau, et jusqu'à levéque de Beauvais , pleuroient
La condamnée demanda un crucifix ; un Anglois rompit un bâton dont il fit une croix : Jeanne la prit comme elle put , la baisa , la pressa contre son sein , et monta sur le bûcher : Bayard voulut expirer penché sur le pommeau de son épée , qui formoit une croix de fer.
Le second confesseur de la Pucelle rachetoit par ses vertus l'infamie du premier ; il étoit auprès de sa pénitente. Comme on avoit voulu la donner en spectacle au peuple , le bûcher étoit très élevé , ce
qui rendit le supplice plus douloureux et plus loi^ Lorsque Jeanne sentit que la flamme Falloit atteindre , elle invita le frère Martin à se retirer, avec un autre religieux, son assistant La douleur arracha quelques cris à cette pauvre, jeune et ^orieuse fille. Les Anglois étoient rassurés; ils n*entendoient cette voix que sur le champ du martyre. Le dernier mot que Jeanne prononça au milieu des flammes fut Jésus, nom du consolateur des affligés et du Dieu de la patrie.
Quand on présuma que la Pucelle étoit expirée, on écarta les tisons ardents , afin que chacun la vit : tout étoit consumé, hors le cœur, qui se trouva entier.
Trois grands poëtes ont chanté Jeanne : Shakespeare , Voltaire et Schiller. La Pucelle , dans Shakespeare, est une sorcière qui a des démons à ses ordres ; dans Schiller , c'est une femme divine inspirée du Ciel , qui doit sa force à son innocence, et qui perd cette force lorsqu'elle éprouve une passion. La Pucelle de Shakespeare renie son père , simple berger ; elle se déclare grosse pour retarder son supplice : tantôt elle dit que c'est Alençon qui a eu son amour , tantôt que c'est René, roi de Naples, qui a triomphé de sa vertu; mais Shakespeare, malgré sou sang anglois , prête à la Pucelle des sentiments héroïques. Il lui fait dire à Charles Yll , qui hésite à attaquer l'ennemi : o Commandez la «< victoire, et la victoire est à vous. » Quand elle est prise , elle s'écrie : a L'heure est donc venue où la tf France doit couvrir d'un voile son superbe pana-
che , et laisser tomber sa tête dans le ^ron de TAngleterre !» Lorsque Théroine est condamnée, elle |irononce ces paroles : « Jeanne d'Arc vécut chaste et sans reproche dans tes pensées; son sang pur, que tos mains barbares yersent injustement , criera Tcngeance contre tous aux portes du cid ^ »
Schiller, dans son admirable tragédie , met ces mots dans la bouche de Jeanne inspirée : «Ce royaume doit-il tomber? Cette contrée glorieuse, la plus belle que le soleil éclaire dans sa course ,
pourroit-elle porter des chaînes ? Etk quoi !
nous n'aurions plus de roi à nous ! de êouverain né sur notre sol! Le roi qui ne meurt jamais
disparoitroit de notre pays ! L'étranger qui
▼eut régner sur nous pourroit-il aimer une terre où ne reposent pas les dépouilles de ses ancêtres ? Notre langage pourroit-il être entendu de son cœur? A-t-il passé ses premières années au milieu d'une jeunesse Françoise , et peut-il être le père a de nos enfiants ? »
Et Voltaire, le poëte François, entre le poëte anglois et le poëte allemand , que fiait-il dire à la Pacelle? Reconnoissons-le , à l'honneur du temps où nous vivons, ce crime du génie , cette débauche du talent ne seroit plus possible aujourd'hui ; Voltaire seroit forcé d'être François par ses sentiments comme par sa gloire. Avant l'établissement de nos nouvelles institutions, nous n'avions que des mœurs
* OBuyru de Sbiksspiahe, coUect. GuiioT.
140 ANALYSE RAISÔNNÉE
privées; nous avons maintenant des mœurs publiques, et partout où celles-ci existent les grandes insultes à la patrie ne peuvent avoir lieu : la liberté est la sauvegarde de ces renommées nationales qui appartiennent à tous les citoyens. Au surplus, Voltaire, historien et philosophe, est juste, autant que Voltaire, poëte et impie, est inique t.
