‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 52 sur 134 · DIALOGUE DE YAMA ET DE SON AMANTE YAMI · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE YAMA ET DE SON AMANTE YAMI

YAMI.

« Qu’un ami vienne à son amie. Traverse le large océan de la mort. Que le sage Vivaswäu, pour truit de ses méditations, voie le petit-fils de son père s'étendre sur la terre.

YAMA

« Ton ami ne recherche point ton amitié. Si nous avons la même origine que les autres dieux, notre forme est différente. Les enfants du grand Asoura sont des héros qui soutiennent le ciel; ils étendent leur large puissance.

YAMI.

« Tous ces immortels désirent quelque chose,

ne serait-ce que l’offrande d’un mortel. Moi, ma pensée est unie à la tienne. Que mon époux naisse et se revête d’un corps.

YAMA

« Je suis juste, et ne veux point condamner comme injuste ce que nous avons déjà fait. Je sais que le divin Gandarwa est notre père, qu’au sein des ondes célestes Apya est son épouse et notre mère, notre naissance est illustre.

YAMI.

« Notre aieul le divin Twachtri, et Savitri qui donne toutes les formes, ont voulu qu’au sein même de notre mère nous fussions mari et femme (ce mythe existe en Chaldée et en Égypte). La terre et le ciel nous connaissent, ils connaissent notre père.

YAMA

« Qui a connu son premier jour, qui l’a vu alors, qui peut ici en parler? La demeure de Mitra et de Varouna est grande. Que me dis-tu, Ô toi qui veux le mal des hommes ?

YAMI.

« Yami désire Yama. Elle veut avec lui dormir

dans un même sein. Comme une épouse avec son époux, je veux pour toi parer mon corps. Roulons ensemble ainsi que les deux roues d’un char.

YAMA

« Les œuvres brillantes des dieux ne peuvent un instant s'arrêter dans ce monde. O toi donc qui frappe les hommes, cherche promptement un autre époux que moi ; roule avec lui ainsi que les deux roues d’un char.

YAMI.

« Que les offrandes soient présentées à Yama le matin et le soir. Que l’œil du soleil se rouvre pour Jui. Que le ciel et la terre soient encore un couple de bons parents. Qu’Yami retrouve un époux dans Yama.

YAMA

« Nous sommes arrivés dans un âge où les épouses doivent supporter la perte de leurs maris. O temme, étends ton bras sous la tête d’un homme autre que moi. Désire un autre époux.

YAMI.

« Qu'est-ce qu'un frère qui n’est point votre pro-

INDO-EUROPÉENNES ET AFRICAINES. at

tecteur? Qu'est-ce qu’une sœur, livrée à Nériti? Dans mon amour, je parle beaucoup. Rapproche ton corps du mien.

YAMA

« Je ne rapprocherai point mon corps du tien. On a déclaré pécheur celui qui épouse sa sœur. Cherche le plaisir avec un autre que moi. O femme, ton frère ne veut point de toi.

YAMI.

« Hélas, Yama, tu es cruel, je ne reconnais niton cœur, ni ton âme. Qu’une autre t’enlace avec sa ceinture et t'embrasse comme la liane embrasse l'arbre.

YAMA

« Yami embrasse un autre, qu'un autre t’embrasse comme 1a liane embrasse l'arbre. Désire son

amour. Qu'il désire ton amour. Que votre union soit heureuse. »

Nous retrouverons, en l’expliquant, ce mythe dans toute l’antiquité.

Page 1