À INDRA
« Je veux chanter les antiques exploits par lesquels s’est distingué le foudroyant Indra. Il a frappé Ahi ;ila répandu les ondes sur la terre ; il va déchaîner les torrents des montagnes.
« Ahi se cachait dans la montagne; il a frappé de cette arme retentissante, fabriquée pour lui par Twachtri; et les eaux telles que des vaches qui courent à leur&étable se sont jetées au grand fleuve.
* * « Magavan a pris sa foudre qu'il va
lancer comme une flèche, il a frappé le premier né des Ahis.
« Aussitôt les charmes de ces magiciens sont détruits ; aussitôt tu sembles donner naissance au soleil, au ciel, à l'aurore. L’ennemi a disparu devant toi.
« Indra a frappé Vritra, le plus nébuleux de ses ennemis. De sa foudre puissante et meurtrière il lui a brisé les membres, tandis qu’Ahi comme un arbre frappé de la hache, git étendu sur la terre.
* X * « Ilosait provoquer le dieu fort et victorieux; il n’a pu éviter un engagement mortel, et l'ennemi d’'Indra d'une
poussière d’eau a grossi les rivières.
« Privé de pieds, privé de bras ii
combattait encore ; Indra de sa foudre le frappa à la tête et Vritra tomba déchiré en lambeau. |
St « La mère de Vritra s'abaisse; Indra lui porte par dessous un coup mortel, la mère tombe sur le fils. Danou est étendue comme une vache avec son veau.
« Le corps de Vritra ballotté au milieu des airs agités et tumultueux, n’est plus qu’une chose sans nom que submergent les eaux. Cependant l’ennemi d’Indra est enseveli dans le sommeil éternel. |
« Indra, roi du monde mobile et im-
. mobile, des animaux apprivoisés et
sauvages, armé de la foudre, est aussi roi des hommes. Comme le cercle d'une
roue en embrasse les rayons, de même Indra embrasse toute chose.
(Hiramyastoupa 1,57, Ric..)
« Le résultat de la bataille est que la vie est rendue aux animaux et aux plantes; c’est l’œuvre d’Indra, prince dispensateur des richesses, trésor inépuisable de l'abondance. »
On peut dire que le Rig-Véda tout entier, n’est qu'un immense chant symbolique de cette lutte. entre la vie et la mort, entre l'esprit de la création et l’esprit de la destruction, lutte de laquelle le premier, personnifié par Indra qui est souvent secouru par Agni, sort toujours vainqueur.
Voilà le sens réel de la tradition du Rig-Véda. N’en déplaise à l’école allemande, les vieux Indous étaient arrivés depuis longtemps, au moment où ils chantaient ces poésies, à la notion de la Divinité, de cette divinité dont parle Dirgathamas lorsqu'il prononce ces paroles que nous avons déjà plusieurs fois citées :
Les sages donnent à l'Étre unique plus d’un nom?
Et nous sommes d’autant plus à l'aise pour soutenir que cette école prête au Rig-Véda ses propres
HS LES TRADITIONS
réveries, que libre penseur avant tout, il nousimporterait fort peu, de-ne point rencontrer ces notions chez les Indous, tandis que nos adversaires, naturalistes ou matérialistes purs, hommes de parti-pris avant tout, sont obligés de soutenir le matérialisme des Védas, sous peine de ruiner leurs propres théories.
Ils auront beau faire et beau dire, pour tout homme qui étudie le Rig-Véda sans système, et au point de vue de la science pure, le Rig-Véda n’est qu'un long cantique à la Divinité; et c’est des traditions de ce livre, que sont sorties toutes les traditions cosmiques et théogoniques, de la Chaldée, de l'Égypte, de la Grèce, de Rome, de la Germanie, de la Gaule et des pays scandinaves.