Le traité d'Arras réconcilia le roi de France et le duc de Bourgogne; Paris ouvrit ses portes au maréchal de l'Isle-Adam ( 1436) , et Charles VII , un an après, y fit son entrée solennelle. Une trêve avoit été conclue entre la France et l'Angleterre; elle expira en 1448.
Charles VII et ses généraux reprennent toute la Normandie , la Guienne et Bordeaux. Les Anglois sont chassés de France, où, après une si longue occupation et tant de malheurs, ils ne conservent que Calais, première conquête d'Edouard III (1449, 1450, 1451, 1452, 1453). Talbot, le dernier des héros de cet âge dans les rangs anglois, avoit été tué à la bataille de Castillon.
Alors vivoit Agnès Sorel , dame de beauté, qui régnoit sur le roi et le poussoit à la gloire. Charles VII eut trois fils d'Agnès Sorel, Charlotte, Marguerite et Jeanne. Monstrelet assure que ce monarque n'entretint jamais qu'un commerce d'âme et de pensées avec sa maîtresse (1445, 1446).
Le dauphin (Louis XI), cantonné dans le Dauphiné pendant quinze ans, tantôt en révolte ou-
■ Théâtre allemand, coUect. Lad vocal; Toir VEssaisurleimaurs.
verte, tant6t en conspiration secrète contre son père, se retire auprès du duc de Boulogne, où il demeure six ans (1456).
Procès fait au duc d'Alençon , prince du sang. II est condamné à mort; la peine est commuée en une prison , d'où Louis XI le délivra pour Yj ^^ mettre encore, parce qu'il conspira de nouveau.
Rivalité des maisons dTork et de Lancastre, en Angleterre. Révolutions et guerres de ia rose blanche et de ia rose rouge (1457, 1458, 1459, 1460, 1461).
Charles VU se laisse mourir de faim dans la crainte d'être empoisonné par son fils. Il expire à Meun, en Berri, le 22 juillet 1461. On a dit ingénieusement qu'il n'avoit été que le témoin des merveLUes de son règne.
Charles VII étoit ingrat, insouciant et léger; défiants qui lui furent utiles dans la mauvaise fortune, parce qu'en la sentant moins il eut l'air de la dominer.
Vingt années de malheurs mûrirent les esprits et leur communiquèrent une activité prodigieuse. Les lois, l'administration, l'art militaire, les sciences, les lettres, s'éclairèrent des besoins d'une société tourmentée par tous les fléaux de la guerre civile et de la guerre étrangère. La puissance populaire s'accrut de tout ce que perdit la puissance aristocratique; en même temps que la royauté contestée, que la couronne attaquée dans son hérédité, consacrèrent leurs droits légitimes, en étant obligées de recourir à ceux mêmes de la nation.
Les grandes scènes et les grandes causes ne se jugent ni ne se plaident devant les peuples, sans que de nouvelles idées ne s'introduisent dans les masses, et que le cercle de Fesprit humain ne s'élargisse. Aussi voyons-nous sous Charles YI et Charles VII les mouvements populaires succéder aux mouvements aristocratiques, et des excès d'une autre nature se commettre : des massacres de prêtres et de nobles dans les prisons annoncent la renaissance des passions plébéiennes. L'augmentation de la moyenne propriété; l'accroissement des cités et de leur population ; le progrès du droit civil ; la destruction matérielle du corps des nobles ; la multiplication des cadets de famille qui, presque tous privés d'héritage , n'avoient plus la ressource de vivre commensaux de leurs aînés, et se perdoient par misère dans la roture : voilà les principales causes qui amenèrent, pendant les règnes de Charles VI et de Charles VII, une des grandes transformations de la monarchie.
