‹ Études iconographiques et archéologiques sur le moyen ageChapitre 8 sur 27 · DU 1V<= AU XI1« SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU 1V<= AU XI1« SIÈCLE

^^^^rK u moment où le christianisme j^^^M triomphe on voit une révolution uItojLjk protonde se produire dans une des formes les plus intéressantes de l'art des anciens, dans k peinture en mosaïque. Les incrustations de marbre qui avaient jus-

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qu'alors fourni tant de superbes pavements aux temples, aux palais, aux villas de la Rome impériale, sont détrônées au profit des incrustations murales à base d'émail.

Celles-ci, plus brillantes, d'une exécution plus facile, s^emparent rapidement de la feiveur du public; elles ne tardent pas à conquérir la place d'honneur dans les édifices consacrés au nouveau culte ; c'est à elles que sont dévolues toutes les attributions de la grande peinture d'histoire*.

On se tromperait cependant en croyant que la mosaïque de marbre, ou, en thèse générale, la mosaïque destinée à servir de pavement, ait été complètement délaissée.

D'innombrables spécimens, répandus sur toute la surface du monde romain , et allant du iv« au xii« ou xiii« siècle, viennent nous prouver le contraire. L'ancien opus vermicu-

^ Ce n^est pas à dire que les anciens n'aient pas connu la mosaïque d'émail, ou qu'ils ne l'aient pas appliquée à la décoration des parois. Rien n'est moins fondé que cette croyance. Seulement, ce genre de mosaïque occupait un rang inférieur et on ne s'en servait guère que pour produire des motifs d'ornement.

latum a dégénéré, non pas disparu. On ne lui demande plus de rivaliser de finesse avec quelque tableau de genre, tel que le Poète comique^ ou bien d'éterniser quelque grande page d'histoire, telle que la Bataille d'Arbelles : on l'abandonne à des mains de plus en plus inhabiles, et peu à peu, la pénurie des marbres étrangers venant s'ajouter à la grossièreté des artistes, la composition et l'exécution se corrompent au même point. Mais la barbarie et l'espèce d'abandon qui régnent dans la plupart de ces lithostrotes leur donnent précisément une valeur considérable pour l'histoire des traditions populaires et des mœurs nationales ; elles nous en font connaître l'état exact mieux que beaucoup d'ouvrages d'un ordre plus élevé, dans lesquels les artistes ont été soumis à une direction et à une tutelle sévères et incessantes.

Aussi bien les patients incrustateurs des pavements antiques étaient-ils des artistes d'une valeur supérieure, de vraies personnalités, inscrivant fièrement leur nom sur leur œuvre, avec la formule liroiriaev : Sosus, Dios-

corîde de Samos, Heraclite, Proclus, Jolius Sotcr, Foscus, Prostatiiis, Ariston, Neithodorus. Au moyen âge, au contraire, toutes ces productions sont anonymes, à Texception peut-être de celles des cathédrales d'Otrante et de Brindes, dont il sera parlé plus loin : leurs auteurs, souvent étrangers aux principes les plus élémentaires du dessin, se distinguent à peine de la foule, auprès de laquelle, à tout instant, ils viennent chercher des inspirations.

Ce qui frappe tout d'abord quand on s'enquiert des conditions dans lesquelles ont pris naissance les pavements chrétiens des neuf ou dix premiers siècles, c'est une certaine similitude avec la manière de procéder des anciens. L'initiative privée y joue un grand rôle. De simples particuliers rivalisent de zèle pour doter les sanctuaires de lithostrotes plus ou moins riches, tantôt en exécution d'un vœu, tantôt pour laisser à leurs concitoyens un témoignage de leur piété ou de leur magnificence ; ils ne manquent paa de

confier chaque fois à une épigraphe le soin de perpétuer le souvenir de ces fondations* .

