‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 54 sur 134 · À ROUDRA · texte numérisé non relu

À ROUDRA

« Que le chantre élevant sa voix fasse agréer à Roudra l'hommage qu’il lui rend aujourd’hui au milieu de cette pieuse assemblée. Les deux pères du sacrifice poursuivent leur œuvre. Que le père de

famille en ce jour de largesse ne refuse rien aux sept sacrificateurs.

# * + « Que Roudra, qui de ses traits terrasse ses ennemis, vienne dans cette enceinte pour nous protéger et nous combler de ses biens. Que ce dieu ra-

pide, à la voix sonore, fasse descendre sur nous son onde secourable.

« O Aswins, votre âme est émue aux invocations que vous adresse le sage et vous accourez avec empressement. La main du prêtre dirige l’offrande qu'a préparée le généreux sacrificateur.

| x + « Quand la nuit se trouve surprise au milieu des vaches rougeâtres, c’est vous que j’invoque, Ô Aswins, enfants du ciel, entendez-moi; venez à mon

sacrifice et faites attention aux offrandes que je vous

présente.

« Cependant il s'étend le dieu qui, pour le bonheur des hommes, développe avec force son énergique virilité. Lui-même, invincible héros, forme et agrandit le sein de sa fille.

« Alors, entre le ciel et la terre, ils se rapprochent, et le père devient l'époux de sa fille (mythe de la création, le dieu divise son corps en deux parties pour créer, l’une mâle et l’autre femelle); ils laissent échapper dans l’air quelques gouttes de leur semence féconde, et le foyer du sacrifice est arrosé.

. se.

* « Quand le père s’est uni à sa fille, il vient répandre sa semence sur la terre. Les pieux Devas, qui

ont enfanté les rites, ont établi Agni pour être gardien de leur œuvre, le maître de la demeure sainte.

« Que ce dieu jette donc son écume lumineuse sur le champ du sacrifice. Qu'il se précipite témérairement de tous côtés. On dirait qu’il recule en retenant le pied droit ; on dirait qu’il refuse de toucher les vaches que je lui présente.

* * + « Que le dieu qui, par son souffle, agite le monde, arrive pour soutenir la mamelle d’Agni. Tel que le poëte, avec ses chants, qu'il le réveille. Le prêtre

apporte Le bois et enfante l’holocauste, et Agni naît pour soutenir et défendre ses serviteurs.

* X + | « Les Navagwas, chantant Rita, ont recherché sa tutelle et l’amitié de sa charmante fille. Privés du sacrifice, ils sont venus trouver le dieu gardien de

ce monde, placé entre le ciel et la terre, et ils ont retrouvé le lait céleste.

Le ". ILES TRADITIONS

« Avec l’amitié de la charmante fille de Rita, ils obtiennent encore un'bien nouveau, et ce bien, que produit la pure semence d’un dieu, c’est le lait de la vache du sacrifice.

« Les Angiras avaient trouvé l’étable vide de son troupeau céleste; mais un dieu bon et réparateur s’écrie, pour consoler le sage : « O sacrificateurs! me « voici, votre richesse va vous étre rendue. »

« Ainsi, les Angiras se rassemblent autour l’Idra : ils allument les feux nombreux du sacrifice. Indra cherche à briser les membres du fils de Nrichad!, Enfin, le dieu invincible pénètre dans la caverne ténébreuse et déchire le corps de Souchna qui couvrait le monde.

« Alors naît la lumière, alors brillent comme le

soleil les Devas (anges), qui siégent au triple foyer.

1. C’est la fiction d’Indra terrassant l'esprit du mal, que l'on retrouve dans toutes les mythologies, même la mythologie chrétienne.

Alors apparaît Agni, surnommé Djatavédas ; écoutenous, Ô sacrificateur ! Agni, qui honore Rita, veut notre salut.

« J'ai chanté Indra, et, comme Manou, j'ai préparé le gazon pur et sacré. Venez aussi prendre part au sacrifice, Ô Nasatyas, enfants radieux de Roudra! Sovez célébrés parmi les nations; soyez heureux de nos hommages et comblez-nous de vos bienfaits.

« J'adore aussi, et je chante ce dieu fort, ce roi prudent, qui traverse l’océan aérien, et dont les rayons sont les chaînes du monde. Il a donné de la vigueur à Cokchivan. Il a communiqué à Agni la rapidité avec laquelle tourne la roue d’un char.

* # + « Agni, le sacrificateur, est l'ami des dieux, races divine et humaine; ilest appelé Vétarana et nous donne le lait de la vache rapide du sacrifice. Cepen-

dant, par des chants pieux, je demande la protection de Mitra, Varouna et Aryaman.

« O Agni, Nâäblänédichtha, ton parent, dépose en

ton sein brillant la libation et la prière; 1l t’adresse ses vœux. Ici est notre mère commune, et je ne suis qu'un de ses nombreux enfants.

« Oui, dit Agni; ici est ma mère; ici est ma demeure, ici mes Devas; je suis tout ici. Les Dwidjaas sont les premiers nés de Rita." La vache du sacrifice vient de naître et vous offre son lait.

« Ainsi, le dieu rapide et brillant qui appartient à deux mondes, dévore le bois qui est son aliment, et s'élance avec joie dans l'air. Sa mère l’a enfanté pour que sa force fasse notre bonheur; le jeune nourrisson croit, se dresse, se développe et bientôt menace ses ennemis.

x" x « Que les vaches de la louange, enfants d’un sage, s'élèvent à la hauteur des dieux. O toi qui es opu-

lent, écoute-nous! Manou a fait le sacrifice de l’Aswamendha et n’a dû son bonheur qu’à sa piété.