Sous Charles VII expirèrent les lois de la féodalité, dont il ne demeura que les habitudes. La conquête étrangère ayant obligé à la défense commune , on se donna naturellement au chef militaire autour duquel on s'étoit rassemblé ; or, cela n'arrive jamais sans que des libertés périssent L'impôt levé pour la solde des compagnies régulières ne fut point et ne put être consenti par la nation pendant les troubles de TÉtat; il resta de ces troubles, à la couronne, un impôt non voté et une armée permanente, les deux pivots de la monar-
chie absolue. Les mœurs devinrent demi-chevaleresqaes, demi-soldatesques; le chevalier se métamorphosa en eaualier, et le pédaîlle en fantassin. Les frères Bureau fondèrent l'artillerie : tout le monde à cette époque, bourgeois et gens de plume, avoit porté les armes.
Charles VII institua un conseil d'État, qui devint le conseil exécutif. Le parlement, ne faisant plus partie du conseil du roi, vit mieux les limites de ses fonctions judiciaires, en même temps qu'il garda les fonctions politiques dont il s'étoit emparé; car, vers la fin du quatorzième siècle, les états avoient presque cessé d'être convoqués.
L'histoire des idées commence à se mêler à lliistoire des faits. Les spectacles modernes prennent naissance, ou du moins, étant déjà nés, ils se développent Aux combats d'animaux, aux mimes de la première et de la seconde race, succédèrent, sous la troisième, les troubadours et trouvères, les jongleurs , les ménestriers, l'association de la Mère folie, les Confrères de la passion, les Enfants sanssoud, les Coqueluchiers , les Cornards, les Moralités jouées par les clercs de la Basoche , la Royauté des fous par les écoliers, et enfin les Mystères, plaisirs grossiers sans doute, enfance de l'art où tout se trouvoit confondu, musique, danse, allégorie, comédie, tragédie, mais scènes pleines de mouvement et de vie, et dont nous aurions tiré une littérature bien plus originale et bien plus féconde, si notre génie, sous Louis XIV, ne s'étoit fait grec et latin. Les Enfants 5âr/i^-^oi;cijouoient particulièrement la
comédie; leur chef s'appeloit le prince des sots, et portoit un capuchon surmonté de deux oreilles d'âne. Les Cornards avoient pour chef Yabbé des Cornards. Je ne sais si Ton a jamais remarqué que les premières éditions de la Mer des histoires ei chroniques de France sont ornées de très belles majuscules et de vignettes qui représentent le />rriice des sots, et des scènes peu chastes. Le mariage » chez les anciens, n'a jamais été, comme chez les modernes, et surtout comme chez les François , un sujet de raillerie; cela tient à ce que les femmes n'étoientpas mêlées à la société antique ainsi qu'elles le sont à la société nouvelle. La comédie naissante n'épargna ni les choses ni les personnes; elle fut licencieuse à l'exemple des mœurs qu'elle avoit sous les yeux, hardie de même que les guerres civiles au milieu desquelles elle surgit. La tragédie prit son plus grand essor pendant les troubles de la Fronde.
La fureur de ces spectacles devint si grande que tout le monde voulut être acteur; des princes, des militaires, des magistrats, dcsévéques, se faisoient agréger à ces troupes comiques dont la profession étoit libre. L'esprit passoit par degrés des plaisirs matériels à ceux de l'intelligence. Le christianisme, ayant porté la morale dans les passions, avoit combiné et modifié ces passions d'une manière toute nouvelle : le génie pouvoit fouiller cette mine , non encore exploitée, dont les filons étoient inépuisables.
Du point où la société étoit parvenue sous
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Charles VU , il étoit loisible d'arrirer également à la monardiie libre cm à la monardiie absolue : on ▼oit très bien le point d Intersection et d'embrandbement des deux routes; mais la liberté s^arréta et laissa mardier le pouvoir. La cause en est qu'après la confusion des guerres civiles et étrangères, qu'après les désordres de la féodalité» le pendiant des dboses étoit vers Tunité du principe gouvernemental. La monardiie en ascension devoit monter au plus haut point de sa puissance; ilfalloit qu'en écrasant totalement la tyrannie de l'aristocratie elle eût commencé à faire sentir la sienne , avant que la liberté pût r^ner à son tour. Ainsi se sont succédé en France, dans un ordre régulier, l'aristocratie , la monardiie et la république; le noble, le roi et le peuple : tous les trois, ayant abusé de la puissance, ont enfin consenti à vivre en paix dans un gouvernement composé de leurs trois éléments.