TROISIÈME PARTIE
La VIERGE DEYANAGUY ET IEZEU8 CHEISTNA
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Les premiers écrivains qui s'occupèrent des Indous et de leurs dogmes religieux, mal renseignés, ignorant la langue an pays, influencés par des idées préconçues, ne s'attachèrent qu'à relever des superstitions, des cérémonies qui leur parurent ridicules, sans réfléchir que les formes particulières d'un culte, indépendantes jusqu'à un certain point de l'idée religieuse, varient suivant Timagination et le caractère des peuples.
Ils ne virent pas qu'ils se trouvaient sur une terre vieillie, dont la décadence remontait à plus de trois ou quatre mille ans, que les pures croyances des premiers âges avaient été remplacées par des mythes et d'innombrables légendes poétiques, et qu'il fallait pénétrer dans l'intérieur des temples, interroger la tradition et les brab mes savants, forcer le livre à vous dévoiler ses secrets, pour arriver à comprendre la splendeur du passé et les misères du pré« \ sent.
> Après eux, vinrent ces infatigables chercheurs, l'honneur de notre siècle, tels que Strange, Colbrooell, Weber, Schlegel, Burnouf, Desgranges et autres, qui exhumèrent aux yeux du monde émerveillé la langue primitive, de laquelle les idiomes anciens et modernes sont descendus.
On commença à entrevoir la vérité sur cet antique pav^
qui fut le berceau de la race blanche, mais jusqu'à ce jour on s'est plutôt exercé à traduire des fragments des nombreuses œuvres philosophiques et des immenses poèmes que rinde nous a légués, qu'à condenser l'idée première qui a donné naissance à la science philosophique et aux m jthes religieux de la poésie.
On a trop étudié le brahmanisme, c'est-à-dire l'époque de la décadence, et pas assez le védisme. c'est-à-dire la période des croyances primitives, qui s'étend de la création du monde et Tavénement du rédempteur Christn a, jusqu'à la révolution sociale accomplie par les prêtres.
La pure religion indoue ne reconnaît, n'admet qu'un seul et unique Dieu.
Et le Yéda le déûnit ainsi :
« Celui qui existe par lui-môme et qui est dans tout, parce que tout est en lui. »
Manou, commentant le Yéda. dit :
M Celui qui existe par lui-môme, que Te^rit seul peut percevoir, qui échappe aux organes des sens, qui est sans parties visibles, éternel, l'àme de tous les êtres et que nul ne peut comprendre, n
Le Maha-Barada en donne aussi la définition suivante :
« Dieu est un, immuable, dénué de parties et de formes, infini, omniscient, omniprésent et omnipotent; c'est lui qui a fait sortir les cieux et les mondes de l'abîme du néant et les a lancés dans les espaces infinis; il est le divin moteurt la grande essence originaire, la cause efficiente et matérielle de tout, n
Écoutons encore le Véda, qui, dans un élan poétique» s'écrie :
« Le Gange qui roule, c'est Dieu; la mer qui gronde, c'est lui; les vents qui soufflent, c'est lui; la nue qui tonnCf Téclair qui brille, c'est lui. De même que de toute éternité le monde était dans l'esprit de Brahma, de môme aujourd'hui tout ce qui existe est son image. »
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Je ne crois pas que les siècles, et ce qu'on est convenu d'appeler le développement de Tesprit humain, aient rien igouté à ces définitions.
Les théologiens indous distinguent Dieu dans deux situations différentes.
Dans la première il est Zeus, c'est-à-dire Dieu non agissant, non encore révélé.
C'est de lui que les Pouranas ont dit dans leur commentaire des livres sacrés :
« Esprit mystérieux, force immense, pouvoir insondable, comment se manifestait ton pouvoir, ta force, ta vie, avant la période de création? Dormais-tu comme un soleil éteint au sein de la décomposition de la matière? cette décompo^ sition était-elle en toi, ou bien Tavais-tu ordonnée? Étaistu le chaos? Étais- tu la vie renfermant en toi toutes les vies qui avaient fui la lutte des éléments destructeurs? Si tu étais la vie, tu étais aussi la destruction, car la destruction vient du mouvement, et le mouvement n'existerait point sans toi.
u Avais-tu jeté les mondes qui s'agitent dans une fournaise ardente pour les régénérer, les faire renaître de la décomposition, comme l'arbre vieilli renaît de sa graine, qui produit un germe au sein de la pourriture?
« Ton esprit était-il errant sur l'eau, puisqu^on t'appelle Narajana? »
Ce nom de Narajana nous fournit l'occasion d'un bien singulier rapprochement avec une expression de la BiblO; preuve de plus ajoutée à toutes les autres de l'origine indoue de ce livre.
Expliquons d'abord ce mot, mais laissons parler Manou (livre !•') :
« Les eaux ont été appelées naras, parce qu'elles étaient la production de Nara (en sanscrit, esprit divin), ces eaux ayant été le premier lieu de mouvement (en sanscrit,
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ayana) de Nara. Il (Brahma) a été en conséquence appelé Narajana» celui qui se meut sur les eaux. «•
Genèse de la Bible, chapitre !•' :
•• Terra autem erat inanU et tacua...
- Et spMtus Deiferehatur super açuas. »
« La terre ^tnit informe et nuo..«
« Ft r esprit de Dieu était porté sur les eaux.
Nara, Tesprit divin ; Ayana, qui se meut (sur les eaux).
Spiritus Dei, l'esprit àxyïi\\ fer ebatur super açuas, était porté sur les eaux !
Est-ce assez clair, assez évident? Peut-on mieux prendre la Bible en flagrant délit d'imitation ?
