‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 98 sur 134 · LE CORBEAU ET LA MANGOUSTE · texte numérisé non relu

LE CORBEAU ET LA MANGOUSTE

« Un couroubarou avait tendu des filets dans la jungle, dans l'espoir de prendre quelque oiseau pour sa nourriture.

« Un corbeau qui planait dans l'air, à larecherche des serpents et des rats, qu’il chassait pour le même motif, aperçut une moitié de coco dans l’herbe.

« — Tiens, dit-il, voilà un fruit appétissant qui est tombé là exprès pour moi.

« Il précipite son vol et s’abat pour saisir sa proie, mais, à peine a-t-il touché l’herbe, qu’il-est pris par une patte dans le piége du couroubarou.

« C'est en vain qu’il fit d'inutiles efforts pour se . dégager, l'engin tint bon, et le noir compagnon fut obligé de reconnaître qu'il était prisonnier.

« Il poussa alors de grands cris et appela les autres corbeaux à son aide pour le dégager.

« Mais ceux-ci lui répondirent, en volant en rond autour de lui : — Nous ‘attendons que tu sois mort d’épuisement, car alors tu seras bon à quelque chose, et nous te mangerons.

« Attirée par les cris, une troupe de rats vinrent rôder autour des filets et virent avec joie que la perte de leur ennemi était certaine. .

« — Délivrez-moi, leur dit le corbeau, et nous ferons ensemble une alliance éternelle.

« — Nous nous en garderons bien, répondit un des vieux de la bande ; bientôt le couroubarou t’as- ‘sommera avec son bâton, et ce sera toujours un ennemi de moins dont nous aurons à nous garer, Fe les rats disparurent dans leurs trous.

«.— Appa |! appa | s’écria le corbeau, nul ne viendra donc à mon secours. — Coupe-toi la patte avec

| FABLES PARIAHS. 22 ton bec, répondit un lézard; car, pour moi, je np saurais t'assister : hier encore, tu mangeas un des miens.

« Une mangouste qui passait lui dit : — Pourquei ne t’adresses-tu qu'aux animaux qui te servent de pâture? bien fou est celui qui te délivrerait.

« — Aide-moi à sortir d’ici, répondit l'oiseau d’un ton plaintif, ne détruisons-nous pas tous deux les serpents et les rats? n'avons-nous pas les mêmes ennemis ? |

« — Je le veux bien, fit la mangouste, mais c’est à une condition : j'ai toujours désiré de faire un pèlerinage sur les rives du Gange, tu m'y porteras sur tes ailes.

« Le corbeau, tout joyeux, accepta les conditions de son ami, et la mangouste se mit à ronger les filets qui le retenaient prisonnier.

« Dès que l'oiseau fut libre, 1l prit son compagnon sur son dos et s’élança en coassant dans les airs.

« Arrivé à une certaine hauteur, il secoua ses plumes et lança la mangouste dans l’espace. En tombant sur le sol, la malheureuse bête se cassa les reins.

« Le corbeau se précipita alors surelleetse mit à

la déchirer à coups de bec."— Est-ce cela que tu m’avais promis? fit la pauvre victime avant de mourir.

« — De quoi te plains-tu? répondit l'oiseau, et n'as-tu pas traité toi-même de fou celui qui re délivrerait.

« Ne compte jamais sur la reconnaissance d’un ventre affamé.

« Si tu entends un homme t'appeler du fond d’un puits, jette-lui une pierre sur la tête, car si tu l’aides à en sortir, c’est lui qui te tuera. »

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