A Trieste on Usait l'inscription

RVFINVS. CVSTOS. PRO. VOTO. SVO FIERI CVRAVIT. PAVIMENTVM. ANNO. D. X. V.«

^ Rapprocher de ces inscriptions les inscriptions païennes qui se trouvent dans Gualterio, Doni^ Muratori, etc. En voici quelques-unes qui sont caractéristiques : « P. Rubrius Trophimus et Rubrius Agathos C. L. atrium refecerunt et vermiculum straverunt, item pavimentum spicam. straver. * etc., etc. (Muratori,t. I,

g. 314, n** 2). — * Gn. Octavio A. F. Mi. Niconor. olonar. Velic. Vener... Aric. pavimentum sedilia fecit aedemque reficiendo coir (siCj pour « curavit ») : Syracuse, « in opère tessellato pavimenti cujusdam aedis ». — c Silvano et Mercurio sacrum Ti. Claudius Epictetus et Claudia Herois ex voto 1. m. ar. et paviment. s. p. rest. » Spon, qui rapporte ce dernier document (Recherches curieuses, p. 33), croit avec raison qu*il s'agit d'une mosaïque et non d'un simple pavage ; on n'aurait pas pris soin de signaler d'une manière expresse l'exécution d'un travail si vulgaire. — c C. Rustius ad aedem melioris paviment. h. s. * (Doni, Inscriptiones antpqua, p. 64). — Voir aussi Orelli-Henzen, n"» 4130, 6124, 6590, 6606, 721 1, 7368, etc., Gualterio, Sici" lia,,, antiqua tabula; Messine, 1624, p. 14, le Corpus inscr. latin. y t. I, no 1474, et enfin l'article de M. Héron de Villefosse, dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1881, p. 303-305, ainsi que celui de M. Renan, Les Mosaïques de Hammam-Lif; Paris, 1883, extr. de la Revue archéologique.

* Ireneo délia Croce, Istoria antiqua e moderna délia

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Nous voyons se dessiner ici, dés le début, les différences qui séparent les mosaïques du sol de celles des parois. L'histoire de ces dernières n'enregistre qu'exceptionnellement des traits de ce genre. Dans l'immense majorité des cas c'est aux papes, aux évoques, aux princes, quelquefois à de hauts dignitaires militaires ou civils (Flavius Ricimer, à Rome, Julien l'Argentier, à Ravenne) que parait réservée la décoration de la nef et de l'abside ; c'est à eux que sont dues les mosaïques murales, petites ou grandes, des sanctuaires chrétiens.

citià di Truste; i'® édition Venise, 1696, nouvelle édit. Trieste^ 18x2^ t. I, p. 188. Cet auteur ne donne malheureusement pas de détails; il se borne i dire: rSi scoprl sotto terra un pavimento o lastricato a mosaico, composto con diversità di piètre colorite, ne! mezzo del quale era una lapide colla seguente iscrizione : Rufinus.., » Furietti, de Musivis, p. 74, rapporte également cette inscription. Voir aussi le Dictionnaire de Martigny^ p. 424, et Rossetti, Musaico antico scoperto nelV apriîe del 182$ a Trieste. Les archéologues qui se sont occupés de la mosaïque de Trieste ont tous cm que les sigles ANNO D. X. V. correspondaient à 1 année 51$ de notre ère. M. Mommsen, dans le Corp, inscr, lot,, t. V, i""* partie^ n* 695, est au contraire disposé à les interpréter comme suit : anno [... imperatorts... in]d(ictione) XV.

Souvent on voit les fidèles procéder par voie de cotisation et verser chacun pour Texecution de l'œuvre commune une somme plus ou moins forte, représentant un certain nombre de palmes carrés de mosaïques.

Martigny a rapproché avec raison cette coutume de la formule : ex stipe — collato, que Ton rencontre dans les marbres antiques * , Les exemples de ces sortes de fondations sont beaucoup plus fréquents qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. On en rencontre, entre autres, dans l'église Saint-Félix*; à Aquilée; Inzino, prés de Brescia'; à la cathédrale de Grado * ; à la cathédrale de Vérone *.

1 Dictionnaire f p. 422.

' Bartoli, Anticbità d'AquiUja projane e sacre ;Yenistf

» Bartoli, op. laud., 343-350. Heider et Eitelberger, Mitielalterliçbe Kunstdenkmâîer des 6. Kaisersiaats, 1. 1, p. 116.

* Marini, dans la Vet, scriptor, nova collectio de Mai, t. V, p. 126.

• MafFei^ Musœum Veronense, p. ccviii, avec gravure. Marini cite encore (V^ 126) une inscription aui se trouve à Brescia, dans la vieille église de Saint-Pierre, et qui est ainsi conçue :

Les formules sont généralement peu variées. En voici quelques spécimens :

Aq ailée

Grado :

MALCHVS

ET EVFEMIA

CVM SVIS -

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