‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 106 sur 134 · LES DEUX RENARDS · texte numérisé non relu

LES DEUX RENARDS

« Carataca et Damanaca, deux renards renommés pour leur finesse, résolurent de s'associer pour rendre leur vie plus douce et se procurer quelques loisirs.

€ Il fut convenu que l’un garderait le logis pendant que l’autre s’en irait à la chasse et rapporterait la nourriture.

« Ayant fixé le premier jour leur situation par le sort, Carataca resta dans la tanière et Damanaca descendit dans les champs.

« Le chasseur surprit d’abord une tourterelle sur son nid et 1l la dévora avec ses œufs. Songeons d'a-

bord, dit-il, à apaiser notre faim et nous chasserons après pour notre compère.

« Pendant toute la journée il se fit le même raisonnement et, sur le soir, comme il rentrait avec un maigre ibis qu’il avait surpris près d’un ruisseau, il se dit :

« Ne rapportons pas ce morceau au logis, Carataca dirait que j'ai mangé les meilleurs morceaux, et il croqua l’ibis à belles dents.

« Lors, prenant un air attristé, il rejoignit son camarade et, feignant de boiter, il lui dit : — Je guettais depuis longtemps un jeune chevreau des plus appétissants ;

« Mais la mère, m’apercevant, s’est précipitée sur moi et m'a donné un coup de corne qui m'a arrangé de la façon que voici.

« Aton tour de sortir, peut-être seras-tu plus heureux que moi.

« Carataca plaignit bien fort son ami. — Veux-tu, lui dit-il, que j’applique sur ta jambe un emplâtre de ma façon? :

« Mon père autrefois exerça la médecine et il m'a enseigné plus d’un secret.

« — Non, répondit Damanaca, mais va plutôt chercher un peu de nourriture, car je meurs de faim, si tu ne viens à mon aide.

« Carataca partit à son tour pour les champs. Quand vint le soir, Damanaca l’aperçut qui revenait à la tanière, en boitant encore plus fort qu’il ne l’avait fait lui-même la veille.

« — N'as-tu donc rien trouvé, lui dit-il, que tu ne me rapportes rien? — Si fait, répondit Carataca. J'ai trouvé un coup de bâton qui m'a mis dans l’état où tu me vois:

« J'avais rencontré précisément le chevreau que tu manquas hier ; la mère était absente et j'allais

m'en emparer, lorsqu'un soudra qui veillait sur le troupeau...

« — C'est assez, fit Damanaca en éclatant de rire, il vaut mieux rompre notre alliance; car je vois

bien que nous ne mangerions l’un et l’autre que tous les deux jours.

« Deux renards, deux singes, deux prêtres, deux

médecins ne peuvent vivre ensemble sous le même toit. »

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