Il n'y a plus qu'un moyen de s'en tirer, c'est de nier le sanscrit, rien n'est impossible... Mais nous verrons bien I
Dans la seconde situation, Zeus devient Brahma, c'est- ^-dire Dieu révélé et agissant, Dieu créateur.
Cédons encore la parole aux Pouranas :
« Lorsque Brahma passe jde Tinaction à Taction, il ne rient point créer la nature, qui existait de tout temps dans son essence et ses attributs, dans son immortelle pensée, il vient la développer et faire cesser la dissolution.
« 0 Dieu, père créateur, quelle forme revéts-tu dans ton action ; les actes de ta grandeur, de ta puisbante volonté frappent les regards. L'Océan soulève ses flots furieux et s*apai.se; le tonnerre éclate et se tait; le vent mugit et il passe; l'homme naît et meurt ; partout on sent ta main qui commande et protège, mais on ne ne peut, ni la comprendre, ni la voir...
« ... Faut-il nier la cause première? Qui donc a jamais nié sa pensée parce qu'il n'a pu la voir? »
Je ne sais si messieurs de Rome trouveront tout cela suffisamment orthodoxe ; pour moi, je me sens pénétré d'une admiration sans égale pour ces livres sacrés, qui me donnent de Dieu une idée bi grandiose ot si dépouillée de toutes les imperfections dont certains hommes l'ont accablé en
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d'autres eontrées, en loi attribuant leurs élucubrations, et surtout en faisant de TÊtre suprême le souteneur de leurs ambitions.
Suivant la croyance indoue, la matière est soumise aux mêmes lois d'existence et de décomposition que les plantes •et les animaux; après la période de vie arrive la période de dissolution ; tout se détruit, tout retombe dans le cbaos; rharmonie des mondes cesse; l'air, Teau, la terre, la lumière, tout se mélange et s'éteint : c'est le Pralaja, ou destruction de tout ce qui existe ; mais il est un germe qui se purifie par le repos, jusqu'au jour où Brahma vient de nouveau le développer, lui donner la vie. la force créatrice, et produire les mondes, qui recommencent peu à peu à se former, à grandir, à se mouvoir, pour arriver encore à une nouvelle décomposition, qui est suivie du même repos, puis de la même régénération.
Loi fatale de la matière, qui s'use par l'existence, vieillit et meurt, mais renaît fécondée par Dieu.
Chose étonnante! La révélation indoue, qui proclame la formation leute et graduelle des mondes, est de toutes les révéhitions la seule qui soit en complète harmonie d'idées avec la science moderne.
Si Moïse, dans sa fréquentation avec les prêtres égyptiens, a connu ces sublimes traditions, on doit croire qu'il les jugea trop élevées, trop au-dessus de rintelligence du peuple d esclaves qu'il avait à diriger pour qu'il ait daigné leur en faire part. Peut-être aussi, comme nous l'avons déjà dit, ne fut-il en Egypte qu'un initié d'un degré inférieur.
La Période d'action et de reconstitution des mondes l dure, suivant le Yéda, un jour entier de Brahma, et ce ' jour correspond à quatre millions trois cent vingt mille années humaines.
Le Pralaya, ou époque de dissolution, dure une nuit en-
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tière de Brahma, et cette nuit équivaut à un même nombre d'années humaines que le jour divin.
Ces opinions des livres sacrés, sur la destruction et la reconstitution des mondes, ont donné naissance à une foule de systèmes philosophiques que nous n'avons ni le temps; ni le désir d'étudier ici; bornons-nous à signaler les deux doctrines qui, de tous temps, divisèrent les écoles théologiques de rinde sur ce sujet.
Le premier soutient qu'une fois le germe de la matière fécondée par Brahma, les phénomènes de transformation s'opèrent, sans la participation directe de Dieu, suivant les lois immuables et éternelles qu'il a créées.
La matière, en s'élançant de son centre, de son fojer générateur, se fractionne et gravite dans Tespace; toutes les parcelles sont embrasées; la lumière naît, les fragments les plus petits se dessèchent, les vapeurs qui s'exhalent produisent l'atmosphère et Tean, ces fragments deviennent des mondes habitables...
Peu à peu tous les autres foyers, toutes les autres parcelles, en raison de leur grosseur, s'éteindront à leur tour; mais, à mesure qu'ils deviendront habitables, la lumière et la chaleur diminueront, jusqu'à ce qu'ayant complètement disparues, la matière, privée de ses agents les plus actifs de vie et de reproduction, retombe dans le chaos, duns la nuit de Brahma.
Cette opinion, qui n'est point contredite par le Véda, est cependant attaquée par les orthodoxes, qui accordent une plus grande part à l'influence divine. ;
Ils reconnaissent parfaitement que c'est ainsi que la nature se développe, que les éléments se forment, que tou i ,les phénomènes d'existence s'accomplissent, que c'est ainsi également que la matière et les mondes finissent et se per« dent dans la nuit de Brahma. Mais, suivant eux, Dieu est la loi suprême de tous ces phénomènes, et il n'existe pas en dehors d'elle ; il préside constamment à ces transfor-
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mations, qui cesseraient subitement de poursuivre leur cours, s'il venait, ne fût-ce qu'un seul instant, à cesser sa direction, à retirer son appui.
Les prêtres brahmes ne peuvent recevoir Tonction, slU ne se déclarent préalablement partisans de ce dernier système, qui, on le conçoit, est beaucoup plus que le premier dans Tesprit religieux.
Le livre de Moïse, uniquement occupé du fait brutal, ne s'occupe pas de ces théories, qui forment la base de la théologie orientale. Les religions modernes les ont mise» au nombre de leurs mystères.