De même que les langues de ces contrées doivent être comparées au sanscrit, idiome indo-européen commun, pour qu’on puisse retrouver leurs racines et leurs formes primitives, de même tous leurs mythes religieux doivent être comparés aux mythes des Védas pour être compris. C’est cette dernière œuvre que nous essayerons d'accomplir dans notre Étude sur la mythologie comparee. |
Sur ce point nous sommes d’accord avec notre adversaire quand il dit que :
« La découverte de la Mythologie
des Védas a été à la mythologie comparée, ce que la découverte du sanscrit a été à la grammaire comparée. »
Nous ne voulons pas clore ce livre, sans montrer à nos lecteurs que nous ne sommes pas isolés dans cette lutte que nous soutenons contre la science germanique à propos de l’interprétation des mythes védiques. |
Qu'on lise les lignes suivantes que nous empruntons aux deux éminents indianistes cités plus haut, et on verra que eux aussi ont trouvé la conception divine dans son expression la plus élevée, là où Max Muller et ses adeptes, n’ont rencontré que des masques sans acteurs, que des noms sans êtres, nomina et non numiru.
« Quel que soit le sens réel des Védas, quel que soit l'esprit qui les ait conçus,.la foi qui les ait chantés, on demeure tout étonné au pointde vuelittéraire, de la sérénité du style, de la grandeur des idées, de la fermeté des sentiments qui les caractérisent. Il semble qu’un souffle divin ait enflammé tous ces esprits, inspiré tous ces poëtes. On croirait à les entendre que de leur temps la fraîcheur odorante qui s'élevait à l’aurore, du fond des prairies, du feuillage des arbres, du sein des fleurs âvait plus de
charmes pour les sens, et de grâce pour l’esprit que de nos jours. |
« Mais si le ciel enchante les richis par ses clartés, la terre parses parfums, l’atmosphère par ses couleurs: si la brise qui agite les moissons, la rosée qui diamante les herbes, le rayon naissant qui empourpre l’espace, jettent leur âme dans l’extase, et dirige leurs chants vers les cieux, n’est-ce pas la preuve indiscutable que leur cœur est poëtique et que leurs lèvres sont sincères? N’en ressort-il pas cette évidence que l'humanité des premiers âges sentait instinctivement la divinité sourdre de l’âme, comme une source de la montagne? Que voulez-vous que soient ces vents harmonieux et bienfaisants, sinon des dieux propices, et cette atmosphère vivifiante, et ce soleil fécondant, et cette nature si riche, et ces eaux si utiles, c’est-à-dire tous les génies védiques, sinon d’admirables allégories de la force, de la grandeur et de la générosité d’un être supérieur et créateur, qui détaille ses bienfaits avec tant de prodigalité, que le contemplateur de sa bonté finit par s’égarer dans ces manifestations infinies. »
Nous voilà bien loin de ces métaphores mal comprises, de ces maladies du langage, de ces altérations de racines d’où l’antiquité aurait inconsciemment tiré tous ses mythes, bien loin de cette science
systématique, qui part en guerre avec un principe défini, et qui d'avance nons annonce qu'elle va prouver que la vieille antiquité indoue s’est agenouillée devant des radicaux atteints d’excroissances linguistiques.
I1 fallait un cerveau allemand pour s’imaginer que toute une grande civilisation à pu courber la tête, offrir des sacrifices et prier, sans savoir devant qui elle se courbait, devant qui elle déposait ses offrandes, et à qui elle adressait ses prières.
Nora. — Dans un volume spécial nous étudierons les Traditions africaines venues de l'Inde, et qu’un lien étroit rattache à celles de l'Europe.
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TABLÉ DES MATIÈRES
PREMIÈRE PARTIE. — Type primitif de la commune langue indoeuropéenne. —— Mécanisme du sanscrit.. eee enesssecece Chapitre Is, — Quel est le type primitif des langues indo-euro-
péennes. — Opinions des linguistes..… .. RE ; Chapitre II. — Le sanscrit, langue-mère. Son mécanisme......... Deuxrkue PARTIE. — Les langues issues du sanscrit...... fist Chapitre I«. — Idiomes indous dérivés du sanscrit........ sie Chapitre Il. — Idiomes iraniens..:......,.....,.sossoosesess ee Chapitre LE, — Le send. ..,,........sssoccsooonososese ss Chapitre IV. — L'ancien perse. — Opinion sur les cunéiformes.…. Chapitre V. — L’arménien.............ososssosessosoonese ess Chapitre VI. — Lo pehlvi ou Huzwaresche............. ...,... Chapitre VII. — Le parsi et le persan... ................. ob Chapitre VIIL — Autres dialectes iraniens.................°.... Chapitre IX. — Groupe général............se soso RE Chapitre X. — Noms de nombres issus du sanserit...... eos Chapitre XI. — Etymologies particulières. ................. Ness