« Et toi, Indra, maître des hommes, dont le bras porte la foudre, accorde-nous une grande richesse.

Conserve-nous Ô dieu traîné par deux coursiers azurés, tu es bon; sauve par ton secours les serviteurs de Maghavau. |

« O couple royal, en faveur d’un sacrificateur, Indra, charmé de ses chants,*est parti sans retard pour la conquête des vaches célestes. Ce dieu sage s’est montré l’ami des Angiras: il les a soutenus, il a rempli leurs vœux.

« Empressés à orner de nos louanges un dieu invincible, nous lui adressons une prière. Le coursier de la libation est lancé en son honneur. O Varouna, tu es sage; apporte-nous l’abondance.

. « Pour obtenir votre amitié et augmenter nos forces, le prêtre vous présente son offrande et sa louange. Toutes nos voix s’unissent pour vous chanter. Qu'’une route semée de biens s'ouvre devant nos prières.

« Le dieu surnommé Soubaudhou, célébré par nos voix, couvert de nos libations, entouré de nos offrandes et de nos prières, a grandi au milieu de nos

hymnes, le lait de la vache divine déborde de sa mamelle.

« Dieux que nous honorons et qui vous réjouissez ensemble de nos hommages, soyez-nous secourables. Vous êtes sages: vous nous apportez l’abondance, et dans les fonctions diverses que vous remplissez, vous rassemblez pour nous des trésors de bonheur.

AUX ANGIRAS

« O vous qui, réunis pour le sacrifice et l’offrande, avez ainsi obtenu l’amitié d’Indra et l’immortalité, Ô Angiras, soyez fortunés dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Pères du sacrifice, vous avez délivré les vaches célestes, et par le retour des rites brisé les portes de Bala. O Angiras, vivez longtemps. Dans votre sagesse accueillez le vœu dè Manou.

« Par le sacrifice, vous avez élevé Sourya dans le ciel ; vous avez étendu la terre, notre mère. O Angi-

ras, ayez une race heureuse. Dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Nabhä Nedichtha vous chante dans votre demeure, Ô Richis, qui avez les dieux pour enfants. O Angiras, que vos rites soient prospères. Dans votre sagesse, accueillez le vœu de Manou.

« Les Richis sont différents pour leur forme; mais toutes leurs œuvres sont également sages. Les Angiras, enfants d’Agni, naissent autour de lui.

« Les Angiras, aux formes variées, naissent d’Agni autour de son foyer brillant. Lui-même, il est le premier des Angiras ; il est Navagwa, Dasavagwa, et au milieu des dieux qui l’accompagnent, il se montre magnifique.

« Ces sages, unis à Indra, ont délivré les vaches et les coursiers célestes ils m'ont donné des milliers de grasses génisses; ils m'ont procuré l'holocauste que j’offre aux dieux.

« Que la race de Manou se propage ! qu’elle croisse comme l'orge dans les champs c'est ce Manou qui donne en présent des centaines, des milliers de coursiers.

Pa

« Personne ne peut renverser sa présence ; il est élevé comme le ciel. Les présents du fils de Savarna sont aussi étendus que la mer.

* « Deux princes généreux, Yadou et Tourvasa, en-

tourés de vaches, sont comme deux serviteurs empressés à seconder la munificence de Manou.

x" + « Qu'il soit heureux ce Manou, ce chef de nos bourgades, ce bienfaiteur opulent. Que sa munificencè éclate avec le soleil. Que les dieux prolongent la vie de l'enfant de Sarvana, et que par lui

nous jouissions, infatigables dans nos œuvres, d'une heureuse abondance. »

HYMNE A AGNI-VAYOU ET SOURYA

« L’Étre couronné de rayons a trois formes :

il porte le feu, l’onde, il porte le ciel et la terre. Il est de toute clarté qui frappe nos ye ux; ilest l’astre que vous voyez.

« Les divins Mauvis, dont les rayons servent de guides à Vayou, se revêtent d'une noire enveloppe. Ils pénétrent au sein du nuage, et suivent la direction du vent.

* # % « Ils s’écrient dans leurs pieux transports : Nous

sommes les Mauvis attachés aux vents. O mortels, Vous voyez n0S Corps.

« Le Mauvi des vents, devenu l’ami des dieux, est empressé de seconder leurs œuvres, marche avec l'air, jetant son corps sur tous les corps.

* x % « Ce Mauvi est le coursier du rapide Vayou et

l'ami respecté par ce dieu. Il visite les deux mers, celle de l’orient et celle de l'occident.

+ + « L'Étre rayonnant, est celui qui voyage sur la route des Apsaras, des Gandharwas, des rapides

sangliers de l'air. C'est aussi le sage ami de la maison, l’auteur des sucs les plus enivrants.

« L'Étre rayonnant est encore Vâyou, qui avec Roudra boit à la coupe remplie de l’eau céleste, qui pour lui agite l'air et brise ce qui ne veut pas plier. »

Agni, Vayou, et Sourya reçoivent ordinairement dans leur réunion, le nom de Trinité Védique; c’est en effet cette triade qui se dégage le mieux de l’ensemble des hymnes du Rig-Véda. Bien que tous les

poëtes du Rig ne l’aient pas comprise de la même manière, il est certain que c’est cette trinité un peu vague, car ses attributs sont souvent donnés à Indra, Mitra et Varouna, autre triade védique, qui a précédé et préparé la trinité définitivement manifestée dans la théologie Brahmanique, sous les noms de :

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